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Médias - Culture

Prix du livre : Amazon, Rakuten et les éditeurs se remettent autour de la table

Le monde de l’édition et les plateformes sont invités à se retrouver et échanger au ministère de la Culture autour du Médiateur du Livre. Et ce dans un contexte très conflictuel.

Used books are seen in the bookstore in Chicago, United States on October 16, 2022. (Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto)
Used books are seen in the bookstore in Chicago, United States on October 16, 2022. (Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto) Jakub Porzycki / Jakub Porzycki

Le Syndicat national de l’édition, Glénat, Hachette Livre, le Syndicat de la Librairie, Cultura, Amazon, Fnac, Rakuten, Cdiscount, Gibert, Les Libraires.fr ou encore Chapitre.com… le banc et l’arrière banc de la profession ont selon nos informations été conviés au Ministère de la Culture le 14 septem...

Plateformes, libraires et éditeurs discuteront aussi des « enjeux soulevés par l’entrée en vigueur du décret du 22 juin 2023 ». Ce texte publié au Journal officiel voilà quelques jours sera applicable à partir de décembre 2023 et imposera à Amazon et aux autres places de marché de bien mentionner « occasion » sur les bouquins remis en vente et à mieux les distinguer des offres de livres neufs dans les résultats d’une recherche, quel que soit le terminal utilisé (ordinateur ou application sur mobile, par exemple) et la localisation des vendeurs en Europe. Certains acteurs entretiennent en effet volontairement le flou pour encourager les ventes. Le programme des débats est susceptible d’être enrichi au fil des contributions attendues d’ici septembre par l’ensemble des convives.

Ce n’est pas tous les jours que le petit monde de l’édition discute de ces sujets. Cette réunion ressuscite en fait le Comité de suivi de la Charte relative à l’application de la loi sur le prix du livre. Une charte signée en juin 2017 sous l’égide de Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture. Face aux répercussions du commerce en ligne sur les librairies traditionnelles, les places de marché signataires s’engageaient alors à mettre plus en avant les livres neufs, pour mieux les distinguer de ceux d’occasion sur lesquels éditeurs et auteurs ne touchent pas un centime. Elles promettaient aussi de suspendre les comptes vendeurs coupables d’infractions répétées à la législation sur le prix unique du livre. Un comité de suivi était même installé pour accompagner la mise en œuvre de ces engagements. Ces promesses restèrent cependant lettre morte. Faute d’accord effectif, le législateur adopta la loi « anti-Amazon » du 30 décembre 2021 qui imposa la distinction neuf-occasion ainsi que des frais de port minimaux pour la livraison de bouquins neufs achetés en ligne.

L’ambiance promet d’être tendue le 14 septembre car un acteur majeur du secteur entend justement torpiller ce principe de prix minimal d’expédition des ouvrages neufs. Amazon a en effet décidé d’attaquer le décret du 4 avril 2023 qui fixe ce montant à 3 euros. Une mesure destinée à protéger les librairies physiques, mais qui, selon le géant américain, est particulièrement dommageable pour le commerce électronique : « des frais de livraison obligatoires fixés à 3 € représenteraient une hausse de 40 % du coût d’acquisition d’un livre de poche à 7,50 € » estime le géant américain dans sa plainte. Selon lui, cette tarification pourrait même pénaliser « la diffusion des œuvres d’auteurs autoédités et de petites maisons d’édition qui touchent leur public via la vente en ligne ». Et Amazon s’est trouvé un allié de poids dans l’affaire. Fin 2022, la Commission européenne a rendu un « avis circonstancié » révélé par l’Informé dans laquelle elle explique ne pas comprendre comment cette mesure pouvait garantir la préservation d’une « offre culturelle riche et diversifiée » comme se contente d’affirmer le gouvernement français. La Commission a même flairé une « restriction injustifiée à la libre circulation », soit l’un des principaux piliers du droit européen. Dans un autre courrier dévoilé lui aussi dans nos colonnes, elle a également rappelé qu’était contraire au droit européen le fait d’obliger les plateformes à surveiller proactivement les offres de vente afin de déterminer « si les livres vendus par le biais de leurs services sont des livres d’occasion ».