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Continuer la lectureEnedis : surfacturations et caisses noires au cœur de l’affaire de corruption interne
La chute d’un prestataire de services numériques impliqué dans l’enquête sur la filiale d’EDF met en lumière l’organisation des malversations qui ont eu lieu dans le cadre du projet Linky.
Caisses noires, manœuvres frauduleuses, surfacturation de prestations couvrant des « prestations récréatives » au bénéfice de salariés d’Enedis… La décision de justice prononcée le 12 septembre 2025 par le tribunal des activités économiques de Nanterre, et consultée par l’Informé, lève le voile sur l...
C’est mi-2024 que l’entreprise se met en branle, alertée sur des soupçons de fraude par un signalement interne. Après avoir chargé sa direction de l’audit et du contrôle interne de mener une enquête, accompagnée par EY, Enedis décide de porter plainte en mars 2025 auprès du parquet national financier (PNF). Des procédures disciplinaires à l’encontre d’une dizaine de salariés sont lancées, tandis que les contrats de plusieurs fournisseurs informatiques sont brutalement suspendus en avril (voir notre article).
Parmi les prestataires écartés par le distributeur, l’un décide cependant de se tourner vers la justice pour demander à Enedis le montant des prestations qu’il estime lui être dû. En mai, la société de programmation et de services informatiques Inoven consulting, créée par Hamdi Mahjoub, assigne l’entreprise énergétique, lui réclamant près de 900 000 euros. De fait, la résiliation du contrat par le groupe met la société en péril. Alors que son activité semblait jusque-là des plus florissantes - Inoven consulting affichait un bénéfice de 314 000 euros en 2024 et une trésorerie de plus d’un million d’euros -, elle se déclare en cessation de paiements fin juin. Mais pour le tribunal, Inoven « ne justifie pas de l’exécution des prestations dont elle demande le paiement ». Et le 12 septembre, les juges statuent en faveur d’Enedis. Inoven consulting est liquidée.
Un préjudice de plus de 1,2 million d’euros
Cette décision en dit long sur les ficelles utilisées. Une recette des plus simples : les commandes ont été surdimensionnées dans le but de constituer des « caisses noires ». Lesquelles servaient ensuite pour des consultations sans rapport avec les services informatiques ou pour l’agrément de certains salariés, des prestataires ou d’Enedis. Les contrats étaient utilisés pour « la mise en place d’un système de facturation par Inoven pour le financement d’activités récréatives au bénéfice des salariés d’Enedis, sans lien avec l’objet des contrats », pointe ainsi le tribunal. Montant de ces extras ? « Plusieurs centaines de milliers d’euros »…
La décision de justice est sans équivoque sur la réalité de « pratiques constitutives de faits de corruption », étayées par des échanges entre des salariés d’Enedis, en interne, ou avec Inoven. Elle évoque un « décompte au 21 mars 2023 des dépenses d’Inoven pour ‘les achats Enedis du pot commun 2022’ » pour un total de 509 992,79 euros » ou encore « un montant d’environ 200 000 euros pour la période allant de janvier à fin mai 2022 ». Plus inquiétant encore, le distributeur a précisé au tribunal que ce montant serait « une estimation basse, en l’attente des résultats de l’enquête pénale en cours mais conduirait à un préjudice global d’Enedis de 1 274 981,97 euros TTC ».
D’autres entreprises lyonnaises concernées
Selon nos informations, les sommes indûment facturées ont par exemple servi au paiement de restaurants, d’événements ou de soirées de team building… Elles ont aussi permis de financer des prestations auprès de sociétés sans rapport avec l’informatique (communication, événementiel…) en dehors des procédures d’achat. Les dysfonctionnements dépassent par ailleurs largement le cas d’Inoven. D’autres entreprises - sélectionnées dans le cadre des contrats passés par Enedis pour ses besoins de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre pour les pôles de sa DSI - sont impliquées dans ces malversations. En particulier, des sociétés implantées dans la région lyonnaise.
La filiale d’EDF se montre d’une discrétion de violette sur cette affaire et indique à l’Informé « ne pas faire de commentaires ». Enedis n’a porté plainte qu’en 2025, plusieurs mois après les premiers signalements. Le sujet est d’autant plus embarrassant pour le distributeur que l’affaire a fait tache d’huile jusqu’à sa maison-mère, inquiète de savoir si les pratiques délictueuses avaient pu se poursuivre chez elle. Plusieurs salariés, qui ont gravité dans le sillage de l’entité Nex’us, ont en effet ensuite rejoint les rangs de l’énergéticien, notamment au sein de la division numérique de sa direction de la production nucléaire et thermique (DPNT). Des enquêtes internes ont conduit à la mise à pied de collaborateurs et au licenciement de l’un d’entre eux. Mais plusieurs sont toujours en place…
Contactée, la société Inoven n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Des conséquences en chaîne pour Inoven
Inoven consulting n’est pas le seul à pâtir du scandale. Inoven creative en a aussi fait les frais : cette agence de création vidéo a été écartée par Enedis dans la foulée de sa société soeur. Détenue par Inoven corporate - la maison mère d’Inoven consulting - Inoven creative avait réalisé des projets pour le distributeur d’électricité. L’agence avait aussi produit pour EDF un petit film corporate sur le programme « Vision 2035 », un plan de transformation numérique du système d’information de la direction du parc nucléaire du groupe. L’entité dans laquelle sont venus travailler, à partir de 2024, les salariés mis à pied par EDF à l’issue de ses investigations internes, consécutives à la découverte des malversations chez Enedis…
Notre dossier complet sur l’affaire Enedis
► L’enquête pour corruption oblige Enedis à se réorganiser sur le terrain
► Soupçons de corruption et de favoritisme : l’affaire s’emballe chez Enedis
► Corruption et détournement chez Enedis : l’affaire rebondit chez EDF
► Soupçons de corruption chez Enedis : un premier fournisseur identifié
► Enedis : l’enquête sur les soupçons de corruption met les syndicats en porte-à-faux
► Enedis : des fournisseurs liés à Linky au cœur de l’enquête pour corruption
► Perquisition chez Enedis : le parquet financier soupçonne des salariés de corruption