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Continuer la lectureContenus en ligne illicites : Google, Meta et TikTok lâchent Point de Contact
Spécialisée dans la protection des internautes contre le suicide ou la pédocriminalité, l’association pourrait disparaître faute de financement.
Née voilà près de 30 ans, l’association Point de Contact vit peut-être ses derniers instants. Créée en 1998, cette structure est spécialisée dans la protection des internautes : elle propose des outils pour signaler des contenus à retirer (provocations au suicide, pédocriminalité…) et sert notamment de courroie de transmission entre les réseaux sociaux et les autorités françaises ou internationales. Rien qu’en 2022, près de 10 000 adresses ont été transmises à la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements (Pharos) gérée par le ministère de l’Intérieur. La quasi-totalité des cas recensés relevait de l’exploitation sexuelle des mineurs.
Pour tourner, l’association comptait jusqu’à présent sur un financement assuré à parts égales par la Commission européenne, les plateformes (dont Google, X, OVH, Meta, TikTok, Snapchat), et le gouvernement. En 2020, un plan triennal était encore signé avec le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) pour lui apporter, depuis un fonds spécial, un peu plus de 200 000 euros chaque année. Mais l’an passé, changement d’ambiance, le gouvernement n’a pas honoré ses promesses, cette subvention n’a plus été versée.
Selon Point de Contact, joint par l’Informé, l’exécutif n’a fourni aucune explication officielle malgré plusieurs courriers de relance. Cet assèchement soudain a été dénoncé à l’Assemblée nationale par la députée socialiste Isabelle Santiago, dans une question parlementaire à laquelle Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, n’a toujours pas répondu, pas plus que le CIPDR contacté par l’Informé. Ces derniers mois, la situation financière s’aggrave, d’autant que la structure a déjà perdu le soutien de Microsoft l’an passé, suite à « des orientations stratégiques différentes », dixit une source au sein de l’association. Un départ qui suit aussi celui des fournisseurs d’accès en 2015, mécontents des positions prises par Point de Contact sur la loi renseignement, sans concertations suffisantes. Acculée, l’association a demandé fin 2023 à l’ensemble de ses membres privés encore présents de verser par anticipation leurs cotisations 2024. Une avance qui se révèle pour l’heure insuffisante.
Une assemblée générale extraordinaire (AGE) a donc été convoquée ce mardi 20 février pour faire valider un plan d’économies et de financement, qui passera notamment par le licenciement de deux personnes de l’équipe, avec paiement d’indemnités. Toujours selon nos informations, sur 17 membres, 14 ont validé le principe de ce plan, 10 d’entre eux ont même accepté le versement d’une cotisation exceptionnelle d’un montant total de 41 000 euros. Parmi eux, OVH, X (ex-Twitter), JeuxVideo.com ou encore Blue Efficience. Un autre acteur, Limbersecurity, pourrait rentrer prochainement et apporter également une aide financière. Seulement, le compte n’y est toujours pas. L’association assure avoir besoin de doubler ce coup de pouce pour éviter la liquidation. Or, trois contributeurs majeurs ont rechigné à mettre une nouvelle fois la main au porte-monnaie pour combler le défaut de l’État : Google, Meta et TikTok.
Dans ce trio, Google a accepté de nous expliquer pourquoi, sans ménager la critique à l’encontre de la gestion de Point de Contact : « nous manquons en effet de lisibilité quant à la finalité d’une telle cotisation. En réalité, depuis plusieurs années, les plans successifs qui ont été proposés pour continuer de faire vivre l’association n’ont offert des solutions qu’à court terme et n’ont jamais été de nature à pouvoir la faire évoluer, et la faire vivre de manière pérenne - notamment à l’aune des évolutions réglementaires. Nous avons déjà alerté sur ce point à de nombreuses reprises par le passé ». Les détails ne nous ont pas été communiqués, mais en dernière ligne droite, l’AGE a finalement acté une nouvelle réunion dans neuf jours, avec l’espoir de réveiller les pouvoirs publics.