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Continuer la lectureRT France attaque l’auteur d’un livre critique sur ses liens avec le Kremlin
La chaîne de télévision en cours de liquidation suite à l’arrêt de sa diffusion en France poursuit un chercheur de l’Irsem en justice. Ce dernier a réédité son livre au mois de mars malgré cette procédure.
Il ne fait pas bon critiquer la chaîne d’information RT (ex Russia Today). Un chercheur et auteur d’un livre sur ce média d’influence en fait actuellement l’amère expérience, alors même que la société est en cours de liquidation dans l’Hexagone. L’Union européenne avait décidé de faire cesser la diff...
Spécialiste de la Russie, ce docteur en science politique et en études slaves a écrit un ouvrage sorti en 2021 et réédité en mars dernier sous le titre Un média d’influence d’État : enquête sur la chaîne russe RT (Éditions INA). Le livre, récompensé par le prix de la recherche sur le journalisme des Assises du journalisme de Tours, révélait les rouages de cette machine à propagande dont la ligne éditoriale s’adapte aux différents publics visés. Selon Audinet, son objectif est de diffuser un point de vue alternatif en opposition avec celui des médias nationaux dominants avec cette obsession résumée par sa rédactrice en chef Margarita Simonian : « Nous travaillons pour l’État, nous défendons notre patrie, comme le fait par exemple l’armée ». Des éléments pas franchement au goût de RT France et de sa dirigeante depuis 2017, Xenia Fedorova (cf. encadré).
Elle a intenté une action en diffamation en 2022 peu après la sortie de cet essai, qui a d’abord été rejetée par le juge d’instruction pour des raisons de forme. Mais elle n’a pas lâché l’affaire et a contesté ce rejet devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel, en vain. En septembre dernier, la haute juridiction lui a finalement donné raison et a demandé que le dossier soit réexaminé. Interrogé sur la suite de cette affaire, le mandataire judiciaire de RT France, Christophe Basse, a indiqué ne pas souhaiter commenter « les décisions de justice et la procédure en cours ». Mais dans le cadre de cette liquidation, la plainte pourrait s’éteindre d’elle-même.
De son côté, Maxime Audinet n’a pas répondu à nos sollicitations mais il continue de suivre l’évolution de la Russie contemporaine et, ce, malgré la guerre, grâce au collectif Coruscant qu’il a cofondé en 2023.
Il n’est pas le seul à avoir été poursuivi. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Irsem jusqu’en 2022 devenu ensuite ambassadeur de France au Vanuatu, a lui aussi été attaqué en diffamation. Le combat judiciaire a duré six ans, et portait sur une série de tweets parus en 2018 qui reprenait les éléments d’un rapport dont il était le coauteur « Les manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties ». Ce document du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d’Orsay pointait du doigt RT. La chaîne a épuisé tous les recours possibles, jusqu’à la cour de cassation où elle a finalement abandonné son pourvoi en mai dernier. Après avoir annoncé sur X être définitivement relaxé, le diplomate a décrit cette méthode, surnommée « lawfare », comme un moyen de faire taire les critiques en faisant durer les procédures au maximum. Les défendeurs doivent payer des avocats ce qui leur coûte cher au fil des années jusqu’à engager des milliers voire des dizaines de milliers d’euros. « Au-delà du fait que ce soit désagréable, ces actions coûteuses pèsent sur les épaules de chercheurs qui ne disposent pas de ressources financières illimitées », explique l’un d’entre eux. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer l’a résumé dans un tweet. « Ces procédures bâillons conduites par des États autoritaires (pas que la Russie) vont continuer car ceux qui les entreprennent en ont les moyens, et sont en réalité indifférents à l’issue du procès, donc à la défaite. Leur objectif est de susciter de l’autocensure », écrit-il.
Et de rappeler que Charlie Hebdo, l’ancien homme politique Benjamin Griveaux, le directeur général de la Fondapol Dominique Reynié ou encore le géopolitologue Nicolas Tenzer en ont fait les frais par le passé. Jusqu’à présent, la chaîne a perdu tous ses procès.
Xenia Fedorova, la nouvelle vie de la présidente de RT France
RT France n’a pas encore totalement disparu mais sa présidente Xenia Fedorova est déjà passée à la suite. Cette fidèle de Margarita Simonian, la patronne de RT à l’échelle mondiale, proche du Kremlin, a créé sa société de conseil à Paris, XF Media Consulting, en fin d’année dernière. L’entreprise n’est pas enregistrée sous son nom propre, mais à celui de Borchik, « le nom de jeune fille de sa mère », explique un connaisseur. Spécialisée dans la télévision, la presse, la radio, internet, les réseaux sociaux et tout autre moyen de communication, à en croire ses statuts, XF Media Consulting ne communique pas sur ses clients. Interrogée à ce sujet, Xenia Fedorova n’a pas répondu à nos multiples sollicitations.