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Continuer la lectureSo Press, Laurent Ritter (Vodoo), Paul Lê (Frichti)... 17 repreneurs pour Booska-P, le site référence du rap
Plusieurs personnalités de la tech et des médias se sont réunies pour racheter et relancer le site de cultures urbaines en difficultés.
JoeyStarr, Jul, Diam’s, Aya Nakamura. Toutes les stars du rap français ont, un jour, eu droit à un passage sur le site Booska-p. Plus inattendu, même Emmanuel Macron a accordé une interview au site lors de sa campagne à l’élection présidentielle de 2022, histoire de toucher les plus jeunes. Souvent comparé aux pure players de la culture pop comme Brut ou Konbini, mais plus marqué hip-hop, Booska-P a été fondé en 2005, par Hamad (Amadou Ba), Fif (Finagnon) Tobossi et Alexis Nouailles. Les trois amis d’Évry-Courcouronnes (Essonne), ont démarré, selon la légende, avec une simple caméra achetée chez Carrefour. Depuis, le site a bien grandi : doté d’une vingtaine de salariés, il revendique plus de 3 millions de visites par mois et plus de 10 millions de pages vues (interview, clips, etc.) sur le site. Côté réseaux sociaux, il affiche 2,3 millions d’abonnés sur Instagram et 2,2 millions sur Youtube. Mais fragilisé par des pertes à répétition, le média a dû se mettre en quête de partenaires en 2023 et, faute d’en attirer, s’est retrouvé placé en redressement judiciaire en mars dernier. Après plusieurs mois d’attente, le ciel s’éclaircit enfin : selon nos informations, un collectif d’une quinzaine d’investisseurs, regroupant spécialistes de la tech et figures des médias, a proposé 80 000 euros pour la reprise, et près de 680 000 euros pour relancer Booska-P. Leur offre -la seule déposée- a été acceptée par le tribunal de commerce de Nanterre.
Parmi ces nouveaux actionnaires, on trouve Paul Lê. Originaire d’Évry-Courcouronnes en banlieue parisienne, cet entrepreneur a cofondé l’e-commerçant alimentaire labellevie.com et repris le site de livraison de repas Frichti en 2023. À ses côtés figurent aussi So Press, la société d’édition de Franck Annese (Society, So Foot, etc.), Laurent Ritter, cofondateur de la licorne française du jeu vidéo sur mobile Voodoo, Adrien Miniatti, patron de start-up et spécialiste des applications mobiles (luni, Omada…), Sacha Ben Harroche, producteur de cinéma installé aux États-Unis (plusieurs fois nominé aux Oscars), ou encore Baptiste Corval, à l’origine de l’appli anti gaspi Phenix et de l’enseigne Nous, Épiceries anti-gaspi. On trouve aussi Wale Gbadamosi-Oyekanmi, spécialiste de la publicité et de la communication (fondateur de l’agence Media Monks), Antony Rode, dirigeant d’un club d’investisseurs (les Sabliers), tout comme Reda Berrehili (Klub by Ki), Mathias Mouats et Steve Belkaçemi, créateurs de la plateforme d’intérim Asap.work, et d’autres entrepreneurs comme Fariha Shah ou Ahmed Otmane, fondateur de plusieurs jeunes pousses dédiées au recrutement et à l’intérim (Kobaltt, Karma…). Une grande partie d’entre eux ont en commun -outre l’attrait pour la musique- d’être originaires de la région parisienne, et, pour certains, d’être réunis au sein d’Unhiders Angels, un groupe de business angels qui soutient des start upers issus de milieux difficiles.
« Booska-P est un média avec lequel nous avons grandi depuis sa création il y 18 ans et aujourd’hui toujours numéro un sur la pop culture et le rap sur le créneau des 12-35 ans, nous explique Paul Lê, nommé président de la société dans un premier temps. Nous sommes un consortium d’investisseurs amoureux de ce site et désireux de garder cet ADN jeune et proche du peuple, et de perpétuer l’aventure. »
Effective dans les semaines à venir, la reprise se fera grâce à une équipe de 6 personnes, installée au Kremlin Bicêtre (Val-de-Marne), à deux pas de la capitale. Sans bouleverser sa ligne éditoriale - le rap et la découverte de nouveaux talents-, le portail devrait s’ouvrir à des sujets plus larges. Très présent sur Youtube, il poussera aussi les feux sur Twitch et TikTok, pour aller chercher les jeunes là où ils sont. Un board sera constitué pour veiller à la gestion au quotidien de l’entreprise tandis qu’un comité stratégique aidera le média dans ses développements. Le tout en profitant d’un mentorat de la part des repreneurs.
Il s’agit d’éviter les écueils passés. Entre 2022 et 2023, Booska-P a dû faire face à une forte hausse de sa masse salariale, poussée par de nouveaux projets, alors même que ses revenus jouaient aux montagnes russes. De 1,2 million d’euros en 2020, son chiffre d’affaires a doublé à 2,4 millions en 2022, aidé par les aides post-covid avant de retomber à 1,6 million en 2023. Résultat ? À l’équilibre en 2020 et 2021, le média a déclaré 137 000 euros de pertes en 2022, puis un million d’euros en 2023. Pour compliquer un peu plus la donne, des divergences stratégiques sont parfois apparues entre les fondateurs. Avant la reprise, Hamad était seul aux commandes. En tant que figure historique et incontournable du site, il sera toujours de l’aventure, en tant que directeur général.