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Continuer la lectureWii : le français Bigben perd la guerre des joysticks face à Nintendo
Le géant japonais vient de faire condamner le distributeur de Lesquin contrôlé par le groupe Bolloré. Bigben commercialisait des manettes Wii un peu trop similaires aux originales.
On ne joue pas avec les consoles chez Nintendo. Ou plutôt, avec ses manettes. La firme nipponne cherche depuis plusieurs années à obtenir la condamnation du français Bigben Interactive et de sa filiale Nacon (marque d’accessoires). Le groupe vendait des joysticks compatibles avec la console de salon de Nintendo, la Wii. Sauf que le père de Mario et de Luigi a peu apprécié la manœuvre en estimant qu’il s’agissait d’une copie de son appareil. Depuis 2012, les deux entreprises s’affrontent dans les prétoires et une décision de la Cour d’appel de Paris vient de condamner la société tricolore à verser 1 million d’euros au géant du divertissement japonais. « Nous sommes très satisfaits des termes de cette décision portant sur des actes de concurrence déloyale commis sur le marché français, indique Nintendo à l’Informé. La cour d’appel a doublé le montant des dommages-intérêts accordés en première instance ». De son côté, Bigben Interactive, dont le premier actionnaire est le groupe Bolloré (avec plus de 21 % du capital), n’a pas souhaité faire de commentaires.
Dans sa plainte, la firme de Kyoto a invoqué deux sujets. Le premier concerne une violation de trois brevets protégeant la WiiMote. Mais la cour a déclaré leur nullité. En revanche, elle a bien retenu l’acte de concurrence déloyale en s’appuyant sur plusieurs éléments. D’une part, elle « observe que les différences entre les manettes sont insignifiantes » alors que celles « commercialisées par d’autres sociétés » ont une « apparence visuelle très différente ». Qui plus est, elles sont « commercialisées dans les mêmes rayons de jeux vidéo au sein des mêmes points de vente physiques et, dans les mêmes rubriques des sites de vente en ligne. Ces manettes s’adressent donc à la même clientèle. »
Même les emballages des appareils présentent des similitudes dans le format et les couleurs utilisées : un fond blanc avec une couleur de texte grise et bleu ciel. « En conséquence, le consommateur sera amené à penser que les manettes vendues par la société Bigben Interactive sont en réalité les manettes de la société Nintendo France (...). Le risque de confusion est ainsi caractérisé ».
Pour tenter de gagner du temps, le groupe français a bien demandé au magistrat d’attendre le résultat d’une décision du tribunal allemand de Düsseldorf dans une affaire identique. Mais la justice a rejeté cette requête. Elle a donc évalué le montant des dommages en prenant comme base de calcul la marge encaissée par Nintendo sur ce type de produit, soit 7,12 euros par unité. Ce nouvel élément a permis de fixer la facture à un million d’euros pour Bigben Interactive et sa filiale Nacon.
Depuis le début de cette procédure intentée en 2012, onze années se sont écoulées et la Wii n’est aujourd’hui plus en vente même si des jeux ont été commercialisés jusqu’en 2020 par certains éditeurs. Elle s’est écoulée au total à plus de 6,3 millions d’unités dans l’Hexagone avant d’être remplacée par la Switch. Cette console connaît un énorme succès. Ironie de l’histoire, elle a aussi connu un souci de manettes. Des joueurs du monde entier ont attaqué en justice Nintendo après avoir subi des dysfonctionnements sur les Joy-Con, les joysticks de la Switch. Le groupe s’est engagé récemment à les réparer gratuitement.