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Les convertisseurs YouTube-MP3 encore dans le viseur des majors de la musique

Sony, Universal, Warner et les autres producteurs réclament le blocage des outils plateformes permettant d’extraire les fichiers audios des vidéos YouTube.

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AKUB PORZYCKI / NurPhoto via AFP

Stream ripping. Derrière cet anglicisme se cache une pratique très en vogue chez les utilisateurs de Youtube. Elle consiste à télécharger durablement sur le disque dur de son PC ou de son smartphone le fichier correspondant à la vidéo qu’on est en train de lire, au bon vieux format MP3 par exemple. L...

Mais pour la société civile des producteurs phonographiques (qui gère le catalogue des principales majors de la musique, Universal Music, Sony Music, Warner Music, et près de 5 000 autres entreprises du secteur), ces convertisseurs sont avant tout illicites. Comme encore rappelé dans son dernier rapport annuel, l’organisme de gestion collective (OGC) a déjà initié ces dernières années « de nombreuses actions en justice en vue du blocage de nouveaux sites illicites, dont notamment des sites illicites de convertisseurs de stream ripping ». Saisi par ses soins, le tribunal judiciaire de Paris a déjà ordonné le blocage temporaire de plusieurs d’entre eux, comme Yt5s (20 juillet 2023), 9Xbuddy et Convert2MP3 (26 septembre 2024), Y2mate.mx, YT1S, X2Download, MP3youtube, MP3xd (30 janvier 2025) ou encore MP3Beast (15 mai 2025). La dernière action en date se jouera dans quelques semaines devant la même juridiction. La SCPP a assigné le 1er juillet dernier Orange, Free, SFR, SFR Fibre et Bouygues Télécom pour faire ordonner le blocage de deux autres plateformes de conversion, a appris l’Informé.

Dans ses écritures, la SCPP vise à nouveau Y2mate (mais accessible cette fois par les adresses y2mate.is et youtubepi.com) et 4Kdownload (4kdownload.to). Comme ses concurrents, ces sites permettent d’extraire en ligne les fichiers audios des vidéos YouTube de manière très simple. Il suffit de copier l’adresse du stream d’origine, de la coller sur le site du convertisseur, attendre que le contenu soit importé sur ses serveurs pour enfin cliquer sur « téléchargement » en ayant choisi le bon format (comme le .MP3). Fin mai 2025, un agent assermenté a procédé exactement de la sorte sur plusieurs contenus inscrits dans le répertoire de l’OGC. Et selon l’assignation, il a ensuite « obtenu des liens permettant de télécharger les fichiers audio résultant de cette conversion, les a téléchargés et a constaté qu’ils offrent une qualité d’écoute comparable à celle des supports originaux du commerce concernés ». À en croire l’organisation, ces deux sites « portent atteinte aux droits des producteurs de phonogrammes membres de la SCPP ». La société revendique l’application de l’article L 336-2 du Code de la propriété intellectuelle, une disposition tout-terrain qui permet de réclamer « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser » une atteinte au droit d’auteur ou aux droits voisins, « à l’encontre de toute personne susceptible de contribuer à y remédier ».

Toujours dans son assignation, la représentante des majors réclame également le blocage de sites plus classiques, où elle a repéré la mise à disposition en téléchargement direct de nombreux phonogrammes de son répertoire (comme l’album B-Sides de Queen ou le tout récent Live From Prague de Roger Waters) : Getmetal (Getmetal.club), qui le 10 novembre 2022, fut déjà bloqué pendant plusieurs mois par le tribunal judiciaire de Paris. S’ajoutent plusieurs déclinaisons de Rlsbb (rlsbb.ru, rlsbb.to, rlsbb.cc, rlsbb.com et rlsbb.in), Mp3db (mp3db.pro) et Musiceffect (Musiceffect.ru), autant de pages où la SCPP a constaté la présence d’albums pirates, signés Metallica, Depeche Mode, The Killers, Imagine Dragons, Céline Dion ou encore Megadeth.

Dans son tir groupé, la société civile exige enfin des fournisseurs d’accès à Internet qu’ils cessent de rendre accessibles plusieurs sites de liens BitTorrent, le protocole de téléchargement de fichiers de pair à pair. Sont cette fois mis à l’index Glodls (glodls.proxyninja1.com et glodls.proxyninja.net), préalablement bloqué en juin 2020 et décembre 2024, le site très populaire Isohunt, lui aussi déjà frappé par le passé, mais depuis réapparu sous l’adresse Isohunt.ch, et enfin son cousin Torrentproject (exploité sous les noms de domaine torrentproject.cc, isohunt.info, isohunt2.net, isohunt.tv et isohunt.fun).

Pour l’ensemble de ces adresses, l’OGC réclame à la barre un blocage pour 18 mois, à l’entière charge financière des FAI, qui devra être activé au plus tard dans les 15 jours de la signification de la décision, qui n’est pas attendue avant cet automne. Contactée, la SCPP n’a pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.

Stream ripping et copie privée
Le stream ripping peut être réalisé librement par un particulier s’il relève de l’exception pour copie privée. Dans un arrêt de 2019, le Conseil d’État avait jugé que cette technique n’était pas en soi une contrefaçon et pouvait dès lors être prise en compte pour alourdir le montant de la taxe sur les produits électroniques (smartphones, tablettes, CD et DVD vierges, clef USB, etc.). Dans une réponse parlementaire de 2021 au député Philippe Latombe (Modem), l’exécutif avait apporté d’autres détails, soulignant que cette pratique n’est légale que « si plusieurs conditions sont réunies : elle doit être réalisée à partir d’une source licite à la demande de l’utilisateur sans être stockée par le convertisseur, et aucun contournement de mesures techniques de protection ne doit être effectué ». Dans le cas présent, les contenus convertis par les plateformes visées par la SCPP sont récupérés par le contournement des verrous techniques mis en place par YouTube, puis stockés sur leurs serveurs en attendant d’être téléchargés par l’internaute. Ils ne relèvent donc pas de la copie privée.