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Santé

Hôtels-Restaurants : pourquoi Klesia et Malakoff sont accusés de corruption

Les assureurs font l’objet de deux plaintes déposées par leur ancien prestataire Colonna et des professionnels du secteur, l’UMIH.

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Irina Belcikova / MNStudio - stock.adobe.com

Serveurs, chefs, gérants… Ces jours-ci, ils sont 350 000 travailleurs du secteur Hotels-Cafés-Restaurants à recevoir leur nouvelle carte de mutuelle pour 2024, toujours sous l’en-tête Malakoff Humanis/Klesia. En apparence, le petit bout de carton est le même. En réalité, il fait l’objet d’une bataill...

Or le contrat négocié l’année dernière sème la discorde. Les prix ont explosé : la cotisation s’est envolée de 68 % en juillet 2022, soit une hausse de 120 euros par an pour les salariés ! Le coût mensuel, passé de 28 euros à 46,96 euros, va de pair avec une amélioration des garanties, plaident les instituts de prévoyance. Mais deux syndicats représentant 65 % des employeurs, l’Union des Métiers et des industries de l’Hôtellerie (UMIH) et le Groupement National des Chaînes hôtelières (GNC), refusent cette augmentation et dénoncent le manque de transparence qui l’entoure, réclamant un nouvel appel d’offres sur le sujet. Face à eux, les autres organisations patronales et l’ensemble des syndicats de salariés soutiennent le nouvel accord.

Soupçons de corruption

Y a-t-il eu des entorses à la gouvernance ? Et si oui, à qui profitent-elles ? L’UMIH, désormais présidée par le chef étoilé Thierry Marx, a déposé une première plainte en référé contre Klesia et Malakoff Humanis. Le tribunal judiciaire y a joint une autre plainte déposée, cette fois, par le courtier Colonna pour abus de confiance et corruption active : prestataire des instituts de prévoyance, il a été éconduit au profit de son concurrent Diot Siaci, à partir de janvier 2024. Les plaignants suspectent Klesia et Malakoff Humanis d’avoir influencé les syndicats afin d’augmenter leurs tarifs… Et leurs marges : les deux entreprises gagnent maintenant un euro de plus par mois et par salarié. Soit un gain de quelque 4 millions d’euros par an par rapport à l’offre précédente, selon des documents contractuels consultés par l’Informé.

Une chose est sûre, la gestion paritaire du secteur s’accompagne d’un enchevêtrement étonnant des rôles entre syndicats de salariés, syndicats patronaux et instituts de prévoyance, ces organismes à but non lucratif à la gouvernance parfois floue. « Klesia et Malakoff Humanis contribuent à financer des formations ou des événements pour les organisations syndicales… mais combien, où, et vers quelle structure juridique ?, soulève Raphaël Caccia, ancien responsable CFDT de la branche. Lorsque des personnes siègent à la fois dans l’institut de prévoyance et dans un syndicat, il y a de quoi se poser des questions. »

Enchevêtrement des rôles

La multiplication des casquettes ? Un classique du secteur. Avant d’être démis aux dernières élections de mars 2023, un dirigeant de l’UMIH, Thierry Grégoire, a ainsi représenté à la fois le syndicat patronal, et son prestataire Malakoff Humanis, mais aussi Klesia, dans les commissions paritaires assurant la gestion de la filière. En tant que patron d’un groupe d’hôtels, il était en effet président de la branche « saisonniers » de l’UMIH, tout en étant administrateur de Klesia puis Malakoff Humanis. Un cumul « tout à fait légal et déclaré annuellement à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, comme tous les administrateurs siégeant dans tous les organismes paritaires » selon l’intéressé interrogé par l’Informé. Mais qui a entraîné des prises de position parfois quelque peu surprenantes en réunion. Ainsi, lors d’une commission en visioconférence du 19 novembre 2021 dont l’Informé a obtenu retranscription, le délégué syndical défendait tour à tour la position de Malakoff Humanis, et celle de son donneur d’ordre, l’UMIH. De quoi perdre ses interlocuteurs face à leur écran d’ordinateur.

