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Médias - Culture

Laurent Ruquier condamné à payer 1,5 million d’euros à Catherine Barma

La cour d’appel a ordonné à l’animateur d’indemniser son ancienne productrice suite à l’arrêt d’On n’est pas couché. Elle a confirmé les indemnités octroyées en première instance, en les alourdissant légèrement.

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Colin Max /ABACA

Nouveau revers pour Laurent Ruquier dans son conflit avec Catherine Barma. Suite à l’arrêt d’On n’est pas couché mi-2020, le tribunal de commerce de Paris avait condamné l’animateur à verser 1,5 million d’euros à son ancienne coproductrice en juin 2022. Mécontent, le présentateur avait fait appel. Mal lui en a pris : la cour d’appel vient de confirmer intégralement la douloureuse et l’a même alourdie de 40 000 euros supplémentaires, selon nos informations.

Les jugements, obtenus par l’Informé, apportent au passage plusieurs révélations sur le talk-show du samedi soir. D’abord, le prix facturé à France 2 s’élevait à 202 703 euros HT par numéro. L’addition grimpait même à 500 000 euros pour l’émission tournée chaque année en mai à Cannes pour le festival du film. Au total, la chaîne publique a déboursé 7,4 millions d’euros par saison en moyenne, soit 103 millions d’euros entre 2006 et 2020.

Grâce à ce contrat, la société de Laurent Ruquier, comme celle de Catherine Barma, engrangeait 1,2 million d’euros par an de marge brute en moyenne (leurs accords prévoyaient en effet un partage des bénéfices à 50/50). Les profits étaient particulièrement élevés sur les best of : un mail interne indique que leur coût de production atteignait seulement 2 % des 55 000 euros facturés à la Deux.

Ruquier menace de démissionner

Les décisions de justice dévoilent aussi l’engrenage qui a conduit à l’arrêt de l’émission après 14 saisons. Un premier clash survient en septembre 2019. Malgré les fortes réticences de la chaîne, le talk-show invite Yann Moix, alors au cœur de polémiques. Il vient de sortir un livre accusant son père de l’avoir battu, ce qui est démenti par sa famille. Et l’Express vient de révéler qu’il a publié textes et caricatures antisémites lorsqu’il était étudiant. Son invitation dans ONPC est vivement critiquée, car l’écrivain est un ancien chroniqueur de l’émission, Laurent Ruquier ne cache pas être son ami, et Catherine Barma produit son talk-show sur Paris Première. Après la diffusion de l’interview, le journaliste Renaud Revel affirme alors que « la direction de France 2 » est « tombée de l’armoire car ils ne s’attendaient pas à autant de complaisance. Ils estiment que Ruquier n’a pas fait son boulot, que l’émission n’est pas à la hauteur de la polémique, et que c’est indigne que France Télé puisse diffuser un tel programme… L’émission a été très très mal vécue. On parle de liens incestueux, de connivence, de consanguinité entre Yann Moix et Laurent Ruquier ». Aujourd’hui, les jugements révèlent que le présentateur a alors écrit à Delphine Ernotte pour annoncer sa démission, expliquant qu’il était inacceptable que son diffuseur déclare qu’il faisait mal son travail. Une menace qui n’a pas été mise à exécution…

La tension monte encore d’un cran en novembre 2019. France Télévisions écrit à Catherine Barma pour l’informer que l’audience est tombée en septembre-octobre en dessous du plancher minimal prévu au contrat, ce qui permet en théorie d’y mettre fin en cours de saison. Le groupe public ajoute ne pas avoir l’intention d’arrêter l’émission, mais demande un rendez-vous pour discuter d’une quinzième saison 2020-21.

Finalement, Laurent Ruquier annonce l’arrêt du programme en avril 2020. Catherine Barma doit alors licencier douze salariés, ce qui lui coûte 905 378 euros. Elle requiert l’aide de l’animateur, qui ne l’entend pas de cette oreille : « elle me demande de partager le coût de licenciement d’un personnel pléthorique dont je n’ai jamais demandé à ce qu’il soit engagé, hormis trois d’entre eux ! Elle fait même travailler des membres de sa famille ! Est-ce à moi de supporter les frais d’une société de production incapable de proroger d’autres émissions que celles que j’anime ? », s’offusque le présentateur, avant de dénoncer « son hypocrisie, sa lâcheté, sa vénalité », son comportement « grossier, pathétique, et lâche ». Selon le Monde, la fille du réalisateur Claude Barma aurait rétorqué à ses proches : « on a gagné tellement d’argent avec Laurent, qu’au moment où j’en perds, je trouve normal qu’il en perde avec moi. »

Pour augmenter la pression, elle cesse tout versement à son ancien protégé, notamment le partage des bénéfices de la dernière saison. Laurent Ruquier s’en plaint en mai 2021 sur RTL : « je n’ai jamais eu de nouvelles depuis mars 2020, même pas financièrement. Pour l’instant, l’argent qui a été versé par France 2 a été versé sur la société de Catherine Barma, mais il n’y a rien qui me soit revenu. » Ce qu’il ne dit pas en revanche, c’est que, trois semaines plus tôt, il a attaqué devant le tribunal de commerce son ancien mentor pour obtenir 332 930 euros. Catherine Barma contre-attaque peu après, réclamant 2,9 millions d’euros.

