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Continuer la lectureFnac Darty, Casino et le PSG se rebiffent à leur tour contre Indexia (ex-SFAM)
Abonné aux litiges, le groupe du milliardaire Sadri Fegaier est, cette fois, accusé par ses partenaires commerciaux de ne pas honorer ses factures.
Indexia devient un habitué des tribunaux. Depuis plusieurs années maintenant, le groupe du milliardaire français Sadri Fegaier est régulièrement accusé de vente forcée auprès d’acheteurs de téléphones ou de tablettes : via ses filiales SFAM ou Hubside, il leur refourguerait des services ou des assurances déguisés, sans leur consentement. Des faits si graves qu’ils lui ont déjà valu une amende record de 10 millions d’euros et une avalanche de procès. Mais ce n’est pas tout : selon nos informations, Indexia, si prompt à prélever les particuliers, est en revanche beaucoup plus réticent à régler ses factures. L’Informé a ainsi pris connaissance de plusieurs procédures déclenchées par des entreprises partenaires du groupe, comme Fnac Darty, Casino ou encore le PSG.
Dans une première affaire, jugée il y a quelques jours seulement, il aura fallu de longs mois au club de foot parisien pour obtenir les 2 millions d’euros qui lui étaient dus. Tout part d’un contrat initié en 2018. Cette année-là, Hubside, une filiale d’Indexia spécialisée dans la vente de sites internet préconfigurés et de smartphones reconditionnés, signe un deal de trois ans avec l’écurie de Mbappé et Neymar. Pour 5 millions d’euros au total - 1,56 million la première année, 1,68 million la deuxième, puis 1,8 million la dernière -, l’entreprise s’offre le droit d’exploiter l’image du PSG et de ses joueurs, de diffuser des pubs au Parc des Princes, ou encore d’organiser des opérations spéciales sur le site internet du club.
Lors de la première saison de collaboration, tout se déroule bien. Mais la situation se corse en 2019-2020, avec l’arrivée de la pandémie, qui met un terme au championnat de manière prématurée. Moins de matchs, moins de visibilité pour les marques… À l’issue de cette saison, Hubside décide de ne pas verser l’intégralité des sommes dues. L’année suivante, la société ne paye carrément plus rien. En septembre 2021, Le PSG met alors son partenaire en demeure de régler les 2 millions restants sur la totalité du contrat. Mais n’obtient en retour que 300 000 euros.
Devant le tribunal de commerce, Hubside reproche au PSG de ne pas avoir exécuté le partenariat de manière loyale et de ne pas avoir suggéré d’adaptation. Ce que réfute le club de la capitale, précisant avoir proposé des prestations compensatoires qui n’étaient pas prévues au contrat initial, d’un montant supérieur à l’application du partenariat signé. Une position appuyée par la retranscription de mails plutôt cordiaux entre les deux parties. Comme cet échange, datant de l’été 2020, entre Jean-Claude Blanc, ancien directeur général délégué du PSG, et les représentants d’Hubside. « Cher M. Blanc, M. Fegaier et moi-même tenons à vous remercier pour votre écoute ainsi que pour la prise en compte de nos enjeux. Nous avons le plaisir d’accepter votre dernière proposition du 23 juillet, à laquelle nous avons ajouté aujourd’hui une exposition supplémentaire de 30 secondes sur grand écran au Parc des Princes à la mi-temps de l’ensemble des matchs de la saison 2020-2021, en accord avec vos équipes. Nous sommes ravis de renouveler ce partenariat que nous souhaitons bénéfique pour le PSG et notre groupe. »
Les juges ont constaté qu’Hubside, loin d’être fâché de son traitement, avait demandé des adaptations de certains termes du contrat, acceptées par le PSG. Ils ont aussi pointé que le spécialiste de la vente de produits high-tech n’avait émis aucun grief à l’encontre du club durant l’exécution du deal ni fait usage de son droit de résiliation au bout de deux des trois ans de l’accord. De quoi laisser supposer une bonne entente entre les parties. Finalement, Hubside a été condamné à payer au Paris Saint-Germain la somme de 1,68 million d’euros (le solde du contrat) majorée de pénalités de retard. Le club, contacté par l’Informé, n’a pas souhaité faire de commentaires.
Le PSG n’est pas le seul partenaire courroucé à avoir obtenu gain de cause récemment. En octobre 2022, la SFAM a été contrainte par le tribunal de commerce de Paris à régler 1,7 million d’euros de commissions dues aux différentes enseignes du géant Fnac Darty, et à payer près de 25 000 euros d’indemnisation pour non-respect des échéances des versements. Pour comprendre, il faut rembobiner un peu. Pendant plusieurs années, le réseau de magasins high-tech et électroménager a conclu des contrats de partenariat pour proposer à sa clientèle des prestations Hubside ou SFAM (assurances pour mobiles, tablettes, etc.) dans certains magasins : dès que le distributeur arrivait à vendre un service, il touchait une commission. Constatant des retards dans le réglement de ces commissions, le groupe Fnac Darty a mis en demeure ses partenaires, avant de les assigner en justice faute de réponse. Une méthode qui les a incités à renouer le dialogue. En avril 2022 un protocole transactionnel est établi et précise noir sur blanc qu’Indexia doit à son revendeur pas moins de 16,9 millions d’euros de commissions, 950 000 euros d’intérêts de retard et 10 000 euros de frais de recouvrement. Le tout à verser en trois fois, le plaignant prévoyant d’abandonner les poursuites sous réserve de l’encaissement du premier paiement (de 7 millions) à la date prévue.
