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Santé

Hôtellerie-restauration : enquête préliminaire ouverte contre Klesia et Malakoff Humanis pour abus de confiance et atteinte à la probité

La procédure fait suite à une plainte déposée par Colonna, ancien prestataire des deux institutions au sein du secteur des Hôtels Cafés Restaurants.

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La justice se penche sérieusement sur la gestion de la mutuelle du secteur des Hotels Cafés Restaurants (HCR), un service qui concerne quelque 300 000 adhérents du secteur. Selon nos informations, le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête préliminaire pour des soupçons d’abus de confiance et d’a...

L’ouverture de cette enquête fait suite au dépôt de plainte par Colonna en novembre 2023. Opérateur historique de la mutuelle HCR, ce dernier a été évincé au profit de Vivinter (Diot-Siaci) à partir du 1er janvier 2024. Mais l’enjeu du dossier est aussi plus général. Depuis une décision du Conseil constitutionnel de 2013, les branches professionnelles ne peuvent plus imposer un prestataire pour gérer la mutuelle d’un secteur : la pratique a été jugée anticoncurrentielle.

« Klesia et Malakoff Humanis ont profité d’une « zone grise » pour rendre de plus en plus opaque un système qui aurait mérité une vraie transparence, dans l’intérêt des entreprises et des salariés » estime Vincent Brengarth. L’avocat de Colonna chez Bourdon et Associés se demande « comment ces groupes ont obtenu des contrats de mutuelle au sein des branches professionnelles et quels bénéfices en ont réellement retiré les entreprises et les salariés de ces branches ? ».

Longtemps fluide, la gestion paritaire de la mutuelle du secteur Hotels Cafés Restaurants a dérapé ces dernières années. Les positions ont franchement divergé lorsque Klesia et Malakoff Humanis ont insisté pour puiser dans les réserves financières de la branche, puis relever brusquement les tarifs - de 68 %-, tout en changeant de prestataire sans procéder à un appel d’offres. Acceptés par plusieurs acteurs de la branche, dont les syndicats de salariés, les arbitrages de Klesia et Malakoff Humanis ont en revanche été vigoureusement contestés par la majorité des syndicats patronaux, dont le plus gros, l’Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie (UMIH), dirigé par le chef Thierry Marx.

Des courriers qui témoignent de relations tendues

« On a acté d’un divorce »  résume Eric Abihssira, vice-président confédéral de l’UMIH. Après avoir déposé une plainte en référé contre Klesia et Malakoff - qui n’a pas abouti -, l’organisation patronale estime qu’il n’y plus de contentieux entre les deux parties. Mais les relations restent tendues, comme en témoignent des courriers envoyés début mars, et consultés par l’Informé.

Le 1er mars dernier, les deux instituts de prévoyance et de santé ont contacté les présidents et présidentes de fédérations départementales et régionales de l’UMIH, en accusant les « représentants nationaux de l’UMIH » d’avoir engagé une procédure contentieuse contre eux. Une analyse étrange, puisque 24 des 25 membres du directoire de l’UMIH soutenaient la démarche de référé. Klesia et Malakoff indiquaient aussi souhaiter « reprendre les relations partenariales », alors qu’ils n’invitent plus les représentants de l’UMIH aux réunions de la branche depuis 18 mois. Enfin, dans ce même courrier, ils ont reconnu les difficultés de leur mutuelle, « HCR Bien-être », promettant que « les problèmes résiduels sont en cours de résorption ».

Des assurés en panne de mutuelle

De fait, depuis le début de l’année, bon nombre de salariés se plaignent de ne pas avoir accès à leur mutuelle et de n’obtenir personne au téléphone, comme le racontait l’Informé fin janvier. Selon l’UMIH, les deux tiers des adhérents n’auraient carrément pas reçu leur carte tiers payant 2024 au 1er mars ! Et les plaintes continuent d’affluer. « Ils sont nombreux à appeler les plateformes et à s’entendre répondre au bout de plus d’une heure en moyenne… que les problèmes sont en cours de traitement » ironise l’UMIH dans une réponse irritée au courrier des instituts, envoyée le 6 mars à ses adhérents.

Klesia et Malakoff Humanis attribuent les complications de leur service à « l’hostilité du précédent gestionnaire », Colonna. Ce dernier avait pourtant proposé à Diot-Siaci de reprendre les 150 salariés gérant le dossier HCR. Mais celui-ci, qui a eu 18 mois pour s’organiser aurait préféré confier ce marché à un sous-traitant, Intelcia.

Dans sa réponse, l’UMIH s’interroge aussi sur l’absence de transparence qui « ne permet pas de savoir si les institutions (Klesia et Malakoff Humanis ndlr) agissent dans le bon sens, et notamment dans l’intérêt des entreprises cotisantes ». C’est d’ailleurs le sujet que la justice devra trancher en ce qui concerne la gestion passée.

Une mutuelle concurrente dès le mois de mai prochain

Face aux défaillances de la mutuelle actuelle, l’organisation de Thierry Marx se prépare à lancer une offre alternative de couverture santé et prévoyance. Elle a déjà consulté une douzaine de prestataires, dont Klesia et Malakoff Humanis qui n’ont pas répondu. « L’offre devrait être prête d’ici le mois de mai » précise Eric Abihssira. Une offre concurrente à HCR Bien-Être donc, à un tarif moins élevé, et sur laquelle les salariés pourront basculer d’un mois sur l’autre s’ils le souhaitent, au moins pour la partie santé.

Contactés, Malakoff Humanis a indiqué ne pas être informé de l’ouverture d’une enquête, Klesia n’a pas répondu et Colonna n’a pas souhaité commenter.