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Drones navals : Thales trouve deux alliés pour se relancer

Le groupe de défense a pris beaucoup de retard sur les drones de surface, sous-marins et tueurs de mines. La donne pourrait changer.

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JULIEN DE ROSA / AFP

Le programme franco-britannique de guerre des mines MMCM, piloté par Thales, accumule des années de retard. Il avait pour ambition de remplacer les chasseurs de mines traditionnels par des systèmes de drones. Thales a relevé une partie de la gageure, mais au prix de délais inédits, que l’industriel a régulièrement justifié par l’impact du Covid-19. Le premier drone de surface (USV) tractant un sonar Thales n’a été livré qu’en fin d’année dernière à la Marine nationale, avec un centre de commandement des drones basé à terre.

Ce retard s’ajoute à celui des deux autres briques du système qui comprend aussi des drones sous-marins autonomes A27, scannant sous la surface et des drones tueurs de mines (fournis par Saab). Le premier, fourni par Exail, est proche de l’obsolescence, et doit être remplacé sous trois ans par un drone bien plus récent, l’A18M, également fourni par Exail. L’histoire est plus complexe encore pour le drone tueur, qui doit positionner une charge explosive à proximité de la mine à détruire : il n’est toujours pas qualifié, c’est-à-dire autorisé par la direction générale de l’armement.

Ces délais sont préjudiciables car MMCM a une mission stratégique : scanner les fonds du goulet de Brest, le bras de mer qui relie la rade de Brest à l’océan Atlantique, pour sécuriser les mouvements des quatre sous-marins nucléaires d’engins (SNLE) quand ils quittent leur base de l’Île Longue.

Pour sortir de cette crise qui brouille son image, Thales a décidé de missionner le chantier Couach, installé à Gujan-Mestras sur le bassin d’Arcachon. Objectif : fiabiliser et robustifier les drones de surface de MMCM. Positionnée historiquement sur le marché des yachts de luxe, la société s’est depuis diversifiée sur ce segment et a développé son propre modèle, le Magellan, mis à l’eau en février 2024.

Selon nos informations, Thales a confié au Girondin le soin de revoir complètement les 5 USV qu’avait fabriqué le sous-traitant britannique L3. Ces appareils s’étaient révélés défaillants mais le niveau et la complexité des modifications à réaliser dessus dépassaient les capacités d’absorption de L3. Les derniers drones seront (re)livrés au géant de l’armement dans l’année. Cette fiabilisation devrait profiter à l’exportation de MMCM, le premier système de guerre des mines utilisant des drones gigognes.

Thales a aussi décidé de frapper un grand coup dans le domaine des drones de lutte anti-sous-marine : il dévoilera en septembre prochain au Portugal un nouveau modèle, conçu avec le chantier Sea Air. Celui-ci, basé à Lorient, va exploiter son savoir-faire dans les foils de bateau semi-rigide pour développer des drones stables et peu énergivores. Dans ce partenariat, Thales apporte à la fois son réseau commercial, ses capteurs - dont le nouveau sonar compact tracté à l’arrière - et un kit de dronisation conçu en interne, à l’origine pour le programme MMCM. En sus, Thales fournit son M-Cube, un système universel pour contrôler les drones et suivre leur activité en temps réel. Celui-ci a été testé à plusieurs reprises par l’OTAN, notamment lors de l’exercice annuel Repmus au Portugal et durant l’expérimentation Task force X en juin dernier.

Pour Thales, l’enjeu est simple : imposer ses capteurs et systèmes de mission dans un marché en train d’exploser. Un drone revient 10 à 20 fois moins cher qu’un navire avec équipage. Un pays doté d’une marine moyenne ou de pas de marine du tout peut ainsi rayonner 24 heures sur 24 avec une mise de fonds extrêmement réduite.

Dans sa montée en puissance, Thales n’est pas seul. Rien qu’en France, il aura face à lui un autre mastodonte, Naval Group (dont il détient une partie du capital), mais aussi Exail. Ce dernier vient d’ailleurs de vendre cinq premiers exemplaires de ses drones de surveillance Drix en version militarisée à une marine européenne non dévoilée.

Interrogé, Thales nous a répondu : « Couach est un partenaire avec lequel Thales est en discussion actuellement dans le cadre de la production des USVs du futur programme français de lutte anti-mines SLAM-F. Ce dernier va, compte-tenu des nouveaux enjeux en la matière, comporter un certain nombre d’évolutions par rapport au programme franco-britannique MMCM auquel il succédera. Notre partenariat porte également sur l’optimisation du schéma industriel de l’USV dans le cadre du programme MMCM afin d’avoir un chantier naval français capable d’assurer une partie de la maintenance des USVs. » Et Thales a précisé : «Sea Air est un partenaire avec lequel nous sommes en train de développer un nouveau concept de lutte anti-sous-marine dronisée qui sera démontré lors d’exercices futurs avec l’OTAN. »