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Cybersécurité : pourquoi la pépite française DataDome est attaquée par son rival américain

La start-up française spécialisée dans la détection des bots et des fraudes en ligne est accusée par Arkose Labs d’avoir violé six brevets. L’Informé a pu consulter la plainte.

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Smile Studio AP - stock.adobe.co

Premier grain en vue pour DataDome, qui naviguait jusqu’ici par beau temps. Le 27 décembre, la société américaine Arkose Labs, spécialisée comme elle dans la sécurisation des plateformes en ligne contre les robots (bots) malveillants et les cyberfraudes, a déposé au Delaware une plainte au civil contre la société française. DataDome y est accusée de violation de brevets et de concurrence déloyale.

Dans le détail, elle aurait violé pas moins de six brevets de l’entreprise américaine, sur des sujets clés : la génération de défis pour la vérification des utilisateurs (CAPTCHA), la surveillance des adresses IP, la biométrie comportementale et l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la détection des fraudes en ligne. Son concurrent réclame notamment la restitution de tous les bénéfices et « enrichissements injustes » que la jeune pousse a obtenus grâce à ces pratiques présumées illégales.

« Cette violation [de brevets] qui se poursuit à ce jour est délibérée, volontaire et consciente, au mépris conscient des droits d’Arkose, ce qui confère à Arkose le droit à des dommages-intérêts accrus », poursuit l’américain. Au Delaware, un triplement des dommages et intérêts (treble damages) peut être obtenu si le dommage causé à une victime a été intentionnel ou résulte d’une négligence grave. De quelles technologies parle-t-on exactement ?

Arkose utilise par exemple l’apprentissage automatique pour « entraîner » ses algorithmes à reconnaître les comportements associés à des usurpations, ainsi que les techniques de dissimulation utilisées par les robots. Il combine par ailleurs ses propres informations avec des données achetées à des courtiers afin d’attribuer un « score de risque » aux adresses IP des utilisateurs qui se connectent à un site.

L’un de ses systèmes de CAPTCHA demande à l’utilisateur d’orienter un animal en 3D dans la direction que pointe une main, également en 3D à l’écran. Il mobilise enfin la « biométrie comportementale » qui analyse les mouvements de la souris, la frappe sur le clavier ou les gestes effectués sur des écrans tactiles afin de déterminer si l’utilisateur est bien humain. Autant de techniques, protégées par des brevets, que DataDome aurait utilisées sans autorisation.

L’entreprise américaine accuse également sa rivale française de dénigrement commercial, citant à l’appui une section du site internet de DataDome, laquelle compare son offre à celle d’Arkose Labs et affirme que cette dernière n’utiliserait pas l’IA pour stopper les attaques complexes. « DataDome se livre (…)  à une publicité déloyale, illégale et trompeuse qui dévalorise les produits et services d’Arkose avec peu ou pas de [base factuelle], et parfois avec de purs [mensonges] », estime la société plaignante.

De quoi fragiliser la start-up à qui tout réussissait jusqu’ici ? Fondée en 2015 par Benjamin Fabre et Fabien Grenier, tous deux passés par le spécialiste de l’analyse des réseaux sociaux Linkfluence, DataDome est désormais présente à Paris, New York, Singapour et forte de 180 collaborateurs. Elle cite parmi ses clients grands comptes McDonald’s, TripAdvisor, Soundcloud, Foot Locker, Best Western, Rakuten ainsi qu’Asus.

En mars 2023, à l’occasion de son troisième tour de table (série C), DataDome a levé 38 millions d’euros auprès des fonds Infravia Growth, Elephant et ISAI afin de financer son développement à l’international. Son PDG avait alors vanté les « 100 % de croissance aux US » de l’entreprise via sa filiale DataDome Solutions, Inc. également visée par la plainte du concurrent américain.

Contactés, DataDome, Arkose Labs et leurs avocats n’ont pas souhaité faire de commentaire.