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Continuer la lectureThierry Ardisson divorce de son associé historique… qui fait la paix avec Bolloré
Après 23 ans de collaboration avec Stéphane Simon et une kyrielle d’émissions stars (« Rive droite rive gauche », « Salut les terriens »…), l’animateur a vendu les parts qu’il détenait dans leur société commune TéléParis.
C’est la fin d’un des binômes les plus emblématiques du PAF : selon nos informations, l’animateur Thierry Ardisson et le producteur Stéphane Simon ont décidé de rompre après une amitié de 35 ans, fortuitement débutée au bar de l’hôtel Bristol. Associés dans la société de production TéléParis depuis 2...
Fallait-il y voir un signe ? Quelque temps avant leur rupture, Stéphane Simon a choisi de se désolidariser de son compère dans un important dossier qui les opposait tous deux à un même adversaire : le groupe Canal+. Depuis quatre ans, les acolytes ferraillaient côte à côte face à la filiale de Vivendi. La raison ? L’arrêt de leur émission Salut les terriens en 2019. Cette année-là, C8 se lance dans un plan d’économies pour réduire ses lourdes pertes. Rapidement, les programmes d’Ardisson sont pointés du doigt. Chaque Salut les Terriens est facturé 198 000 euros pièce, et sa déclinaison les Terriens du dimanche 155 000 euros. Ce sont les moins rentables de la chaîne : avec une marge négative de -77 %, ils représentent à eux seuls près d’un tiers des pertes totales de C8, selon une étude comparant coût et recettes publicitaires. Le canal 8 demande alors de réduire la facture de moitié à Thierry Ardisson. Mais celui-ci refuse, le talk-show est arrêté. L’homme en noir voit rouge, et attaque la chaîne en justice pour « rupture brutale des relations commerciales » : il lui réclame 6,8 millions d’euros, estimant qu’il aurait dû bénéficier de 2 ans de préavis. Il obtient d’abord 3 mois de préavis, soit 811 500 euros, au tribunal de commerce, puis en appel un an de préavis, soit 3,8 millions d’euros. Mais C8 se pourvoit alors avec succès devant la cour de cassation. Si la haute juridiction confirme la durée du préavis (deux ans), elle casse la méthode de calcul des indemnités utilisée par la cour d’appel de Paris, lui demandant de revoir sa copie. En pratique, le montant du chèque va un peu diminuer. Selon nos estimations, Thierry Ardisson devrait finalement empocher au moins 2,9 millions d’euros.
Pendant tout ce temps, l’animateur a pu compter sur le producteur à ses côtés. TéléParis (dirigée par Stéphane Simon) a aussi attaqué Canal+ avec les mêmes demandes, le même avocat… et un certain succès : elle a obtenu 269 333 euros en première instance, puis 2,7 millions en appel (dont 417 587 euros en dédommagement des 11 licenciements effectués suite à l’arrêt du talk-show).
Mais l’été dernier, Stéphane Simon a décidé de faire bande à part, et conclu séparément un accord amiable mettant fin au litige, selon nos informations. « Je ne souhaitais pas continuer dans la voie du contentieux avec le groupe Canal. J’ai donc transigé et remboursé en partie le groupe Canal », nous explique-t-il. « Thierry Ardisson n’a pas été impliqué dans les discussions entre TéléParis et Canal+ aboutissant à cet accord », nous précise son bras droit Guil Ymar. Si la société avait continué son combat, elle aurait touché 1,4 million d’euros minimum. On peut donc supposer que Stéphane Simon a transigé sur un montant qui s’en approche…
La guerre est déclarée
Ardisson poursuit donc désormais seul son combat dans les prétoires… et les médias ! Depuis l’arrêt de son talk-show, l’animateur a entamé une croisade médiatique contre son ancien employeur. « Vincent Bolloré arrive, détruit, et reconstruit dans son idéologie à lui. Il met son argent au service d’une idéologie. L’utilisation d’une fortune très importante au service d’une idéologie, c’est nouveau en France, avait-il notamment affirmé il y a un an sur RMC . Ils ont défendu Zemmour. Aujourd’hui, ils font campagne pour l’extrême droite. CNews, c’est Fox News. Le ressenti de la chaîne, il est d’extrême droite ».
