Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Restaurants, ustensiles de cuisine, livres… les plantureuses affaires de Philippe Etchebest

Le chef préféré des Français a su diversifier ses investissements au fil des ans... Et se verser de généreux dividendes.

Photo
Maxime Gautier

En 2011, M6 lançait une adaptation française de la célèbre émission Ramsay’s Kitchen Nightmares, où le cuisinier britannique vient en aide à des restaurateurs en difficulté. Pour incarner le programme intitulé Cauchemar en cuisine, la chaîne faisait alors le choix de Philippe Etchebest, un chef renom...

Présent à la 10e place dans l’édition 2024 du palmarès, Philippe Etchebest est désormais le chef préféré de l’Hexagone, dépassant Cyril Lignac, mais aussi d’autres stars comme Zinédine Zidane, Sophie Marceau ou encore Kylian Mbappé. Une position privilégiée qui a permis au quinquagénaire de faire de son nom une véritable marque : selon nos informations, sa société nommée tout simplement Philippe Etchebest a connu une croissance exponentielle depuis sa création en 2010.

Chargée, entre autres, d’encaisser ses revenus liés à ses prestations de consultant et toute opération liée à l’exploitation commerciale de son image, la structure a vu son bénéfice bondir en dix ans, de 45 000 à 1 669 000 euros. On trouve sur le site internet de la vedette des bons cadeaux pour ses restaurants ou encore des livres. Le célèbre juré de Top Chef y présente aussi son programme culinaire « Mentor », lancé en 2018. Le principe, dixit l’homme à la toque ? « Vous transmettre mon savoir, tout ce que je sais ». D’abord à travers des conseils et des recettes en vidéos, gratuites… Mais aussi en vendant sur son site « du matériel de professionnel pour tous ». Comptez tout de même 125 euros le couteau « filet de sole » Perceval et 25 euros les deux torchons Bergan. Certains ustensiles siglés Buyer sont plus accessibles.

Une marque jalousement défendue

« Mentor », « Mentor Cuisinez bien accompagné »... Pour se prémunir de tout plagiat, Philippe Etchebest a pris garde de déposer à l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle) les marques liées à son programme Mentor. Et gare à qui voudrait s’en approcher : en 2021, un certain Jean-Pascal Pham-Ba qui avait tenté de déposer la marque « Mentors » a vu sa demande partiellement rejetée. La société du chef s’était opposée à son enregistrement, soulevant un risque de confusion du public devant ces deux marques. L’organisme lui a donné raison en partie, rejetant la demande d’enregistrement pour certains produits et services comme la formation, le divertissement, la publication de livre ou encore l’organisation de conférences.

Grâce aux bons résultats de son entreprise homonyme, Etchebest et sa compagne Dominique, détentrice de 5 % des parts de la société, ont pu se verser de coquettes sommes au fil des exercices. Plus d’1,2 million d’euros de dividendes en 10 ans, entre 2002 et 20221, selon nos calculs. Et ce n’est pas fini. La SARL Philippe Etchebest peut compter sur de solides réserves : elle disposait de 3,9 millions d’euros de côté selon les derniers comptes déposés en 2022.

200 000 livres vendus

Dans le domaine de l’édition, le cuisinier n’est pas en reste. Son tout premier livre Cauchemar en cuisine, publié chez M6 Éditions, a été un succès de librairie, avec près de 10 000 exemplaires vendus. Mais c’est son quatrième ouvrage Cuisinez bien avec ma méthode Mentor qui a explosé les scores : publié chez Albin Michel, le manuel s’est écoulé à près de 121 000 exemplaires. Au total, ses cinq ouvrages ont comptabilisé près de 200 000 ventes. De quoi se dégager de solides revenus : s’il a perçu 10 % de droits d’auteur sur chaque exemplaire vendu, comme c’est courant dans le métier, on peut estimer qu’il a empoché près de 430 000 euros.

Au-delà de toutes ces diversifications, l’ange gardien des restaurateurs en difficulté n’a pas oublié son cœur de métier, et ouvert plusieurs établissements dans sa région d’enfance. D’abord Le Quatrième Mur, situé dans l’enceinte de l’opéra de Bordeaux. En sus de cette brasserie, dans les sous-sols du monument, Etchebest a imaginé un restaurant gastronomique situé face aux cuisines appelé « ‘LA’ Table d’Hôtes ». Ce dernier a été récompensé par une première étoile au Guide Michelin en 2018. Si le chef en avait déjà récolté deux lorsqu’il officiait dans d’autres restaurants, il s’agit de la première qu’il gagne dans son propre établissement. Un temps associé avec son acolyte Frédéric Bernou, Etchebest en est depuis 2021 seul aux commandes. Avec succès puisque le resto a versé 3,4 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires depuis sa création en 20162.

Conflits de voisinage

Toujours à Bordeaux, sa deuxième adresse, Maison Nouvelle, semble avoir pour l’instant rencontré moins de réussite. Selon les comptes partiels déposés au greffe, la société associée a enregistré des pertes ces deux dernières années, de l’ordre de 9 000 euros en 2022 et de 304 000 euros en 2023. Il faut dire qu’un voisin ne cesse de contrecarrer ses plans. Depuis 2019, le chef étoilé se bat contre un habitant de l’immeuble situé au-dessus du restaurant, dans le quartier branché des Chartrons. Prétendant ne pouvoir revendre son appartement à cause de son établissement, il est allé jusqu’à saisir le tribunal administratif de Bordeaux pour faire annuler le permis de construire, avec succès.

Suite à des aménagements, le projet a quand même vu le jour en 2021, mais avec du retard. Indiquant que « les recours intentés […] [avaient] été extrêmement préjudiciables », le chef a poursuivi son voisin pour recours abusif. La procédure s’est finalement retournée contre lui : en plus de lui donner tort, le tribunal judiciaire l’a condamné en avril 2021 à régler 20 000 euros à titre de préjudice moral au résident récalcitrant, comme le révélait 20 minutes. Une décision dont la figure du PAF a fait appel, sans succès, selon nos informations : le 13 juin dernier, la Cour d’appel de Bordeaux a confirmé le jugement et alourdi la peine, le condamnant à verser 25 000 euros de dommages et intérêts. Les juges ont alors estimé que le chef réclamait des sommes « hors de proportion avec l’enjeu du litige », pour « intimider » son voisin et « faire naître et entretenir en lui la crainte de devoir payer des dommages et intérêts de nature à le ruiner totalement. »

De nouveaux projets

Pas de quoi décourager le natif de Soissons (Aisne). Maison Nouvelle lui a finalement permis d’obtenir une deuxième étoile en solo et sa troisième adresse, baptisée Signature, ouvrira à la rentrée 2024 au 34 allées de Tourny, toujours à Bordeaux. Le concept ? Un bar à ravioles, sa spécialité. Fort d’une première expérience réussie à l’occasion d’un pop-up l’été dernier, Etchebest y proposera une formule à moins de 20 euros. Selon le Bodacc (bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), Etchebest a déboursé 340 000 euros pour acquérir le lieu.

Dans un autre registre, en juin dernier, l’entrepreneur, toujours associé à sa compagne, a créé une nouvelle société : « PE Conception ». Son objet ? « Laboratoire culinaire », « fabrication de produits culinaires » ou encore « centrale d’achat de produits alimentaires ». Bientôt une gamme alimentaire siglée Etchebest ?

1. 915 000 euros de dividendes + une distribution exceptionnelle de réserves de 288 000 euros en 2020.
2. 2,3 millions d’euros de dividendes + une distribution exceptionnelle de réserves de 1,1 million d’euros en 2021.