Tout est donc bien qui finit bien. Enfin, pas vraiment. Car le virement n’arrive pas le jour J. De quoi énerver Fnac Darty, qui maintient son action en justice. Le tribunal constatera que les 7 millions promis ont été versés le 13 avril au lieu du 5 avril, que les 5 millions suivants ont été réglés le 25 mai au lieu du 30 avril, et que le troisième et dernier versement a été effectué le 28 juin au lieu du 13 mai. Soit un mois et demi de retard, par rapport à un protocole lui-même censé corriger des retards initiaux. Cette exécution fautive « ouvre le droit d’être indemnisé pour le préjudice causé par les retards de paiement » explique le tribunal. La somme de 1,7 million à verser par Indexia correspond elle aux nouvelles commissions sur ventes, non comprises dans le protocole et impayées à la date de l’audience.
D’autres procédures vraisemblablement réglées à l’amiable
Face au tollé soulevé par les méthodes commerciales du groupe installé à Romans-sur-Isère (Drôme), Fnac Darty a cessé la collaboration avec son partenaire depuis 2019. Ce qui n’empêche pas le commerçant de continuer à toucher des commissions pour les contrats clients toujours en vigueur. Dans cette histoire, un élément pour le moins particulier est à noter, car depuis 2018, Indexia possède plus de 11 %… de Fnac Darty. Le distributeur a donc porté plainte contre son deuxième actionnaire le plus important. Contacté au sujet de cette affaire, il n’a fait aucune déclaration.
Et ce n’est pas tout. La branche de Casino qui exploite les supermarchés et hypermarchés français du groupe a elle aussi eu maille à partir avec Indexia. L’entreprise a assigné la SFAM, Hubside et Cyrana (une filiale qui vend des services de cash back) fin 2022, réclamant alors le règlement de près de 700 000 euros de commissions en souffrance. Les sociétés concernées ont depuis réglé une moitié environ de la note. Et le tribunal de commerce de Paris vient de les condamner à verser le solde, soit 365 000 euros.
Indexia, qui n’a pas répondu à nos questions, semble avoir bien du mal à ouvrir son portefeuille pour régler ses partenaires. Et le procédé n’est pas nouveau. Selon nos informations, les retards de paiement étaient aussi de mise avec son assureur MMA, sans toutefois aller jusqu’au contentieux. Enfin, l’Informé a pris connaissance de plusieurs procédures réglées à l’amiable, sans que les griefs ne soient dévoilés. Les protagonistes ? RelevanC, la filiale du distributeur Casino en charge des datas, du marketing digital et de la monétisation, CFDP Assurances ou encore Apicil Agirc Arrco.
Ardian, la BPI… du beau monde au capital d’un groupe au parcours compliqué
Si l’actionnaire majoritaire du Groupe Indexia reste son pdg et fondateur Sadri Fegaier, via son fonds de placement SFK Group, on trouve à ses côtés plusieurs investisseurs minoritaires de marque. Le fonds FEF (Franco Emirati Fund), qui réunit BPI France et Mubadala Investment Company, le fonds souverain d’Abou Dhabi, entré au capital en 2018, ou encore le fonds français Ardian, arrivé la même année. A l’époque, Yann Bak, managing director Ardian buyout indiquait : « être particulièrement enthousiaste à l’idée de pouvoir accompagner SFAM dans sa croissance exponentielle. La société possèd{ant} un positionnement unique grâce à sa grande capacité d’innovation, son excellence opérationnelle mais également sa qualité de services. »
L’actif n’est pourtant pas si simple à gérer ! Auparavant dénommé SFAM (pour Société française d’assurance mobile), l’entreprise est devenue Indexia Group en 2021, lors d’un repositionnement stratégique sur le marché des produits multimédias neufs et reconditionnés. L’occasion, aussi, de se départir d’un sigle associé à des pratiques commerciales très contestées.
Mais Indexia a continué d’accumuler les difficultés. Comme le révélaient nos confrères de l’Argus de l’Assurance il y a quelques jours, le groupe est lâché par ses assureurs. Covéa et Axeria IARD auraient ainsi mis fin à leur partenariat, alors qu’ils couvraient notamment les contrats d’assurance de téléphonie mobile. « Une décision radicale qui aurait été prise au regard des pratiques commerciales décriées du groupe dirigé par l’homme d’affaires Sadri Fegaier » note le journal. Et les échéances judiciaires ne sont pas terminées. Car le pdg d’Indexia et sept filiales de son groupe vont devoir répondre des accusations de pratiques commerciales trompeuses et d’obstacle à un contrôle. Cette fois au pénal.