Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Tech - Télécom

Le ministère de la recherche veut sécuriser données et logiciels face au protectionnisme de Trump

Dans une lettre adressée aux organismes nationaux de recherche, les services de Philippe Baptiste demandent un état des lieux de la dépendance française aux technologies américaines afin de trouver rapidement des alternatives nationales.

Photo
CELAL GUNES / Anadolu via AFP

Le tonitruant président américain Donald Trump inquiète jusqu’au monde de la recherche française. Les services du ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, veulent prévenir tous risques de coupure d’accès à des données hébergées aux États-Unis et aux logiciels. Pour s’y préparer, une l...

Dans ce dernier cas, le courrier mentionne explicitement le recours à Github, le service en ligne de Microsoft. Très populaire auprès de la communauté des développeurs, avec plus de 100 millions d’entre eux inscrits dans le monde, cette plateforme est un lieu d’échange et d’hébergement du code informatique en libre accès. L’Inria, le CNRS, l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’ENS de Lyon, le CEA, l’Inrae… y sont tous présents. « Bien que l’archivage via Software Heritage de l’Inria assure la préservation du code, relève la missive, il ne garantit pas la continuité des services associés ». En clair, si Washington prenait des mesures de protectionnisme frappant Github et des autres solutions sous son pavillon, cela pourrait porter a minima un coup de frein à des projets tricolores.

La démarche du ministère doit donc permettre « d’élaborer des solutions nationales adaptées et prioritaires ». Le recueil des informations doit débuter rapidement, d’ici au 21 avril. Elle répond aux agitations de Washington en matière commerciale avec la guerre des droits de douane, mais aussi et surtout idéologique. Cette initiative est déjà saluée par Henri Verdier, ambassadeur pour le numérique : « Nous sommes entrés dans une ère où n’importe quoi peut être utilisé comme des représailles, explique-t-il à l’Informé. La souveraineté ne demande plus seulement de construire de la puissance mais aussi de supprimer des dépendances et des vulnérabilités. C’est donc une très bonne idée de sécuriser les données et les logiciels pour la recherche ». Un point de vue partagé par Yann Lechelle, associé avec l’Inria dans la société Probabl, pour créer des solutions souveraines. « Cet audit va permettre de clarifier la chaîne de dépendance et de prendre ensuite des mesures pour y répondre, explique le dirigeant. C’est une logique de bon sens qui arrive au bon moment ».

Contacté, le député MoDem Philippe Latombe, auteur d’un rapport sur la souveraineté du numérique, salue l’initiative mais demande plus de cohérence des ministères. « Lorsqu’ils initient un tel chantier, ils ne doivent pas à côté lancer un appel d’offres pour utiliser des produits Microsoft, pas plus qu’il ne faut que Polytechnique ne migre vers Office 365 et Teams, puisque des données sensibles y circulent ».

Outre-Atlantique, le locataire de la Maison Blanche réduit drastiquement les moyens financiers alloués aux scientifiques. L’ancien président français, François Hollande, vient de leur tendre la main. Dans une proposition de loi tout juste enregistrée à l’Assemblée nationale, le député PS veut créer un statut de réfugié scientifique, ouvert à tous ceux « qui risquent de subir une atteinte grave et individuelle à leur liberté académique, en raison de menaces ou d’une privation de liberté arbitraire ». Son dépôt fait suite à une demande du ministre Philippe Baptiste qui, pour accueillir cette communauté, a demandé aux grands organismes tricolores (CNRS, Inserm, etc.) leurs « réflexions, alertes, analyses et propositions concrètes en la matière, tant sur les technologies et champs scientifiques prioritaires que sur les dispositifs eux-mêmes à mobiliser ou à mettre en place ».

Contacté, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche n’a pas encore réagi au moment de la publication de notre actualité.