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Médias - Culture

Franck Ferrand n’obtient que des miettes d’Europe 1

Évincé de son émission d’histoire quotidienne, l’animateur avait réclamé près de 800 000 euros aux prud’hommes. La justice vient de lui octroyer 21 000 euros à peine.

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JACQUES DEMARTHON / AFP

Sa voix douce a bercé les débuts d’après-midi de milliers d’auditeurs. La guerre de Vendée, la création d’Israël, Champollion…  Pendant 15 ans, Franck Ferrand a raconté les plus grands épisodes et personnages de l’histoire, sur Europe 1. Jusqu’à ce courriel du 29 juin 2018. Ce vendredi-là, l’animateur a reçu un message de son patron, Laurent Guimier : le directeur général de la station lui signifiait que son émission « Au cœur de l’histoire » n’avait plus sa place dans la grille et lui proposait de présenter un autre programme, le week-end. Un changement qui devait s’accompagner d’une baisse de 50 % de sa rémunération, réduite de 25 540 à 12 500 euros mensuels. L’historien a refusé et saisi le conseil de prud’hommes de Paris, réclamant près de 800 000 euros à son ancien employeur. Après trois ans de bataille, c’est maintenant la fin de l’histoire : Franck Ferrand a obtenu des dédommagements… Mais bien inférieurs à ceux qu’il escomptait. La cour d’appel vient de condamner Europe 1 à lui octroyer 20 000 euros seulement.

Au gré des audiences, ses conseils successifs ont pourtant fait valoir divers arguments. En première instance, Richard Malka, avocat médiatique de Charlie Hebdo, a d’abord demandé que les 24 contrats de travail à durée déterminée d’usage (CDDU) accumulés par son client soient requalifiés en CDI. Il réclamait plus de 700 000 euros dont, notamment, 76 620 euros de requalification en CDI, 106 416 euros d’indemnité de licenciement et 30 480 euros de dommages et intérêts pour licenciement infondé, arguant qu’un autre historien avait été recruté par la suite, Fabrice d’Almeida. « Laurent Guimier a supprimé mon émission pour y mettre un copain », a même lancé Franck Ferrand, lors de l’audience. Des éléments balayés par la radio : « le code du travail prévoit expressément que l’audiovisuel et, par extension, la radiophonie appartient aux secteurs d’activité dans lesquels des CDD peuvent être conclus », relevait le conseil de la station, maître Lubet.

Une rémunération de 25 540 euros mensuels

Chez Europe 1, Franck Ferrand était payé 16 300 euros par mois. À ce salaire s’ajoutaient 9 240 euros mensuels pour des « prestations de services » correspondant à ses recherches documentaires : des émoluments que l’animateur percevait via une société à son nom pour éviter les charges sociales, patronales comme salariales. Toutefois, son avocat assurait que le présentateur avait été « contraint par son employeur d’accepter une augmentation de rémunération via [cinq] contrats de prestations de services », et que ce tour de passe-passe avait intentionnellement « dissimulé l’emploi de salarié effectué dans un lien de subordination » : 153 240 euros étaient réclamés sur ce chef de demande. Un conflit relevant davantage du tribunal de commerce selon maître Lubet… Et les prud’hommes lui ont donné raison sur ce point comme sur les autres : Franck Ferrand a été débouté de toutes ses demandes. Sans surprise, il a alors fait appel.

La deuxième manche s’est déroulée il y a peu, début 2023. Cette fois, le plaignant était défendu par Sandra Ohana et la décision lui a été un peu plus favorable. Certes, le refus de l’animateur de poursuivre sa collaboration avec Europe 1 a été considéré comme une démission, le licenciement n’a donc pas été reconnu. Mais la relation contractuelle qui liait les deux parties a bien été requalifiée en CDI : la somme de 20 000 euros a donc été octroyée à l’historien à ce titre. La cour d’appel a également condamné Europe 1 à lui verser 1 000 euros pour ses frais engagés (article 700). Si un prolongement en cassation est toujours possible, pas sûr que Franck Ferrand choisisse cette option. Depuis 2021, l’écrivain participe à l’émission « La Belle histoire de France » le dimanche sur CNews. Une chaîne détenue par Vincent Bolloré… Propriétaire d’Europe 1.

Ni l’animateur ni son avocat n’ont souhaité répondre à nos questions.