Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Trop d’abus ? Le sulfureux groupe Indexia (ex-SFAM) tente de ne pas sombrer

Accusé d’arnaque par des milliers des clients, Indexia a frôlé la faillite il y a quelques mois, selon nos informations. Sa situation reste très fragile.

Sadri Fegaier, fondateur d’Indexia
Sadri Fegaier, fondateur d’Indexia NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Cavalier émérite, le milliardaire Sadri Fegaier parviendra-t-il, cette fois, à franchir l’obstacle ? Le 25 octobre, la société dont il tire sa fortune, Indexia, a annoncé la cession de sa participation dans FnacDarty (11 % du capital). Le mouvement doit lui permettre d’alléger ses charges financières. Et de la sauver ? Car si Sadri Fegaier et les autres dirigeants d’Indexia avaient jusqu’ici refusé de reconnaître publiquement la moindre difficulté, l’entreprise vacille depuis des mois. Sa survie même a été en jeu, comme L’Informé est en mesure de le révéler.

Commercialisant des produits et services dans l’univers high-tech, Indexia est surtout connue pour les accusations récurrentes de pratiques abusives dont elle est l’objet. Des milliers de ses clients dénoncent des prélèvements non autorisés pour des contrats d’assurance (sous la marque Sfam, notamment) ou des programmes promotionnels payants. Pour tout cela, Indexia et son patron Sadri Fegaier doivent être jugés au pénal en 2024.

C’est cette sulfureuse entreprise qui a frôlé la faillite il y a moins d’un an, selon nos informations. Nous sommes fin 2022 : le procureur de la République de Paris saisit le tribunal de commerce : il demande la mise en liquidation judiciaire de deux importantes entités du groupe, Sfam et Indexia développement. La démarche était « notamment » motivée par les « nombreuses procédures d’alertes lancées par les commissaires aux comptes », confirme aujourd’hui le parquet de Paris auprès de L’Informé. Mais finalement, Indexia peut finir l’année : le tribunal rejette la requête du ministère public le 13 décembre 2022.

Un répit ? C’est vite dit. 2023 ne commence pas sous de meilleurs auspices. Les plaintes des consommateurs dénonçant des prélèvements abusifs sont de plus en plus bruyantes. En janvier, France 2 diffuse un reportage sévère dans Envoyé Spécial. Mi-février, des victimes viennent manifester devant le siège du groupe à Romans-sur-Isère (Drôme) – d’autres actions similaires auront lieu dans l’année. En avril, le groupe perd le droit de vendre des contrats d’assurance, sur décision du régulateur du secteur, l’ACPR. Le coup de grâce ? En réalité, la vente d’assurance n’est déjà plus le cœur de l’activité, Indexia misant surtout sur son réseau de boutiques d’appareils et de services multimedia Hubside Store. Mais la décision de l’ACPR n’augure rien de bon…

Pendant l’été, Indexia perd un de ses actionnaires, certes très minoritaire : la Banque publique d’investissement (BPI) revend discrètement sa participation, comme l’a révélé l’Argus de l’assurance. Difficile pour un actionnaire public de rester au capital d’une entreprise si controversée…

Pourtant, officiellement, tout va bien. La situation financière est « solide », le groupe « poursuit son développement » et table cette année sur une croissance « de plus de 20 % par rapport à 2022 », répond la direction à L’Informé. Il revendique 1,2 milliard de volume d’affaires en 2022. Impossible à vérifier puisque la société ne publie pas ses comptes.

Avisa Partners fait réaliser des saisies conservatoires

En réalité, Indexia peine à régler ses factures. Les retards de paiements étaient déjà une habitude bien ancrée dans les entreprises de Sadri Fegaier – L’Informé a notamment raconté ses démêlés avec le PSG et Casino, et les loyers impayés de ses boutiques. Les choses ne s’arrangent pas. Déjà nombreuses au printemps 2023, les procédures engagées par des créanciers pour réclamer leur dû ont repris de plus belle en septembre. En l’espace d’un mois, L’Informé a dénombré pas moins de sept condamnations de sociétés du groupe devant le tribunal de commerce : 585 000 € à régler au prestataire informatique Inetum, plus de 350 000 € à la société de conseil en communication Avisa Partners, quelques dizaines de milliers d’euros à des boutiques ayant revendu les produits du groupe à Dijon (Côte-d’Or), Ingwiller (Bas-Rhin) ou Paris…

Lors d’un de ces procès, l’avocat d’Indexia reconnaît que « le non-paiement était dû à la politique de priorisation des règlements pratiquée » par la société. Alerté du risque de liquidation judiciaire, Avisa Partners a même fait réaliser des saisies conservatoires pour près d’un demi-million d’euros sur les comptes de l’entreprise : elle voulait « sécuriser le montant de ses factures impayées » avant la décision du tribunal.

En interne, la direction a entamé une brutale réduction de la voilure, sans l’assumer ouvertement. En septembre, un communiqué s’est félicité de l’ouverture d’un nouveau magasin Hubside Store à Nice Lingostière, qui « densifie le maillage régional » de l’enseigne. Surréaliste, pour les salariés. Car ces derniers mois, les boutiques ont baissé le rideau les unes après les autres. Quelques jours après ce communiqué optimiste, l’enseigne a fermé sans tambour ni préavis ses magasins de Thionville, Montesson et Paris rue de Rennes. Ils rejoignent la liste des boutiques disparues : Rennes-Cesson, Nantes-Atlantis, Paris-Beaugrenelle, Troyes… « Au moins une vingtaine ont fermé depuis début 2023, grince Nicolas Zeimetz, délégué CFDT sur le site d’Indexia à Roanne. La direction a expliqué, sans rire, que les boutiques ne ferment pas : elles déménagent. » Il estime également à 500 le nombre de suppressions d’emplois depuis le début de l’année, alors qu’Indexia revendiquait 3 000 salariés fin 2022.

« Une entreprise qui cultive l’opacité à l’extrême »

En réponse, la direction assure avoir recruté 1 100 personnes, dont près de 100 alternants, ces derniers mois. Le chiffre laisse incrédule les représentants du personnel. « Les 1 100 recrutements sont comme le taux annoncé de 1 % de clients insatisfaits : ils ne correspondent qu’à des éléments de langage et non à la réalité des salariés du groupe », commente Nicolas Zeimetz.

Les salariés de longue date, parfois très éprouvés par les échanges avec les clients abusés, craignent désormais pour leur emploi. Le comité social et économique du site de Roanne a voté une expertise financière et stratégique de l’ensemble du groupe. Mais la direction refuse de fournir les documents demandés, malgré une défaite devant le tribunal judiciaire – elle a fait appel. « Nous sommes dans une entreprise qui cultive l’opacité à l’extrême, se désole Nicolas Zeimetz. Les salariés, inquiets, ont pris l’habitude de vivre au jour le jour, sans se demander s’ils trouveront des scellés sur la porte le lendemain matin en arrivant au travail… »