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Transports - Auto

Comment Ryanair gagne de l’argent… sur la formation de ses pilotes. Partie 1

La plus grande compagnie aérienne en Europe utilise tous les leviers possibles pour réduire ses coûts. Jusqu’à ponctionner ses apprentis pilotes ! Premier volet de nos révélations sur la situation des personnel navigant de Ryanair.

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HARALD DOSTAL / APA-PictureDesk via AFP

Pour la compagnie low cost, la Covid aura presque été une bénédiction. D’abord, Ryanair en a profité pour récupérer des dizaines d’emplacements d’aéroports et lignes abandonnés par ses concurrents en raison de l’épidémie. Ensuite, devenant du coup l’une des rares à recruter des pilotes à cette périod...

La première étape facturée aux apprentis pilotes consiste en un premier examen en ligne de connaissances théoriques et d’un test psychomoteur facturé 55 euros au candidat. Passé cette sélection, les apprentis venus des quatre coins de l’Europe sont convoqués, entièrement à leur charge bien sûr, en Irlande près de Dublin, où Ryanair a son siège, pour des tests sur simulateur. Il leur en coûte 350 euros. C’est à l’issue de ce test que la véritable douloureuse est présentée aux aspirants pilotes : Ryanair exige qu’ils rejoignent les rangs de la Flight Airline Academy Ltd, une entreprise de formation créée à Dublin en 2020, pour obtenir leur « Qualification Type » ou (« QT » dans le jargon) sur Boeing 737, l’avion qui compose la flotte Ryanair.

Pour cet enseignement de six mois environ, la compagnie dirigée par Michael O’Leary exige 30 000 euros, payable 4 semaines à l’avance et sans garantie d’être embauché par la suite, selon des documents obtenus par l’Informé. « Auparavant, Ryanair n’exigeait que 5 000 euros avec une obligation de travail de quatre ans, précise un pilote passé par le cursus de formation. Mais avec le Covid, ils nous ont demandé de payer 100 % de la QT ! Quasiment tout le monde acceptait ces conditions déplorables car Ryanair était la seule solution à l’époque pour trouver un travail dans l’aviation de ligne.  » La plupart ont dû s’endetter auprès d’une banque.

Malheureusement pour les jeunes pilotes, la compagnie irlandaise aux 600 avions et 27 000 employés a fait des émules auprès de nombreuses low cost européennes, comme l’espagnole Volotea ou la hongroise Wizz Air qui ont adopté le même système. De leurs côtés, les groupes comme Air France, Lufthansa ou British Airways continuent de prendre à leur charge cette formation, même si elle est assortie d’une période d’engagement à ne pas quitter leur compagnie pendant plusieurs années. Pour autant, les candidats pour rejoindre ces majors sont très nombreux malgré une sélection particulièrement rude…

Aujourd’hui, « Ryanair maintient toujours ses formations payantes, indique un pilote maison, confirmant plusieurs témoignages. Ils peuvent se le permettre car cette année la compagnie a réduit son niveau de recrutement, notamment du fait des retards de livraison par Boeing des 737 Max qui pénalisent son développement. »

Jusqu’à cette étape de la QT, aucun futur employé n’est payé. Ce n’est qu’après trois mois de formation sur simulateur et quelques tours de piste (« base training ») que l’élève reçoit sa première paie, « d’un montant inférieur à 1 500 euros, versés par Flight Airline Academy et non Ryanair », se souvient un ancien élève. Débute alors l’entraînement en conditions réelles (« line training ») : l’apprenti effectue des vols commerciaux avec un commandant de bord instructeur à ses côtés pour le diriger dans chacune de ses tâches. Une fois le dernier examen passé, Ryanair embauche les désormais pilotes sur 737 et les rémunère directement.

Mais le nouveau « cadet » n’en a pas pour autant fini de vider son compte bancaire. Son nouvel employeur lui réclame encore une multitude de frais indispensables pour voler sur ses lignes : le paiement d’un uniforme (pour a minima 300 euros), d’une visite médicale (50 euros) et d’un contrôle sécurité (210 euros) puis des visites médicales annuelles (280 euros), le transfert de la licence pilote vers le pays où le cadet est affecté (300 euros) et l’ajout de la QT Boeing 737 à la licence (450 euros). « Au total, avec les frais de déplacements et de séjour qui sont toujours à la charge du candidat, le coût pour être embauché chez Ryanair dépasse largement 40 000 euros », calcule un ancien. Tout cela pour ne pas forcément gagner gros une fois recruté, comme nous l’expliquons ici, dans le second volet de notre enquête.

Contacté, Ryanair n’a pas souhaité commenter nos informations.