Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Dany Boon condamné pour licenciement abusif

Attaqué aux prud’hommes par son ancien bras droit pour licenciement « abusif, brutal et vexatoire », l’acteur a perdu en appel.

Dany Boon
Dany Boon VALERY HACHE / AFP

Fâcheux rebondissement pour Dany Boon. Selon un arrêt de la Cour d’appel de Paris que L’Informé s’est procuré, l’acteur vient d’être condamné à verser près de 110 000 euros de dommages et intérêts à Laurent Storch, son ex-bras droit durant quatre ans. Licencié en 2017, ce pro des médias avait attaqué...

A en croire le CV de Laurent Storch, tout avait pourtant bien commencé avec la star. Dans l’ordre, notre homme assure avoir « révélé Dany Boon » alors qu’il était directeur général de Polygram Vidéo (1991-97). Passé chez TF1 (1997-2012), il indique avoir « négocié » l’investissement de la chaîne dans Bienvenue chez les ch’tis. Et une fois employé par l’acteur, enfin, il revendique la production des films Supercondriaque, Raid dingue, Ma famille t’adore déjà ou de la série Y’a pas d’âge, mais aussi l’organisation du show Dany Boon à l’Olympia, puis la tournée. En pratique, Laurent Storch occupait plusieurs postes dans la myriade de sociétés de l’artiste : président et actionnaire (à hauteur de 25%) de la holding HBB26, il était aussi président des Productions du Ch’timi et directeur du développement et de la création des Productions du Chicon. Seule cette dernière fonction était rémunérée, à hauteur de 15 000 euros par mois. Une somme rondelette qui faisait de lui le salarié le mieux payé de cette filiale dédiée aux spectacles de l’humoriste.

Mais voilà, en 2017, Laurent Storch a démissionné de ses mandats de président, et a été remercié de son poste de directeur du développement des Productions du Chicon. Officiellement, le cadre a été éconduit pour « motif économique ». Pour le justifier, la lettre de licenciement liste les difficultés financières de cette filiale. On apprend ainsi que l’entreprise a perdu 78 480 euros en 2014, puis 695 152 euros en 2015, que l’actif net était négatif de 1,7 million d’euros fin 2015, et que Dany Boon avait prêté à l’entité 2,4 millions d’euros en quatre ans pour la maintenir à flots. Selon cette même lettre,  la société était « confrontée depuis de nombreuses années à des difficultés financières importantes. Nous avons tenté de développer l’activité à travers la production de nouveaux talents, la production d’un clip ‘Samba’, le lancement d’une filiale Komik Spirit chargée d’exploiter sur le net le catalogue des spectacles de Dany Boon avec pour partenaires les sociétés Webedia et Trois S, filiales du groupe Fimalac, mais nous n’avons pas eu les résultats escomptés », précise-t-elle. Plus tard, Dany Boon expliquera même que la continuité d’exploitation avait été « véritablement en péril »  fin 2015, et que la structure avait « échappé à la cessation de paiement » en 2016 uniquement parce qu’il avait renoncé au versement de ses droits d’auteurs.

Le bras droit se rebiffe

Dans un premier temps, Laurent Storch a semblé accepter son départ et ces justifications. « Il a participé très étroitement à la mise en œuvre de la procédure de licenciement, relève le jugement des prud’hommes. Son avocat a demandé des modifications dans la rédaction de la lettre de licenciement. » Mais le dirigeant changera d’avis quelques mois plus tard. Visiblement, il a trouvé un peu exagéré qu’un acteur multimillionnaire, parmi les mieux payés du cinéma français, invoque des difficultés économiques. « Les sociétés du groupe en France et à l’étranger sont en très bonne santé financière », a-t-il argué auprès des juges. Et d’ajouter que Dany Boon ne lui avait pas proposé, non plus, de reclassement dans une autre société, comme le prévoient les textes, bien que l’humoriste possède des entreprises dans de nombreux pays. En effet, ce dernier a fondé une myriade de filiales en Belgique (26 DB Management SPRL), en Grande Bretagne (26 Films Ltd) et aux Etats-Unis (Page 26 Productions LLC,  26 DB Productions Inc). Des créations probablement motivées par des raisons fiscales, car l’acteur a successivement déclaré être résident dans ces trois pays.

