Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Un présumé complice du braquage de Kim Kardashian en guerre contre Grasset

Trois ans après le braquage de la star américaine en plein Paris, Pauline Delassus publiait chez Grasset un ouvrage sur l’affaire. L’un des protagonistes du livre a attaqué l’éditeur en justice, estimant être victime d’atteinte à la présomption d’innocence et de diffamation.

Photo

L’affaire avait fait grand bruit. En 2016, Kim Kardashian était victime d’un braquage en pleine nuit au sein d’un hôtel de luxe de la place de la Madeleine à Paris. Présente dans la Capitale pour la fashion week, la star américaine s’était alors fait dérober de nombreux bijoux. Valeur totale du butin, près de neuf millions d’euros. Rocambolesque, l’histoire avait tous les ingrédients d’un roman policier : papys braqueurs, fuite à vélo et starlette retrouvée ligotée dans son lit…

Un potentiel romanesque que Pauline Delassus, alors journaliste pour Paris Match, a bien saisi. En 2019, elle publie chez Grasset La nuit de Kim Kardashian. L’ouvrage met en parallèle les destins de la milliardaire américaine et du présumé cerveau de l’opération, Aomar A.K. dit « Omar le Vieux ». Il raconte également en détail le braquage, au sein du très sélect hôtel confidentiel No Address dans lequel la star avait l’habitude de séjourner. L’ouvrage retrace aussi les préparatifs de l’opération… et évoque une dizaine de personnages supposés liés à l’affaire.

Problème : le récit n’a pas été du goût d’un de ses protagonistes qui a attaqué la maison d’édition pour atteinte à la présomption d’innocence puis pour diffamation. Appelé « Flo » dans le livre, l’homme est présenté comme le gérant d’un bar devenu « point de ralliement » pour les malfaiteurs, chez qui 140 000 euros auraient été découverts après le casse. Aux côtés de ses comparses, il est dépeint comme faisant partie des « vieux clients du Quai des Orfèvres » (NDLR : adresse historique de la police judiciaire parisienne), qui « se prennent pour des seigneurs parce qu’ils connaissent l’élite de la PJ ». La procédure, sans étonner l’autrice de l’ouvrage, l’interroge : « Il n’est pas le personnage principal du livre, n’y occupe qu’un petit rôle… de plus, je n’ai eu aucune autre réaction négative de la sorte après la publication », indique-t-elle à l’Informé.

« Dans ce livre, il est écrit que mon client est un professionnel du crime, regrette pour sa part le conseil du prévenu, Marie Cornanguer. Je suis révoltée qu’on puisse prendre autant de liberté avec les faits et l’exigence de rigueur journalistique. » L’avocate précise que son client n’a jamais mis un pied au 36 Quai des Orfèvres, et que s’il a en effet été impliqué dans une affaire devant le tribunal correctionnel de Blois dans les années 1990, sa condamnation a depuis été réhabilitée. Dans l’affaire, « Flo » a bien été mis en examen dans l’affaire du braquage, mais n’a pas encore été jugé : le procès devrait se tenir courant 2024.

Finalement, le principal intéressé obtient gain de cause lors d’une procédure en référé en juillet 2020. Grasset est condamné à lui verser 2 500 euros de provisions en réparation de son préjudice. La décision marque le début d’une bataille judiciaire. En effet, les juges du fond estiment par la suite que l’ouvrage en question est une « œuvre de fiction, basée sur une enquête dévoilée dans la presse plus de deux ans auparavant et donc sur des éléments connus du public »… et par conséquent qu’aucune atteinte n’est portée à sa présomption d’innocence. L’homme est débouté de sa demande, en Cour d’appel puis enfin en Cour de cassation, le 5 juillet dernier. Ce n’est pas fini : Marie Cornanguer annonce à l’Informé avoir déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme. Confiante, l’avocate indique que « jusqu’à présent, la jurisprudence européenne a toujours été très vigilante aux atteintes à la présomption d’innocence ».

« Flo » n’a pas eu plus de succès sur le terrain de la diffamation. Il a été débouté en première instance et encore en appel, le 29 juin dernier. Selon nos informations, l’affaire devrait aller jusqu’en cassation. « L’affaire a déjà été plaidée six fois, soupire l’avocat de l’éditeur Richard Malka. Ça n’a aucun sens, cette procédure judiciaire est très lourde pour un livre totalement légitime ! »