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Continuer la lectureLe clan Hornec soupçonné dans un vaste vol de câbles de cuivre chez Orange
La célèbre famille du grand banditisme serait impliquée dans la disparition de 188 tonnes de cuivre issues du réseau ADSL de l’opérateur historique.
Les enquêteurs le reconnaissent eux-mêmes : c’est un système tout à fait « astucieux » qu’ils ont mis à jour. Astucieux et, ajoutons-le, très rémunérateur. Entre le mois de janvier 2024 et mai 2025 près de 188 tonnes de cuivre appartenant à Orange se sont purement et simplement « évaporées ». Elles o...
Au total, un réseau d’une vingtaine de personnes a été démantelé par les gendarmes de la brigade de recherches de L’Isle-Adam et de la section de recherche de Versailles. Un réseau très organisé, chacun ayant son rôle dans un dispositif qui a bénéficié de complicités internes dans des entreprises. Les malfaiteurs, dont certains dirigent des sociétés ayant pignon sur rue, avaient parfaitement connaissance d’un plan pluriannuel que l’ensemble des opérateurs de téléphonie ont lancé. Un plan lié à l’abandon de l’ADSL ainsi qu’au déploiement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire national et qui contraint Orange, Bouygues ou SFR à cesser l’utilisation des conducteurs en cuivre.
Chez l’ancien France Télécom, l’ensemble de ces opérations de « dépose » a été confié à Axians, spécialiste des réseaux d’information et de communication. Filiale de Vinci Énergies, cette société a été chargée d’assurer la liaison entre les communes et les entreprises choisies pour opérer concrètement sur le terrain. Et c’est précisément par le biais de l’un de ces prestataires, l’entreprise de génie civil CRET, basé à Sevran (Seine-Saint-Denis), que les vols ont pu être minutieusement organisés et perpétrés. Employant plusieurs dizaines de personnes - dont la majorité en situation irrégulière -,CRET est dirigée par un Colombien, Adrian Alexandre Heidrich, originaire de Bogota. Âgé de 47 ans, celui-ci, pour une raison indéterminée, a changé récemment d’identité. En lien ou pas, la liquidation de l’une de ses autres sociétés l’a fait interdire de gestion.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le système mis en place par CRET fait état de plusieurs mécanismes frauduleux destinés à faire disparaître le matériel installé par Orange. La technique la plus simple est d’une efficacité redoutable. Dès le début de la mission, après s’être rendus sur différents sites, des employés de CRET vont « constater » un vol de plusieurs dizaines de mètres de câbles et en avertir officiellement l’opérateur téléphonique. Ordre est donné ensuite à ces employés, avant même que les contrôleurs d’Orange ne se déplacent sur les lieux pour confirmer le « vol imaginaire », d’extraire les câbles et de les stocker dans un entrepôt. Autre motif utilisé : l’impossibilité temporaire affichée et déclarée à l’opérateur, par la même société CRET, de procéder à l’extraction des câbles. Là aussi, avant même que les agents d’Orange ne viennent prendre la mesure de la situation, les câbles ont bel et bien disparu.
L’autre technique est un peu plus astucieuse : elle intervient au moment de la pesée. Par contrat, les câbles extraits du sous-sol doivent être transférés vers un entrepôt de Suez à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) pour y être pesés. Cette société se contente d’évaluer le poids du câble déposé et de vérifier le type de métal recyclé. En revanche, elle ne mesure pas la longueur du tuyau livré et n’en vérifie pas plus les différents calibres, plus ou moins riches en cuivre. Alors la société CRET peut remplir un bon de pesée à sa guise avec de fausses informations qui l’arrangent.
Voler et blanchir
Voler du câble en cuivre c’est une première étape. Il faut ensuite le revendre. C’est là qu’intervient la nouvelle génération du clan Hornec, les « H » comme ils ont rapidement été appelés à leurs débuts dans le grand banditisme dans les années 1990 Le public découvre aujourd’hui le nom de Medhi Hornec. Salarié de la CRET depuis 2024 - et doté d’une des rémunérations les plus élevées de l’entreprise-, ce quinquagénaire est également le gestionnaire de la société de recyclage de métaux MH RECYCLAGE. Ou plutôt « était » car, en raison de déboires judiciaires, il en a délégué la gestion à l’un de ses proches. Les enquêteurs ont pu constater qu’entre mars 2024 et avril 2025, 140 tonnes de câbles ont été récupérées illégalement par MH RECYCLAGE dans les entrepôts de la société CRET pour un montant d’environ 590 000 euros. La société MH, qui emploie d’autres membres de la famille Hornec, aurait revendu le cuivre en Espagne, soit en cash soit par virement. L’argent ainsi récolté a ensuite été réparti sur des comptes ouverts hors de France via des sociétés écrans.
À l’issue des perquisitions menées à la fin du mois de juin dernier, près de 2 millions d’euros d’avoirs criminels ont été saisis : des voitures dont certaines de luxe, des vêtements, montres, bijoux et autres accessoires de luxe pour un montant d’environ 600 000 euros et des biens immobiliers estimés à près de 500 000 euros.
Dans ce dossier, toujours à l’instruction, 18 personnes dont Mehdi Hornec et deux autres de son clan ont été mises en examen pour vol, abus de confiance et recel en bande organisée, blanchiment et participation à une association de malfaiteurs. Six d’entre elles ont été placées en détention provisoire. Pour cet ensemble de délits, les malfaiteurs encourent jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle.
Contacté, Orange n’a pas souhaité s’exprimer sur le fond de cette affaire mais reconnaît que les vols de cuivre sont en croissance exponentielle. L’opérateur téléphonique précise avoir été victime en 2024 de 1782 vols sur le territoire national et en comptabilise déjà 2242 depuis le début de l’année (à fin octobre).
Ni Axians, filiale de Vinci Énergies, ni l’avocat du gérant de la société Cret, ni la société Suez à Gennevilliers n’ont à ce jour répondu à nos sollicitations.