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Continuer la lectureTemps de parole : CNews encore sanctionnée pour avoir surexposé le Rassemblement national
Le Conseil d’Etat a confirmé la mise en demeure adressée par l’Arcom à la chaîne du groupe Vivendi sur le temps de parole du candidat RN Philippe Ballard.
Même punition, (presque) même motif. Le Conseil d’Etat a confirmé ce vendredi une mise en demeure infligée à CNews par l’Arcom (ex-CSA) concernant le temps de parole des hommes politiques. C’est la troisième fois sur ce sujet. Ici, la chaîne appartenant au groupe Vivendi avait été épinglée pour accorder trop d’antenne à l’extrême droite, au mépris des règles en vigueur. Le rappel à l’ordre concernait une période pré-électorale, en l’occurrence les élections régionales de juin 2021. La chaîne d’information en continu avait trop tendu son micro à Philippe Ballard, tête de liste du Rassemblement national (RN) pour l’île-de–France. Au total, cet ancien journaliste de LCI avait été invité neuf fois en deux semaines, pour une durée totale d’une heure.
Pire : la filiale de Canal Plus avait essayé d’induire en erreur le régulateur dans les décomptes fournis sur le temps de parole en Ile-de-France. Prétextant l’avoir essentiellement mis à l’antenne pour sa qualité d’ancien journaliste et non de candidat, CNews avait chiffré son temps de parole à seulement 7 minutes, et à 12 minutes au total pour le RN. Très loin derrière la liste de Valérie Pécresse pour les Républicains (1h). Et même moins que la liste socialiste menée par Audrey Pulvar (16 minutes). Elle avait même prétendu avoir sous exposé l’ex-Front national, et donc qu’elle allait « rattraper du temps » pour le parti d’extrême droite.
Mais le gendarme de l’audiovisuel ne l’avait pas entendu de cette oreille, et infligé une mise en demeure. Il a pointé que « Philippe Ballard s’est exprimé, contrairement à ce que soutient CNews, sur des thématiques majeures de la campagne électorale en Île-de-France, telles que la sécurité publique ». Résultat : « les temps de parole font apparaître des déséquilibres, au bénéfice du RN ».
Dans son recours devant le Conseil d’Etat, CNews a argué que l’Arcom « portait une atteinte excessive à la liberté d’expression », au mépris de la Déclaration des droits de l’homme, et de la Convention européenne des droits de l’homme. La chaîne a prétendu que Philippe Ballard s’était exprimé « sur des sujets d’intérêt national sans lien avec la campagne électorale et en sa qualité d’ancien journaliste ». Mais la haute juridiction l’a renvoyé dans ses buts : « l’intéressé a été présenté à l’antenne dans presque chacune de ses interventions en sa qualité de candidat aux élections régionales. Il n’est pas établi -ni même allégué- qu’il ait alors assumé des responsabilités nationales au sein du RN ».
« Jamais eu de problème »
Le rappel à l’ordre de l’Arcom, intervenu à 11 jours du premier tour, avait forcé la chaîne à modifier sa programmation en catastrophe, en réduisant drastiquement la place accordée au parti de Marine le Pen. Selon les Jours, l’émission dominicale le Grand rendez vous avait remplacé in extremis Jordan Bardella par Marlène Schiappa. Plus subtilement, la chaîne contrôlée par la famille Bolloré avait donné la parole à des personnalités d’extrême droite (Robert et Emmanuelle Menard, Jean Messiha, Serge Federbusch…) qui n’étaient pas (ou plus) encartées au RN, et donc qui n’étaient pas comptabilisées comme temps de parole du parti.
Pour mémoire, CNews a subi deux autres rappels à l’ordre sur le temps de parole. Lors de la présidentielle de 2017, elle avait hérité d’une mise en garde pour « manquement caractérisé » au principe d’égalité des temps de parole des candidats. Puis, en 2021, elle avait écopé d’une mise en demeure (elle aussi confirmée en appel) pour reléguer le gouvernement et la gauche la nuit, afin de maximiser l’exposition de la droite et de l’extrême droite en journée.
Interrogé sur le sujet, le directeur général Serge Nedjar avait affirmé en janvier 2022 : « En cinq ans, il n’y a jamais eu un seul manquement au temps de parole. Et pourtant, nous avons reçu régulièrement des mises en garde préventives ».
Juste après, le président du directoire de Canal Plus Maxime Saada avait prétendu lors d’une audition au Sénat : « nous avons toujours respecté le temps de parole, à toute période, sur toutes les périodes. Nous n’avons jamais eu un problème de respect de temps de parole, au moment où les périodes étaient écoulées. »
C8 et CNews, les chaînes les plus délinquantes du PAF
« Il faut rappeler [à C8 et CNews] que l’autorisation d’utilisation gratuite de leurs fréquences s’accompagne d’obligations. Lorsqu’on arrivera, en 2025, au moment de l’analyse de leur bilan pour la reconduction de leurs autorisations de diffusion, l’Arcom saura regarder comment elles ont respecté ces obligations », a prévenu la ministre de la culture Rima Abdul Malak. Les deux chaînes appartenant au groupe Vivendi s’avèrent détenir les records de rappels à l’ordre de l’Arcom (ex-CSA). Depuis 2016, CNews en a reçu 24 : 12 mises en garde (sa réprimande la moins sévère), 10 mises en demeure, et 2 sanctions (sa réprimande la plus sévère). Pour sa part, C8 en a aussi reçu 33 : 15 mises en garde, 9 mises en demeure et 9 sanctions.