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Trésorerie exsangue, salaires en retard… Milee (ex-Adrexo) au bord du gouffre

Ce concurrent de La Poste employant près de 10 000 salariés subit de plein fouet l’effondrement du marché des prospectus publicitaires et de la presse papier. Les salariés appellent à une grève ce vendredi.

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NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Dossier à haut risque pour le gouvernement. Milee (anciennement Adrexo), concurrent de la Poste dans la distribution, notamment, de prospectus publicitaires et de la presse traverse une crise importante. Depuis plusieurs mois, les salaires sont versés avec retard et l’inquiétude grandit chez les empl...

De son côté, la CGT a déjà saisi à deux reprises l’inspection du travail sur ces retards. N’obtenant pas de résultat, elle a appelé à une grève ce vendredi 1er mars au slogan de « Pas de salaire, pas de travail ! ». Contacté, Hopps Group, la maison mère de Milee, souligne que « 94 % des employés ont été payés en  temps et en heure et n’ont subi aucun retard ces derniers mois. Les autres salariés concernés ont été informés en amont de ce décalage de l’ordre de 3 et 4 jours ouvrés. »

L’affaire est suivie de près par le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) de Bercy car Milee comptait 13 944 salariés fin 2022 et connaît des problèmes de trésorerie depuis longtemps. « Nous sommes aujourd’hui autour de 9 000 avec des départs naturels non remplacés depuis plusieurs mois », indique un élu. Et ce n’est sans doute pas fini. Les syndicats ont été convoqués le 12 mars à un Comité social et économique extraordinaire (CSE) sans ordre du jour. Ils s’attendent à l’annonce d’un plan social et craignent notamment une saignée dans les effectifs de chauffeurs livreurs de colis. « Ils cherchent à réduire la voilure en arrêtant de servir les zones rurales pour se concentrer sur les grandes villes bien plus rentables », pense un élu. Interrogée, la direction ne veut pas « commenter ou spéculer » sur des réunions à venir.

Comment en est-on arrivé là ? Le groupe doit faire face depuis longtemps à l’effondrement des offres promotionnelles papiers. La généralisation de Oui Pub, dispositif en cours d’expérimentation dans 14 territoires, qui autorise la publicité uniquement si ce logo est apposé sur les boîtes aux lettres des particuliers, a pesé. De même que l’arrêt des envois de prospectus par de grandes enseignes comme Leclerc, Carrefour et Cora. Conséquence : le chiffre d’affaires de Milee est passé de 301 millions en 2018 à 248,4 millions d’euros en 2022, soit une chute de 17 %, et ce malgré le virage pris vers le numérique. Les hausses du coût de l’énergie et du papier ont, elles, pesé sur les marges. Les pertes se sont logiquement accumulées ces dernières années pour atteindre 117 millions d’euros à la fin de 2021.

Afin de retrouver des marges de manœuvre, la maison mère Hopps Group a liquidé une petite filiale en septembre dernier, DL Group, après avoir cédé ses marques de cosmétique Jomo et Lift Impact d’Anny Rey. Selon nos informations, elle a également confié un mandat à la banque Rothschild pour vendre Dispeo (préparation et stockage de colis), avec l’espoir d’en tirer plusieurs dizaines de millions d’euros. À l’étage en dessous, la filiale Milee a cédé en 2022 son activité Colis Privé à l’armateur CMA CGM pour un total de 582 millions d’euros. Mais elle a indiqué dans ses derniers comptes arriver « à une impasse de trésorerie » et a demandé de ne plus payer les cotisations sociales et fiscales sur les salaires, soit plus de 35 millions d’euros étalés sur trois ans. Ce plan a été accepté. Le lancement du magazine 150 €, qui liste les promotions des magasins proches des lecteurs, n’a pas suffi à relancer l’activité.

Dans sa quête de liquidités, Milee s’est heurtée au refus de prêt de nombreuses banques françaises. Hopps Group s’est donc tourné vers un fonds luxembourgeois, Ben Oldman, qui lui a accordé un crédit de 27,5 millions d’euros mais au taux de 10 % ! Qui plus est, quatre filiales ont été mises en fiducie (transfert provisoire de propriété) pour décrocher cet emprunt : Hopps E-Com, Start’Hopps, Distri’Hopps et 150 € Newco. « Les organismes financiers français ne sont pas adaptés pour financer des situations de retournement telles que celle rencontrée par Milee qui opère sur un marché en décroissance de plus de 50 % et qui, à terme, est voué à disparaître dans sa forme actuelle. Pour cette raison, nous avons finalisé un accord de financement avec un fonds étranger plus apte à nous accompagner », indique le groupe.

Les trois actionnaires de Hopps Group, Eric Paumier, Frédéric Pons et Guillaume Salabert, espèrent trouver l’aide d’un nouvel actionnaire. Mais l’avenir semble bien sombre pour l’entreprise et ses employés.