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Continuer la lectureLes employés de l’hôtellerie-restauration exaspérés par leur nouvelle mutuelle
Chargé de gérer les prestations de la branche depuis le 1er janvier, Vivinter (groupe Diot-Siaci) accumule les dysfonctionnements. 300 000 cotisants sont concernés.
« Vous allez adorer le menu » : c’est le nouveau slogan de la mutuelle concocté par Klesia et Malakoff Humanis pour la branche Hotels-cafés-restaurants (HCR). Mais pour de nombreux assurés, on frôle plutôt l’indigestion. Envolée des tarifs, absence de carte de tiers payant, devis des soignants sans réponse, service client injoignable… De nombreux salariés, ex-salariés et retraités du secteur sont exaspérés.
Pour rappel et comme nous l’avions déjà raconté, les partenaires sociaux de la filière HCR ont l’habitude de sélectionner une mutuelle avec laquelle ils négocient un contrat pour la branche, qu’ils recommandent ensuite à leurs adhérents. Chaque établissement est libre d’opter pour un autre prestataire (si tant est qu’il offre au minimum les mêmes garanties aux salariés), mais sur le terrain, beaucoup se tournent vers le partenaire recommandé. Problème : plusieurs organisations syndicales du secteur ont accepté des prix en très forte hausse ainsi qu’un changement de l’organisme chargé de gérer au quotidien les cotisations et les remboursements des salariés. Vivinter (groupe Diot-Siaci) a remplacé Colonna au 1er janvier. « En décembre, j’ai reçu un mail indiquant une évolution du service, raconte Anne-Sophie Gambicchia, cuisinière en Charente Maritime actuellement en arrêt maladie. J’ai demandé si le tarif allait changer, et je n’ai pas eu de réponse. Et début janvier, on m’annonce un tarif de 74 euros contre 42 euros auparavant ! »
La jeune femme reste alors « des heures au téléphone » pour obtenir un interlocuteur. Au prix d’une certaine patience, Diot-Siaci lui présente tour à tour plusieurs explications : l’inflation serait due « à Colonna », à la « hausse des tarifs de la Sécu » ou encore au « choix de (son) ancien employeur »… « Ça m’a vraiment énervé. Comme j’ai menacé de saisir la DGCCRF, ils m’ont proposé un nouveau tarif à 55 euros ! » poursuit la cotisante, encore tout étonnée de cette faveur financière.
La page Facebook de HCR Bien-Être, du nom du contrat proposé, regorge de témoignages de ce type. Certains évoquent des hausses de tarifs de 40 %, d’autres de 70 %, beaucoup assurent ne jamais avoir été prévenus d’un changement et ne comprennent pas qu’on ne leur réponde pas.
« En raison d’une forte hausse de notre activité, vous pouvez effectivement rencontrer des difficultés à nous joindre » a reconnu le compte Facebook le 11 janvier. Plus ennuyeux encore, ce message publié le 9 janvier par le community manager de la page : « Suite à un problème technique, certaines personnes n’ont pas accès à leur espace client et à leur carte de tiers payant. » Certains messages sont signés par une certaine « Camille », ce qui exaspère encore plus les assurés. « Arrêtez avec votre robot Camille ! » peut-on lire par exemple en réponse. Devant l’afflux de critiques, le compte Facebook a préféré supprimer la possibilité de le mentionner. Les souscripteurs peuvent seulement commenter l’un des messages publiés par le compte. Une vidéo explicative a aussi été publiée, et certains assurés ont pu trouver leur carte sous format numérique.
Un changement confus pour les assurés
Derrière ce cafouillage majeur se dissimule le manque de transparence dans la gestion paritaire de la santé et de la prévoyance du secteur. Le choix de HCR Bien-Être comme nom de la mutuelle - en remplacement de HCR Colonna - suggère que celle-ci serait la solution officielle de la branche. En vérité, l’UMIH et le GNC, deux syndicats patronaux qui représentent 70 % des restaurateurs contestent le nouveau contrat signé pour le 1er janvier et ont porté le dossier devant les tribunaux. Une plainte au pénal pour corruption déposée par l’UMIH et l’ancien courtier Colonna est en cours d’examen au tribunal judiciaire de Paris ; le caractère d’urgence n’a pas été reconnu en référé, mais l’examen de la plainte se poursuit.
La marque HCR Bien-être pose aussi problème parce qu’elle n’appartient qu’à Klesia. Pas à Malakoff ni à Diot-Siaci. Et sur leurs relevés bancaires, les adhérents voient apparaître « Siaci Saint-Honoré » comme prestataire. De quoi les perdre un peu plus…
Intrigué par ces aléas, un élu a pris le sujet à bras-le-corps. « Ce qui est certain, c’est qu’on a un vrai problème de transparence » expose Christophe Marion, député Renaissance du Loir-et-Cher, pour qui « les décisions prises entre organisations syndicales et organisations de prévoyance semblent se faire au détriment des cotisants ». L’élu s’est déjà fendu de deux courriers alertant la procureure de la République à ce sujet. Au premier, la procureure du tribunal judiciaire de Paris avait répondu que les éléments rassemblés ne permettaient pas « en l’état » d’ouvrir une procédure pénale. Dans une seconde lettre adressée début décembre 2023, le député conteste le classement sans suite « afin que cessent les pratiques délétères mises en évidence au sein de la gouvernance de la branche HCR. »
Contacté par l’Informé, Diot-Siaci n’a pas souhaité faire de commentaire.