Bien sûr, cet argument a été rejeté par les avocats du comédien. Selon eux, « la situation personnelle de M. Dany Boon ne peut être prise en considération, ce dernier n’ayant pas à assumer sur son patrimoine personnel les difficultés économiques rencontrées par l’une des sociétés dont il est actionnaire. » Mais leur démonstration n’a pas été retenue en appel. « Il existe une interdépendance certaine, ainsi qu’une stratégie de coordination et de partage de l’activité et des coûts entre les différentes sociétés du groupe, a ainsi estimé la cour. Les indications de la lettre de licenciement viennent confirmer et étayer les affirmations de M. Storch selon lesquelles le groupe de sociétés constitué autour de M. Boon a pour activité transverse la production d’oeuvres artistiques caractérisées par la contribution de M. Boon, les spectacles vivants pouvant ainsi donner lieu à des longs métrages ou faire l’objet d’une nouvelle exploitation sur internet. »

Autre élément avancé par l'humoriste pour justifier l’absence de reclassement : la filiale qui employait Laurent Storch produisait des spectacles vivants, un business différent de ses autres structures (production de films, etc). Seulement, là encore, l’argument a été cassé en appel : « ces affirmations apparaissent manifestement contraires à la réalité du fonctionnement des sociétés du groupe formé autour de l’activité artistique de leur actionnaire, M. Boon. Les sociétés du groupe interviennent dans la branche d’activité du spectacle et de la production artistique, s’agissant d’entreprises liées par une stratégie globale de développement et de diffusion multisupport des œuvres artistiques créées et produites par M. Boon. Les Productions du Chicon ne sauraient constituer, à elle-seule, un secteur d’activité spécifique et distinct des autres secteurs d’activité des autres sociétés du groupe. » La cour a donc jugé le licenciement « sans cause réelle ni sérieuse », et accordé pour cela  60 000 euros de dommages.

Corvéable à merci ?

Mais ce n’est pas tout, car Laurent Storch a également demandé le paiement de ses heures supplémentaires. Selon l’ex-directeur, il travaillait « parfois sept jours sur sept et fréquemment le soir ainsi que le week-end, notamment pour répondre aux différentes sollicitations de son employeur qui le contactait depuis les Etats-Unis avec le décalage horaire. » L’humoriste a rétorqué n’avoir jamais imposé à son bras droit d’œuvrer le week-end, qu’il était totalement libre pour s’organiser comme il le souhaitait, et que, de toute façon, ses heures de travail, en tant que cadre dirigeant, ne devaient pas être décomptées. Là encore, Dany Boon a gagné en première instance, avant d’être débouté par la cour d’appel, qui l’a condamné à payer 47 300 euros à ce titre.

Après avoir quitté le comédien, Laurent Storch s’est mis à son compte. Il se présente désormais comme « expert en succès » (sic). Devenu conférencier et chroniqueur sur la radio Vivre FM, il est aussi senior advisor pour le cabinet de conseil Roland Berger et administrateur de la filiale française d’HSBC. Plutôt prolifique, il a écrit huit livres de management ou d’humour, deux pièces de théâtre, et six scénarii qui n’ont pas encore été portés à l’écran.

Contacté, Laurent Storch s’est refusé à tout commentaire. Pour sa part, Dany Boon a répondu, par l’intermédiaire de son avocat Jean-Philippe Desanlis, qu’il contestait cette décision : « la condamnation obtenue devant la cour d’appel,  à peine supérieure au quart des demandes de M. Storch, est entachée d’une erreur de droit que la cour de cassation devra trancher. »