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Médias - Culture

Jean-Luc Azoulay touche le gros lot grâce à Camping Paradis. Partie 1

En 2019, le producteur télé a lancé une franchise de campings au nom de sa série phare. Une martingale. Premier volet de notre enquête sur les aventures business de ce poids lourd du PAF.

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Difficile de mettre la main sur Jean-Luc Azoulay en cette fin d’année. Le célèbre producteur et scénariste de la série Les Mystères de l’amour est tout occupé au montage des épisodes « spécial Noël » de son feuilleton à l’eau de rose. Cette suite d’Hélène et les Garçons sera diffusée lors d’un grand prime time événement ce dimanche 10 décembre sur TMC. Mais n’allez surtout pas croire que la vie de Jean-Luc Azoulay se résume à cela : recycler à l’infini sa sitcom star des années 1990. Du haut de ses 76 ans, le patron du groupe JLA se cache derrière une flopée d’autres programmes à succès, du commissaire Magellan à Munch, en passant par Astrid et Raphaëlle. Premier producteur indépendant de France - c’est du moins ce qu’il assure - il s’est aussi lancé dans divers business parallèles (jeux vidéo, spectacles…) démontrant parfois un sens aigu des affaires. Son plus beau coup ? Une incursion express dans l’hôtellerie de plein air : misant sur la marque Camping Paradis - une autre de ses séries - il a empoché plus de douze fois sa mise de départ en l’espace de trois ans, près de 15 millions d’euros a appris l’Informé.

Tout a débuté par une idée et un projet de diversification. Diffusée sur TF1 depuis 2006, cette fiction familiale mettant en scène un directeur de camping et son équipe attire les foules : encore 5,1 millions de téléspectateurs le 3 juillet dernier. « Beaucoup de gens se rendent sur le lieu du tournage à Martigues et cela m’a donné l’idée de créer de vrais Camping Paradis, nous raconte Jean-Luc Azoulay. J’ai alors cherché à m’associer à des spécialistes du tourisme pour faire vivre cette série iconique, ancrée dans l’imaginaire populaire. »

Début 2019, ce sont finalement Martine Granier et Frédérick Gers, deux anciens d’Accor, ainsi qu’Olivier Lachenaud, à l’origine du site de réservation Camping.com, qui sont choisis pour rhabiller des sites déjà existants aux couleurs de la fiction. Une société commune, 5C Developpement, s’occupe tout spécialement de faire vivre cette nouvelle franchise. Ces campings reprennent tous les codes de la série - le porche d’entrée bleu et jaune, la voiturette électrique, les tenues flashy du personnel - et commercialisent bien sur tout un lot de produits dérivés de la série. Tous ces éléments sont contrôlés de près par TF1 Licences et le Groupe JLA. « En parallèle, une école de formation pour animateurs, une Academy, a été créée, ajoute Jean-Luc Azoulay. L’acteur Laurent Ournac (premier rôle du feuilleton) vient donner des cours. » L’enseignement dispensé permet de reproduire les animations de la fiction, à commencer par la chorégraphie Fiesta Boom Boom cela va sans dire. Enfin, des concerts Paradis des stars sont également organisés sur les divers sites, avec en tête d’affiche Emile et Images, Zouk Machine ou encore Billy Crawford. Cet été, 550 dates ont été ainsi planifiées.

Si dans cette affaire, la Une se contente de prendre une commission (12 000 euros par an et par camping), Jean-Luc Azoulay a fait un choix plus malin. Dès le départ, l’homme d’affaires, bien avisé, prend 45,9 % de 5C Developpement. L’investissement n’est pas neutre - près de 1,2 million d’euros - mais il s’avère rapidement très rentable : cette société touche 6 % du chiffre d’affaires réalisé par tous les sites franchisés et dès la fin du covid, leur nombre explose. De 12 établissements en 2020, le parc passe à 72 implantations en 2021 puis à 90 l’an dernier. Le chiffre d’affaires suit et bondit de 3,5 millions d’euros en 2019 à plus de 20 millions d’euros en 2022, pour un bénéfice rondelet de 1,07 million. Il faut dire que le marché est en pleine forme, avec 12 millions de Français adeptes de ce type de vacances. Cet été les performances d’avant Covid ont été dépassées avec une nouvelle croissance de 3 % et 118,9 millions de nuitées selon les données de l’Insee, très loin devant l’hôtellerie traditionnelle (89 millions de nuitées).

Pour accélérer encore ce développement et viser 150 Camping Paradis en 2027, un fonds d’investissement, MBO +, est entré au capital en début d’année. Selon nos informations, cette prise de participation s’est faite sur une valorisation de 32 millions d’euros pour 5C Developpement. L’occasion rêvée pour Jean-Luc Azoulay de céder ses parts à bon prix - soit près de 15 millions d’euros - et de verser à sa holding plus de 12 millions d’euros de dividendes exceptionnels grâce à cette opération. « Je ne suis pas un homme de chiffres, assure pourtant Jean-Luc Azoulay. J’ai décidé de vendre mes actions car ce n’est pas mon métier et je ne veux pas trop me disperser, nous restons avant tout des producteurs. »

À vrai dire, l’investisseur n’en n’a pas fini : il va désormais toucher une commission annuelle comme TF1. Et il a aussi pris une participation de 0,3 % dans Ilo. Cette structure possède près de la moitié du capital de 5C Developpement. On ne lâche pas comme cela un petit coin de (camping) paradis…