L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLe Parisien, Mediapart… les procédures très originales de Gérard Depardieu contre les médias
L’acteur, via son conseil Jérémie Assous, a assigné quatre titres devant le tribunal judiciaire de Paris suite à des articles sur son tournage en Corée du Nord. Contrairement à l’usage, il ne les poursuit pas en diffamation. Les parties adverses dénoncent un détournement de procédure.
« Si jamais il galope, elle jouit. C’est bien ma fifille, continue ! Tu vois, elle se gratte, là. » Fin 2023, les téléspectateurs découvraient, médusés, ces propos tenus par Gérard Depardieu lors de la diffusion sur France 2 d’un numéro de Complément d’enquête consacré à l’acteur. Tournées lors d’un ...
Depuis, les rushes de ce tournage sont au cœur d’une âpre bataille judiciaire, où plusieurs théories s’affrontent. Si le camp Complément d’enquête estime que les propos de l’acteur visaient bien la fillette, celui de Depardieu dénonce un « montage illicite » et assure que Depardieu ne parlait pas de l’enfant mais d’une cavalière plus âgée. Selon nos informations, l’acteur, déjà en pleine bataille judiciaire avec France Télévisions et la société de production Hikari à l’origine du programme, vient également de lancer d’autres procédures, cette fois-ci contre des médias.
Gérard Depardieu et son conseil Jérémie Assous ont en effet fait parvenir fin février des assignations à comparaître en référé à quatre titres : ils attaquent cet article de David Perrotin de Mediapart qui revient sur toute la polémique, ce papier de Luc Peillon de Libération au sujet des propos tenus par Depardieu en Corée du Nord, cet article de Benoît Daragon du Parisien et enfin deux publications de Thomas Bécard de Télérama : celle-ci et celle-là. Mais, fait original, Gérard Depardieu n’attaque pas ces médias en diffamation, comme il est l’usage en la matière, mais pour des motifs plus originaux. Son conseil estime ainsi que les journalistes mis en cause ont violé à la fois le « principe général et absolu de l’exactitude de l’information » et le « principe de contradictoire ».
En clair, pour lui, les quatre journaux ont diffusé des fausses nouvelles, et n’ont pas suffisamment recueilli le point de vue de son client avant publication. Le tout causerait donc, toujours selon son raisonnement, de nombreux préjudices à Gérard Depardieu : atteinte à sa vie privée, cessation de ses activités professionnelles, privation de gains professionnels, souffrance morale… Pour cela, l’acteur et son conseil réclament à chaque média 80 000 euros de provision, ainsi que 10 000 euros au titre des frais de justice engagés.
« Tout ceci relève de débats que nous pouvons avoir, mais dans le cadre d’une procédure en diffamation, estime l’avocat de Télérama Christophe Bigot, interrogé par l’Informé. Il s’agit d’un détournement de procédure, nous sommes tous instrumentalisés dans le cadre beaucoup plus large du procès de Gérard Depardieu ! » Accusé d’agressions sexuelles sur le tournage des Volets Verts, l’acteur doit en effet être jugé à partir du 24 mars prochain dans ce dossier. Emmanuel Soussen, conseil de Libération, dénonce également un « abus » de la part du camp Depardieu, qui « contourne la loi de 1881 sur la liberté de la presse » via cette procédure. « Nous espérons que les juges feront barrage à cette tentative de contournement » , déclarent quant à eux les avocats de Mediapart Emmanuel Tordjman et Joséphine Sennelier à l’Informé. De son côté, Jérémie Assous rappelle les « jurisprudences Muller c/Arte et Decodex - Le Monde, qui reposaient sur le même fondement. Les contradicteurs avaient invoqué, sans succès, les mêmes arguments. » « La jurisprudence Decodex - Le Monde n’a rien à voir avec cela, balaie Christophe Bigot, avocat du Monde. L’affaire Decodex est une affaire de dénigrement de produit : la diffamation n’est pas applicable. » Si Me Assous répond que Me Bigot a à l’époque tenté de faire reconnaître que l’affaire en la matière relevait de la diffamation, l’avocat du Monde conclut qu’en tout état de cause, « l’analogie avec l’affaire Depardieu ne tient pas ».
« Tout cela participe de la stratégie de Depardieu qui est de dire : ‘vous voyez, je ne peux pas avoir un procès équitable, tous les médias sont contre moi’, dénonce de son côté Anthony Dufour, le directeur de Hikari. Ces procédures bâillon XXL visent à empêcher les médias de travailler sur le sujet. » Les publications incriminées comparaîtront début avril en référé devant le tribunal judiciaire de Paris. Selon nos informations, des juges spécialistes du droit de la presse seront mobilisés pour l’occasion. « La collégialité atteste du sérieux de mes actions et de mes demandes », a réagi Jérémie Assous, interrogé sur ce dispositif.
Mise à jour à 18h03 avec les réponses de Jérémie Assous.