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Continuer la lectureAffaire Business France : après Muriel Pénicaud, une nouvelle mise en examen chez Havas
Le patron d’Havas Paris, filiale de Vivendi, est soupçonné de recel de favoritisme dans le cadre du voyage d’Emmanuel Macron à Las Vegas en 2016.
L’affaire Business France n’en finit pas de faire des remous. Cet établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) a pour vocation de promouvoir l’économie française à l’étranger. Rattaché à Bercy, il s’est retrouvé dans la tourmente après avoir organisé une soirée à Las Vegas le 6 janvier 2016. À l’époque, Emmanuel Macron est ministre de l’économie et se rend dans le Nevada pour rencontrer les start-up françaises dans le cadre de la French Tech Night, en marge du plus grand salon des nouvelles technologies, le Consumer Electronics Show (CES). Près de 500 personnalités sont présentes à cette fête à l’hôtel Linq.
Le géant de la communication Havas (filiale de Vivendi) est choisi comme prestataire de l’événement pour une facture de l’ordre de 380 000 euros. Sauf que Business France, dirigée alors par Muriel Pénicaud, n’a pas réalisé d’appel d’offres et de mise en concurrence pour choisir ce fournisseur comme le prévoit pourtant le code des marchés publics. À la suite de plusieurs perquisitions, le parquet de Paris décide d’ouvrir une information judiciaire en 2017 pour des soupçons de « favoritisme et recel de favoritisme. »
Depuis, la société Havas Paris a été mise en examen. De même que l’ancienne directrice de la communication de Business France, Fabienne Bothy-Chesneau, et Muriel Pénicaud elle-même, en octobre dernier. Respectivement pour « recel de favoritisme », « favoritisme » et « complicité de favoritisme ». La liste n’est pas close puisque selon nos informations, le directeur général actuel d’Havas Paris, Fabrice Conrad, a lui aussi subi le même sort en décembre. « Nous n’avons pas de commentaire à faire sur cette procédure, qui suit son cours, sans aucun élément nouveau, a indiqué la société. Il s’agit d’une mise en examen (pour recel de favoritisme) purement formelle dans le cadre d’une mission remontant à 2015. Les faits allégués sont catégoriquement contestés par l’agence Havas Paris, compte tenu de l’accord-cadre qui la liait à l’époque à Business France, à la suite d’un appel d’offres public. »
Le groupe de communication estime en effet que cet accord-cadre dispensait Business France de lancer un nouvel appel d’offres. D’une durée de 18 mois pour un montant total de 6,6 millions d’euros, il incluait une prestation de plus de 300 000 euros pour la soirée French Tech. Il a été conclu le 2 juin 2015 soit sept mois avant le fameux pince-fesses de Las Vegas. Selon la loi, les concurrents perdants (Publicis et Futurebrand) avaient ensuite un délai de 11 jours pour contester cette attribution. Mais en réalité, les enquêteurs ont découvert que l’accord a été mis en œuvre bien avant la fin de ce laps de temps avec plusieurs rendez-vous organisés entre Business France et Havas. Les dirigeants de l’agence étaient parfaitement conscients de ce délai. Preuve en est, le nom de Fabrice Conrad apparaît dans un échange de courriel dès le 4 juin rapporté par Reuters. Dans ce message adressé à Stéphane Fouks, vice-président d’Havas, il évoque Muriel Pénicaud qui « veut rester discrète jusqu’à la fin de la période de contestation (le 12 juin), et ce d’autant qu’elle n’a pas informé les ministres de son choix à ce stade. »
L’organisation de la visite d’Emmanuel Macron à Las Vegas a dû, ensuite, se faire dans des délais très courts. « Il y avait urgence, on était déjà fin novembre, il y avait les fêtes de fin d’année qui arrivaient avec une fermeture de Business France entre Noël et le Nouvel an et la soirée était programmée pour le 6 janvier », a expliqué aux enquêteurs Fabienne Bothy-Chesneau selon le Monde.
La procédure dure maintenant depuis près de sept ans et ne semble pas près de se clore rapidement. « L’agence s’estime dans son bon droit et a toujours contesté les allégations portées contre elle. Elle attend sereinement la suite de la procédure », a ajouté Havas. De son côté, Fabrice Conrad a formé plusieurs recours contre sa mise en examen.