À en croire la vedette, ces attaques auraient eu plusieurs conséquences : « Je suis un peu tricard dans la presse Bolloré, ce qui fait pas mal de supports », a-t-il expliqué fin 2023 dans Quotidien. Même problème dans le cinéma. En 2016, il avait signé avec StudioCanal un accord de développement pour une série et deux films, dont l’un sur la boîte de nuit parisienne le Palace. Désormais, « le cinéma, c’est fini, a expliqué le présentateur sur TMC. J’étais associé dans une boîte de prod qui s’appelait Nolita. Vincent Bolloré a dit à mes associés : ‘vous n’aurez pas d’argent pour ce film, sauf si vous virez Ardisson’. Donc j’ai vendu mes parts de cette société, pour qu’ils puissent financer le film ». En effet, notre homme a vendu ses 50 % en 2020 pour 500 000 euros.
Ces critiques ont suscité la contre-attaque de deux anciens collègues du groupe Canal+, Cyril Hanouna et Jean-Marc Morandini, qui ont notamment dézingué Nos grandes décisions, la dernière production de Thierry Ardisson animée par Hugo Clément.
Contacté, le groupe Canal+ n’a pas répondu.
Quand « Vincent » négocie en personne avec Thierry Ardisson
« Je ne suis jamais intervenu dans les contenus du groupe Canal+. En aucune façon », a juré Vincent Bolloré le 13 mars devant la commission d’enquête parlementaire sur la TNT. « Je n’ai pas eu d’intervention de Vincent Bolloré sur les grilles de programmes », a ajouté de son côté le président du directoire Maxime Saada le 29 février.
Plusieurs documents internes indiquent toutefois que l’industriel breton a renégocié lui-même le contrat d’Ardisson. Ces éléments sont cités dans les jugements du litige avec l’animateur, obtenus par l’Informé.
Ainsi, le 18 avril 2019, le présentateur envoie un e-mail à Maxime Saada : « Je vois Vincent le 15 [mai]. À l’époque où vous m’aviez demandé de passer de Canal+ à C8, Vincent m’avait assuré que mon contrat de 2006 ne serait pas remis en cause, que mon budget était ‘sanctuarisé’. Apparemment, ce n’est plus le cas ».
Le 2 mai, le président du directoire de Canal+ lui répond, et confirme au passage l’existence de ce rendez-vous : « J’ai été un peu surpris de la reprise dans le Parisien de quelques éléments précis de nos échanges en cours, et en particulier de la date de ton rendez-vous avec Vincent Bolloré. Si l’objet est de nous mettre la pression… »
Mais la rencontre au sommet se passe mal, comme le raconte ensuite Thierry Ardisson dans un courrier à C8 : « Le 15 mai, lors d’un rendez-vous avec Vincent Bolloré, j’ai découvert que, selon Michel Sibony, directeur de la valeur de Vivendi, ‘mon émission n’était pas prévue sur la grille de septembre’ ». L’animateur ajoute : « Le vendredi 17 mai, j’ai reçu un appel de Vincent Bolloré m’imposant, à périmètre égal, de réduire de 50 % notre facturation. Je me suis longuement expliqué en lui indiquant qu’il était impossible de faire les Terriens moyennant ces conditions financières. Il a refusé catégoriquement d’entendre mes arguments. » Et il conclut : « C’est la chaîne, par le biais de son actionnaire, qui a décidé de rompre le contrat. »
Enfin, le 19 mai, Thierry Ardisson envoie un dernier e-mail au milliardaire : « Suite à mon sms de vendredi après-midi, tu m’as appelé pour me proposer pour septembre un contrat réduit de 50 %, 5 millions au lieu de 10 pour la même émission ! Comme je te l’ai dit, ce n’est pas viable. Certes, on peut faire des émissions à ce prix-là, mais pas les Terriens. Inutile de te dire à quel point je regrette ta décision. »
Au demeurant, Thierry Ardisson n’est pas le seul à avoir témoigné en ce sens. Eric Zemmour comme Maïtena Biraben ont aussi déclaré avoir été recrutés par Vincent Bolloré en personne, tandis que Cyril Hanouna a raconté dans TPMP avoir renégocié son contrat en 2015 avec la famille Bolloré.