Demandes mesquines

Dans ce procès, le détail des demandes reflète bien la détestation réciproque des anciens partenaires. Ainsi, Catherine Barma, qui a effectué des saisies sur le compte bancaire de la société de Laurent Ruquier, exige le remboursement des frais d’huissier occasionnés… Elle exige aussi de son ancien complice qu’il paye sa part des droits sur les clips musicaux diffusés dans l’émission, soit 7 256 euros, ce qu’il accepte sans barguigner.

Surtout, elle lui réclame 100 000 euros pour avoir publié un livre, On préfère encore en rire, qui reprend des chroniques d’On n’est pas couché. Certes, l’ouvrage est paru en 2013, mais elle prétend ne l’avoir découvert que sept ans plus tard… sans convaincre les juges qui estiment qu’elle en avait « nécessairement eu connaissance » dès sa parution. Ils la déboutent sur ce point, jugeant sa demande peu étayée et de toute façon prescrite.

Avec plus de succès, Catherine Barma se met aussi à contester la répartition des profits des best of. Durant toutes ces années, elle les avait partagés à parts égales avec Laurent Ruquier, comme pour le reste. Mais, en relisant son contrat, elle s’aperçoit que le texte ne dit pas clairement que cette répartition à 50/50 s’applique aussi à ces best of. Elle obtient ainsi 706 960 euros, en se faisant rembourser a posteriori les sommes versées « par erreur » depuis 2016.

Mais ce qui a rapporté le plus à Catherine Barma (780 340 euros), c’est d’avoir démontré que Laurent Ruquier avait rompu les relations commerciales de manière « brutale ». L’animateur a bien plaidé que « France Télévisions avait décidé de ne pas reconduire ONPC », mais sans convaincre : il avait clairement dit dans une interview au Parisien : « c’est ma décision ».

Dans un tel cas, l’entreprise répudiée peut obtenir une indemnité basée sur la durée du préavis et sur la marge brute générée par le contrat rompu. Un long débat a donc eu lieu sur la date à laquelle Laurent Ruquier avait décidé d’arrêter l’émission. Le présentateur a argué que cet arrêt était « prévisible depuis plusieurs années », notamment en raison « des tensions dues à la mésentente avec Mme Barma, qui rendait impossible la poursuite de leur collaboration ». À l’appui, il a notamment produit une attestation de l’ancienne associée de Catherine Barma, qui était sa directrice des programmes avant d’être licenciée. À en croire ce témoignage, les dissensions entre les deux partenaires remontaient à 2017. Laurent Ruquier a ajouté avoir déjeuné avec sa coproductrice le 25 février 2020 et lui avoir alors indiqué « clairement et formellement » qu’il arrêterait ONPC à la fin de la saison.

Pour sa part, l’intéressée a rétorqué n’avoir été prévenue que le 17 avril 2020 par un coup de fil de son poulain. Le lendemain, Laurent Ruquier avait annoncé au Parisien la fin de leur émission, en précisant : « J’ai pris cette décision en novembre dernier. Ma productrice Catherine Barma m’avait demandé de ne pas l’annoncer, ce n’est pas le genre de choses que l’on dit six mois à l’avance. »

Finalement, le tribunal de commerce a jugé que Catherine Barma était « vraisemblablement » au courant de l’arrêt avant cette annonce publique, mais que les relations commerciales ont formellement été rompues en avril 2020, alors qu’elles auraient dû l’être dès la rentrée 2019. Le tribunal a aussi jugé Laurent Ruquier coresponsable des licenciements et donc redevable de la moitié de leur coût (soit 219 375 euros en première instance, relevé à  452 689 euros en appel).

L’animateur peut désormais se pourvoir en cassation ou bien jeter l’éponge. Pour sa part, Catherine Barma, à 79 ans, refuse toujours de prendre sa retraite. Elle continue de produire une émission hebdomadaire sur France 3, Cuisine ouverte. Ses autres programmes (Vous pouvez répéter la question sur France 4, Code promo sur France 2, Chez Moix et Extravagantes sur Paris Première) sont aujourd’hui arrêtés. Résultat : le chiffre d’affaires de sa société Tout sur l’écran s’est effondré, tombant à 2,1 millions en 2021. La fin d’ONPC lui a fait perdre 7,8 millions d’euros de revenus. En moyenne, le talk-show du samedi soir représentait 94 % des commandes que lui passait le service public sur la période 2015-20. Face à cela, le salaire des dirigeants a été réduit de 300 000 à 50 000 euros par an. Toutefois, la structure reste rentable et continue à distribuer de plantureux dividendes. Depuis 2010, elle a ainsi versé 8,1 millions d’euros à l’ex-papesse du talk-show et à son mari Philippe Lefebvre.

Contactés, les avocats de Laurent Ruquier Jacques Bellichach, Léon del Forno, Charles Merveilleux et Céline Astolfe, n’ont pas répondu, de même que ceux de Catherine Barma Frédéric Lallement et Olivier Chappuis.