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Industrie

Groupe ACI : l’enquête pénale contre Philippe Rivière entre dans le dur

La division de la criminalité organisée et spécialisée du Rhône a commencé ses auditions dans le cadre de l’enquête pénale contre le président du groupe industriel, placé en redressement judiciaire.

Philippe Rivère, président du groupe ACI
Philippe Rivère, président du groupe ACI OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

La double séquence judiciaire qui s’ouvre ces jours-ci s’annonce intense pour Philippe Rivière. Ce 4 février, une audience est prévue au tribunal des activités économiques de Lyon pour statuer sur l’avenir d’ACI et de ses quelque 1 400 salariés, en redressement judiciaire depuis fin septembre. Le sort d’une quinzaine de filiales de ce groupe spécialisé dans la fabrication de pièces pour l’automobile, le ferroviaire ou l’aéronautique, doit être examiné par les magistrats. Avec en vue, pour certaines d’entre elles, un possible rachat par des industriels ou des investisseurs.

Ensuite, parce que le président d’ACI, Philippe Rivière, fait savoir depuis lundi qu’il déposera une offre de reprise des actifs restants de la société qu’il a créée en 2019. Le très contesté patron n’en fait d’ailleurs pas mystère : il compte arriver avec un plan de continuation capable de lui redonner la main sur le groupe. Le chef d’entreprise et ses conseils avaient déjà affirmé cette ambition, le 21 janvier dernier, à l’occasion d’une audience intermédiaire liée à la période d’observation de plusieurs filiales.

Pour autant, la promesse n’est pas nouvelle et ses initiatives ont pour l’instant toutes échoué. Comme l’avait révélé l’Informé, après avoir promis jusqu’à fin septembre 2025 l’apport de dizaines de millions d’euros par l’entremise d’un mystérieux fonds étranger baptisé Fortuna (en réalité une escroquerie), Philippe Rivière a ensuite tenté de faire appel en novembre à un fonds d’investissement luxembourgeois (voir notre article). En vain là encore. Ses précédentes approches auprès des fonds français, circonspects face à la fragilité économique d’ACI et à la réputation de son capitaine, n’avaient pas non plus réussi.

Bien qu’incertaine, la perspective d’un retour aux manettes d’ACI - actuellement géré par les administrateurs judiciaires et un manager de transition - du patron lyonnais inquiète aujourd’hui nombre des collaborateurs des filiales en difficulté. Dans la société d’usinage de précision Lorentz, le rejet est unanime : « il est hors de question que ce soit lui. Le voir revenir avec une offre, alors qu’il a plombé notre entreprise serait insupportable, pointe un salarié Une dizaine de repreneurs sont potentiellement intéressés, avec des propositions qui préservent pratiquement l’ensemble des postes. Être remis entre ses mains nous prive de l’opportunité de rejoindre des groupes capables d’assurer notre avenir. ». Même défiance chez Fralsen, où certains disent « préférer voir leur boîte couler que de revenir dans ACI ». La filiale vient de bénéficier d’un nouveau délai pour le dépôt d’offres de reprise de ses activités. La date a été repoussée au 16 février.

Hors ACI aussi, les réserves sont multiples. « Le « Tout sauf Rivière » est partagé par de nombreux clients et fournisseurs du groupe, qui n’ont plus aucune envie de traiter avec lui, ni confiance en lui », explique un bon connaisseur de l’entreprise.

Les auditions ont débuté

En parallèle à cette procédure, un deuxième front judiciaire, visant personnellement Philippe Rivière, vient d’entrer dans une nouvelle phase. Depuis quelques semaines, l’enquête pénale pour abus de biens sociaux ouverte par le parquet de Lyon contre le patron lyonnais s’est accélérée. Selon nos informations, les premières auditions, confiées à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) du Rhône, ont démarré. Les limiers vont notamment se pencher sur les soupçons de malversations pointés par des actionnaires d’ACI à l’occasion d’un audit interne diligenté en septembre sur les finances du groupe. Le cabinet Finasens pointait - entre autres - une quarantaine de virements « injustifiés » réalisés par l’entreprise pour un montant de 3,7 millions d’euros, dont des remontées d’argent suspectes vers Capart, la holding personnelle de Philippe Rivière, pour 2,175 millions d’euros. De même, le dirigeant va devoir s’expliquer sur plus de 1,3 million d’euros d’achats non justifiés par l’intérêt social d’ACI et de ses filiales, ayant financé plusieurs Porsche, une moto de luxe, des voyages et autres travaux de peinture pour ses résidences personnelles.

Sollicité pour échanger sur le plan de continuation et l’ouverture de l’enquête pénale à son encontre, Philippe Rivière n’a pas répondu à l’Informé.