Et se mélanger les pinceaux ? Le syndicaliste a défendu des arbitrages qui auraient profité aux institutions de prévoyance, selon les plaignants. L’idée, à écouter les contestataires ? Vider les caisses de la filière HCR pour ensuite justifier une augmentation des cotisations. Ainsi, alors que les réserves commençaient à s’épuiser, la commission paritaire a décidé de dépenses importantes. Comme l’attribution d’une subvention de près de 4,5 millions d’euros à l’Institut Gustave Roussy, soutenue par Thierry Grégoire. « Je n’ai aucun problème avec le cancer (...) » assure-t-il dans un premier temps, avant de préciser que « je complète. Là, c’est l’administrateur de Malakoff qui parle », précise-t-il – avant de défendre la même position. Quelques mois plus tôt, 55 millions d’euros avaient été octroyés aux patrons du secteur, soit un trimestre entier de cotisation en 2020. Un beau cadeau attribué « au pire moment, c’est-à-dire lorsque personne ne savait où cette crise sanitaire allait nous conduire, contre l’avis de la majorité du collège salarial » selon la CGT de l’époque.

Un nouveau contrat attribué sans-appel d’offres

Ce trou dans la caisse a donné des arguments aux partisans d’une hausse des tarifs, selon les adversaires de Klesia et Malakoff Humanis. En l’absence de réserves, indispensables pour assurer les différents risques, il fallait les reconstituer. Alors que le courtier Colonna s’y est opposé, la Commission a décidé d’attribuer un nouveau contrat, avec des tarifs plus élevés, à un autre prestataire, Diot-Siaci. Mais sans avoir recours à un appel d’offres européen – comme en 2010.

La représentante d’un autre syndicat de patrons, le Groupement National des Chaînes Hôtelières (GNC), s’en est émue, toujours lors de la réunion du 19 novembre. « Au vu de l’état du régime, je suis étonnée de ne pas du tout travailler l’option d’appel d’offres ». Une question vite évacuée par le représentant de l’autre syndicat patronal, dont les intérêts sont pourtant, en théorie, les mêmes. « Vous venez d’arriver dans la section, je pense que vous n’avez pas tous les tenants et aboutissants sur l’historique » a rétorqué Thierry Grégoire.

Dans la filière, ce contrat confié à Diot-Siaci suscite quelques interrogations. Le problème ? Le nouveau courtier a pour directeur général un certain Alain Missoffe, ancien dirigeant de Klesia. Quelques mois après son arrivée à la tête de Diot-Siaci, il signait avec son précédent employeur le nouveau deal… Un transfert en forme de conflit d'intérêts, qui relèverait du pénal selon ses détracteurs. « Des rumeurs que nous ne commentons pas » répond Diot-Siaci. Contactés, Klesia et Malakoff Humanis n’ont pas souhaité réagir.

Un temps opposée aux hausses de tarifs, la CGT, contre toute attente, les défend désormais. Avec la même explication que les assureurs : pas le choix, les caisses sont vides.  « Aujourd’hui nous sommes outrés de l’attitude de l’UMIH ! Ils refusent la hausse des tarifs parce qu’ils ont mal géré les réserves » accuse Stéphane Leroux, secrétaire de la fédération Commerce et Services, en charge de la branche HCR. Son prédécesseur à la commission paritaire, autrefois véhément contre la gestion des instituts de prévoyance, n’a pas répondu aux questions de l’Informé. Il a depuis été nommé au conseil d’administration de Klesia. Il n’est pas le seul : Jamal Hamdaoui pour la CFE-CGC, Thierry Boukarabila pour la CGTA-FO et Didier Chastrusse pour la CFC-CGC se sont également vus offrir des postes aux conseils d’administrations de Klesia ou de Malakoff Humanis.

Les tensions sont telles que le cabinet du ministre du Travail Olivier Dussopt avait réuni les parties prenantes, fin novembre, en leur intimant de s’entendre. Sans grand succès jusqu’alors.

Cet article a été modifié le 20 /12. Le taux de représentativité des syndicats UMIH (48 %) et GNC (17 %) atteint 65 % et non 48 % comme indiqué précédemment.

Par ailleurs le tribunal judiciaire a débouté, le 20 décembre, l’UMIH et Colonna de leur plainte en référé, évoquant l’absence d’urgence. Les plaintes poursuivent leur parcours au pénal.