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Continuer la lectureUn établissement du ministère des Armées veut s’équiper de Starlink
Le service national d’hydrographie et d’océanographie de la marine apporte un soutien opérationnel lors d’opérations militaires. Il veut utiliser les services de la société d’Elon Musk. De quoi poser des questions sur la souveraineté technologique tricolore.
L’armée française cherche à s’équiper auprès de l’américain Starlink. C’est tout du moins le cas du service national d’hydrographie et d’océanographie de la marine (Shom), un établissement placé sous sa tutelle. Présidé par l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la marine, cet organisme a lan...
La procédure inclut « les services de location de circuits par satellite, le matériel de communication et les services de réparation, d’entretien et services connexes ». Recourir aux services de Starlink, offrant l’accès à Internet grâce à une constellation de satellites, a de quoi surprendre au moment où la France, et plus largement l’Europe, cherchent à développer leur autonomie stratégique en utilisant la même technologie avec des acteurs comme OneWeb d’Eutelsat. Car, le Shom opère dans des domaines civils (sécurité maritime, observation des hauteurs d’eau, instructions nautiques…) et militaires sensibles. Il affiche même ses ambitions en matière de souveraineté « pour mettre à disposition des forces armées des produits et services (...) adaptés à leurs besoins croissants et contribuant à assurer leur supériorité opérationnelle, dans un contexte géopolitique incertain. » Sic… De leur côté, Thales, Leonardo et Airbus ont annoncé s’associer afin de créer leur propre projet, Bromo.
Dans son dernier rapport annuel, l’organisme souligne ainsi « aider à la prise de décision dans le cadre d’exercices, d’opérations militaires ou en réponse à des besoins spécifiques. Ce fut notamment le cas en 2024 à l’occasion de la crise en Nouvelle-Calédonie ou des JO 2024 pour les épreuves se déroulant à Tahiti et Marseille. »
Pour réaliser ses missions, le Shom s’appuie actuellement sur cinq navires (le Borda, le Lapérouse, le Laplace, le Thalassa et le Beautemps-Beaupré) présents dans la Manche, la Méditerranée, l’Océan Indien, les Antilles et l’Atlantique. Il dispose depuis peu d’un drone autonome de surface, le Marlin, produit par le français Exail. Situé à Brest, le Shom apporte également ses moyens dans le programme d’armement CHOF (capacité hydrographique et océanographique future) destiné à améliorer la précision et la qualité des données de l’espace maritime, des fonds marins et des petits fonds. Ces informations cruciales peuvent porter sur les conduites sous-marines et les câbles. Ces derniers sont ciblés par des services de renseignement de pays étrangers pour l’interception des communications ou des actes de sabotage comme ce fut le cas en mer Baltique l’année dernière. Ce programme vise aussi à réduire le temps de mise à disposition de l’information acquise et son traitement. Starlink peut donc être un atout.
Sauf que son dirigeant, Elon Musk, dont les relations avec le président Donald Trump ont connu des hauts et des bas, a été accusé d’utiliser son service pour interférer dans la géopolitique mondiale. Après avoir distribué des kits de connexion à l’Ukraine au début de la guerre déclenchée par la Russie, son soutien est devenu plus ambigu. Il s’en est expliqué sur son réseau social X : « Pour être extrêmement clair, peu importe à quel point je suis en désaccord avec la politique ukrainienne, Starlink n’éteindra jamais ses terminaux. Je dis simplement que, sans Starlink, les lignes ukrainiennes s’effondreraient, car les Russes peuvent brouiller toutes les autres communications ! »
Mais, en juillet dernier, l’agence Reuters a publié une dépêche expliquant comment le milliardaire américain avait décidé de réduire la couverture Internet dans des zones sensibles comme Kherson lors d’une contre-offensive ukrainienne. Une centaine de terminaux auraient été désactivés empêchant les forces armées et les drones de mener à bien leurs opérations contre les Russes. Des informations qualifiées d’inexactes par SpaceX, maison mère de Starlink.
Pour la souveraineté de l’armée française, le recours à cette technologie américaine paraît donc surprenant. Les données collectées seront-elles en sécurité en passant par ce fournisseur ? Et que se passerait-il si Elon Musk décidait de dégrader le service à sa guise ? Après tout, il s’est déjà ingéré dans les affaires françaises lors de la condamnation de Marine le Pen dénonçant « un abus du système judiciaire ».
Contacté, le Shom a indiqué être au regret de ne pouvoir « apporter d’éléments de réponse à ce sujet. L’appel d’offres étant actuellement en cours, nous ne souhaitons pas nous exprimer pendant la durée de la procédure. »