Thierry Ardisson condamné pour ses déclarations à la presse
Le contrat entre C8 et Thierry Ardisson stipulait que l’animateur « garde confidentiels l’ensemble des éléments du contrat, pendant toute la durée du contrat et au-delà. » La filiale du groupe Canal+ a estimé que l’animateur avait violé cette clause, en dévoilant le prix de ses émissions dans plusieurs interviews. D’abord, il avait indiqué à RTL que le budget de son talk-show était « à peu près » de 180 000 euros par émission. Puis il avait déclaré au Parisien : « Les Terriens coûtent 10 millions par saison, et après des semaines de négociation, Vincent Bolloré lui-même m’en a subitement proposé la moitié. » Une affirmation répétée dans TV Magazine : « Les deux Terriens coûtaient 10 millions d’euros par saison, Vincent Bolloré m’a proposé 5 millions d’euros en sachant que je refuserai. »
S’appuyant sur ces déclarations, la chaîne a donc réclamé 150 000 euros au présentateur. Dans un premier temps, le tribunal de commerce l’a déboutée. Mais la cour d’appel a ensuite condamné l’animateur à payer 50 000 euros, estimant qu’il avait bien violé son obligation de confidentialité : « Dès lors que les éléments chiffrés des budgets ont été divulgués par Thierry Ardisson dans un ordre de grandeur proche de la réalité, cette seule divulgation d’une information financière protégée fait présumer la faute de Thierry Ardisson ». C8, affirmant aussi avoir été dénigré, réclamait 150 000 euros supplémentaires à ce titre, mais a été déboutée.
À noter que les diatribes anti-Bolloré proférées fin 2023 sur Sud Radio et Quotidien n’ont pas été attaquées, selon le bras droit de Thierry Ardisson Guil Ymar. L’homme en noir a notamment déclaré que les employés du groupe « sont des esclaves. Ces gens-là sont esclavagisés par Bolloré. C’est des collaborateurs, comme en 42 il y avait des collaborateurs… C’est la mafia. J’ai aucun rapport avec eux, je les emmerde ».
En particulier, il a prétendu qu’on lui avait demandé de supprimer une interview d’un Français critiquant le Qatar, pour « ne pas vexer le Qatar, car on est en train de signer avec BeIN Sports ». Il s’était exécuté, suite à quoi « un haut cadre de Bolloré-Canal » lui aurait répondu : « Heureusement que tu l’as coupé, mon garçon, sinon il aurait fallu que tu fasses attention en traversant la rue. »
L’animateur a aussi évoqué à plusieurs reprises Maud Fontenoy, rentrée en avril 2022 au conseil de surveillance de Vivendi comme membre indépendant : « On m’a demandé 15 fois d’inviter Maud Fontenoy. Et si vous n’invitez pas Maud Fontenoy, au bout d’un moment, vous êtes sanctionné. » Selon l’Obs, la même demande avait été faite – sans succès — à la rédaction de Capital, mensuel appartenant à Vivendi. Mais la navigatrice a pu se consoler avec plusieurs invitations sur Canal+ ou C8 : Touche pas à mon poste, William à midi, En aparté, Envie d’agir, La boîte à questions… Son livre Bleu, un océan de solutions a aussi été adapté dans une série documentaire diffusée actuellement sur Canal+. Parallèlement, Geo, autre magazine du groupe, l’a interviewée à deux reprises.
Pour mémoire, Thierry Ardisson tenait un discours opposé lorsqu’il travaillait pour Vincent Bolloré. En 2017, il assurait : « Sur Canal Plus ou sur C8, il n’y a pas de censure. Nous sommes libres » . Et il ajoutait : « Aujourd’hui, C8 est la chaîne la plus libre. Nous, tant que nous respectons la loi, on est tranquilles… Je suis de plus en plus libre. Si demain je n’ai plus le droit de dire ce que je veux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, je m’en irai ». Il a aussi déclaré qu’il avait « failli » vendre ses sociétés de production au milliardaire breton, qu’il avait rencontré au début des années 80 dans les cercles de soutien à Giscard.
Mise à jour du 9 avril 2024 : après parution, Stéphane Simon nous a apporté les précisions suivantes :
- il a aussi produit la web TV d’Aymeric Caron Komodo TV.
- lors de la campagne présidentielle de 2022, sa société Open Media Factory a effectué une prestation de location de matériel pour le Rassemblement national de « quelques dizaines de milliers d’euros », mais aussi pour Les Républicains pour un montant trois fois plus élevé.
- il a continué à collaborer avec Thierry Ardisson, avec qui il a co-produit l’émission « 214 rue de Rivoli » diffusée en décembre sur Paris Première.