Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Un logiciel israélien dans la vidéosurveillance de l’Assemblée Nationale

Chargé de piloter les caméras du Palais Bourbon, le groupe français Eiffage a décidé de sous-traiter une partie du marché à la société BriefCam.

Low angle view of the neoclassical facade of the Palais Bourbon, with portico, colonnade and pediment, seat of the french National Assembly in Paris, France.
Low angle view of the neoclassical facade of the Palais Bourbon, with portico, colonnade and pediment, seat of the french National Assembly in Paris, France. Olivier Rateau / olrat - stock.adobe.com

Des caméras pilotées par intelligence artificielle à l’Assemblée Nationale ? Déjà autorisée jusqu’en 2024 dans le cadre du projet de loi relatif aux Jeux olympiques et paralympiques, la vidéosurveillance automatisée se déploie désormais au cœur de notre démocratie. En mars 2022, Eiffage Energie Systè...

Le lot attribué à Eiffage concerne le « renouvellement du système d’hypervision des dispositifs de sûreté ». Autrement dit, l’installation de logiciels pour rassembler toutes les informations collectées par les différentes caméras et dispositifs installés afin d’avoir une vision globale du Palais Bourbon. Les données peuvent ensuite être exploitées sous forme de cartes, fournir des statistiques et permettre d’anticiper d’éventuels incidents. D’après nos informations, le contrat pour l’Assemblée nationale permet de conserver les données collectées pendant 30 jours.

BriefCam, le sous-traitant choisi par Eiffage, n’est pas inconnu en France. Présente dans près de 200 villes de France, la société israélienne domine le marché français de la surveillance algorithmique. Elle développe des technologies de reconnaissance faciale et de reconnaissance de comportement, des logiciels capables de faire de la sélection, distinguant par exemple les hommes des femmes, les personnes qui portent une cravate rouge ou bleue.

Mais c’est une chose de filmer les passants dans la rue, une autre de capter les images des élus de la République en plein travail. « On parle quand même de l’Assemblée Nationale, s’insurge Philippe Latombe, député MoDem de la Vendée qui a déposé en avril un rapport sur les enjeux de l’utilisation d’images de sécurité dans le domaine public. Cela signifie que BriefCam, dont on ne sait pas exactement quelles sont les portes dérobées, saura par exemple qui est entré à la commission de la Défense, à quelle heure, comment et pourquoi ; qui rencontre qui dans les couloirs, si des discussions ont lieu dans un bureau pour déposer une motion de censure. Ces informations doivent rester confidentielles ! » Pour l’élu, il est potentiellement dangereux de faire appel à un acteur étranger pour ce type de mission. « Il y a un problème de souveraineté économique : l’Assemblée ne peut pas aujourd’hui consommer un produit étranger avant de se poser la question de son existence sur le marché français, ou européen a minima. »

Des inquiétudes partagées par Noémie Levain, juriste de la Quadrature du net, association de défense des droits et libertés dans l’environnement numérique : « Une fois que les logiciels sont intégrés, il est possible d’ajouter des fonctionnalités très rapidement. Choisir BriefCam, c’est se laisser la possibilité d’aller plus loin à l’avenir. »

Contacté, Eiffage indique ne pas être autorisé par son client à communiquer sur le projet. BriefCam n’a pas répondu à nos sollicitations. La division des Achats et de la Commande Publique de l’Assemblée Nationale non plus.