L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureProche de Donald Trump, la société américaine Palantir redressée par Bercy
La société d’analyse de données massives proche des services de renseignement américains a dû régler une ardoise à l’État français en raison de ses pratiques d’optimisation fiscale.
Elle a aidé les services fiscaux américains à débusquer les fraudeurs. Mais elle n’a pas repéré que le fisc français s’intéressait aussi à sa propre optimisation fiscale. L’entreprise technologique de Denver (Colorado), Palantir Technologies, a dû régler un redressement avec pénalités a appris l’Informé. L’ardoise de 2,3 millions d’euros a été payée en 2024 et concerne les exercices 2020 à 2022 selon nos informations. Interrogés, les services de Bercy ont indiqué ne pas s’exprimer sur des dossiers particuliers couverts par le secret tandis que Palantir n’a pas répondu à nos sollicitations.
Ce spécialiste de l’analyse des données massives s’est bâti une réputation en aidant la communauté du renseignement (CIA, NSA…) et la défense américaine, notamment grâce à ses logiciels Gotham et Foundry. Elle assemble et analyse des informations disparates afin d’y identifier des modèles complexes et d’en tirer des enseignements. Avec plus de 2,2 milliards de dollars de revenus l’an dernier, l’éditeur dépend à plus de 55 % de contrats gouvernementaux (à l’exception du Parti Chinois) dont celui signé avec le service de renseignement intérieur français, la DGSI, depuis les attentats du Bataclan en 2015. Côté privé, il compte parmi ses clients français le groupe aéronautique Airbus, Stellantis ou Faurecia. La filiale hexagonale, dirigée jusqu’à cet été par Fabrice Brégier, parti depuis présider Scor, a le statut d’agent commercial et de support marketing. Ce qui signifie que les clients français sont facturés aux États-Unis et qu’elle ne touche qu’une modeste commission de 5 % (incluant ses charges et une marge commerciale) sur ces contrats. C’était 7% avant 2020. Cette astuce a permis à la filiale hexagonale de déclarer cette année-là un chiffre d’affaires de seulement 27 millions d’euros et de ne payer que 712 000 euros d’impôts sur les bénéfices. En réalité, ses revenus réels étaient de 97,7 millions de dollars selon les comptes du groupe déposés auprès du gendarme boursier américain la SEC (depuis 2022, les activités hexagonales n’apparaissent plus).
De l’aveu même de son PDG, Alex Karp, la France est le troisième pays le plus important pour Palantir. « Nos deux premiers marchés sont les États-Unis et la Grande-Bretagne, puis la France à parité avec l’Allemagne. Mais Paris est notre principal bureau dans l’Union européenne. Son rôle est très important, parce que c’est notre base pour nous développer sur le reste du continent. Cela représente des revenus significatifs et une mission stratégique », avait-il confié au Nouvel Obs l’an dernier. Présent au sommet Choose France cette même année, événement destiné à attirer les investissements étrangers, il avait annoncé la création d’un laboratoire de recherche et développement. Mais à ce jour, on n’en trouve aucune trace.
Palantir a intégré le prestigieux indice boursier du S&P 500 en septembre dernier. De quoi doper son cours de Bourse qui a aussi doublé depuis l’élection de Donald Trump. Sa valorisation atteint aujourd’hui 175,8 milliards de dollars. Les analystes s’attendent à de futurs contrats juteux sous la nouvelle administration. En effet, deux de ses cofondateurs, Peter Thiel et Joe Lonsdale, ont activé leurs réseaux dans la tech américaine pour lever de l’argent et aider le candidat Républicain lors de sa campagne. Et ce n’est pas tout. Peter Thiel, qui a cofondé PayPal avec Elon Musk, entretient même des liens très anciens et de proximité avec le vice-président JD Vance qui a travaillé pour son fonds de capital-risque Mithril Capital de 2015 à 2017. Il a également financé à hauteur de 15 millions de dollars sa campagne sénatoriale dans l’Ohio en 2022. Autre preuve des liens puissants entre le groupe et le futur locataire de la Maison Blanche, Trump envisagerait même de nommer le directeur technique de Palantir, Shyam Sankar, au Pentagone comme l’a révélé Politico. Déjà, sous sa première mandature en 2017, l’entreprise avait été choisie et critiquée pour fournir ses solutions afin de lutter contre les flux de migrants clandestins. L’organisation Amnesty International avait dénoncé le contrat passé avec l’Immigration and Customs Enforcement (le service de l’immigration et des douanes du ministère de la sécurité intérieure des États-Unis) estimant « fort possible que Palantir contribue à des violations des droits humains des personnes migrantes ou demandeuses d’asile ». Une accusation dont elle s’est défendue dans une lettre expliquant n’avoir « pas de contrat avec l’unité des opérations d’exécution et d’expulsion de l’ICE ».