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Continuer la lectureCette condamnation d’Europe 1 va réjouir les journalistes licenciés
La cour de cassation vient de définitivement donner raison à Mathieu Charrier, placardisé en 2021 par la radio suite à sa reprise par Vincent Bolloré via Vivendi. Surtout, elle a inclus les astreintes dans le calcul des indemnités, près de 300 000 euros au total dans son cas.
Cette fois, c’est terminé. Selon nos informations, la cour de cassation a mis un point final au combat entamé par le journaliste Mathieu Charrier contre son ancien employeur Europe 1 en 2021. La station a été reconnue coupable de « manquements de loyauté » et condamnée à lui verser une coquette somme. L’assiette du calcul des indemnités retenue par la justice devrait faire, au passage, le bonheur de confrères dans de futures affaires, jurisprudence oblige.
Salarié de la radio durant 12 ans, Mathieu Charrier a longtemps connu une carrière sans accroc. Entré comme reporter en 2009, il a ensuite été animateur de l’émission Clap ! et s’est même vu confier la tête du service Société et Culture en 2021. Cette année-là, peu de temps après la prise de contrôle de la radio par le groupe Vivendi, alors dirigé par Vincent Bolloré, tout se complique. Des synergies engagées entre CNews et Europe 1 modifient la grille des programmes : les émissions de Laurence Ferrari, Sonia Mabrouk, ou encore Dimitri Pavlenko se retrouvent codiffusées sur les deux antennes… quitte à contrarier les partisans de la ligne éditoriale historique. En parallèle, une rupture conventionnelle collective est ouverte pour faire partir les journalistes afin, officiellement, de redresser les comptes. Mathieu Charrier demande alors à profiter de ce dispositif mais se heurte à un refus, son poste n’est officiellement pas visé. Pourtant, il apprend par voie de presse en juillet être remplacé de son émission Clap ! par une autre journaliste, Laurie Cholewa.
Désormais sans fonction et, selon lui, mis à l’écart des réunions organisées par la direction pour établir la grille de rentrée, il décide de partir aux torts exclusifs de son employeur. Il saisit alors les prud’hommes pour faire reconnaître son licenciement et réclame le paiement de ses heures supplémentaires. Mais, en 2022, il perd en première instance n’apportant pas « la preuve d’une discrimination à son égard » et « préparant son départ depuis de nombreux mois (...) dans la région bordelaise ». Le trentenaire fait aussitôt appel de cette décision et gagne son bras de fer deux ans plus tard comme l’avait révélé l’Informé. Mais la direction d’Europe 1 contre-attaque. Elle se pourvoit en cassation afin de ne pas verser la totalité des 288 205 euros qui lui sont réclamés pour licenciement abusif (dont 5 000 euros « pour circonstances vexatoires de la rupture ») et, surtout, pour les heures d’astreintes effectuées.
Mais cette fois, c’est donc plié. « Le rejet du pourvoi formé par Europe 1 entérine la décision des juges du fond estimant que la démission de Mathieu Charrier, survenue après son éviction brutale de ses fonctions, devait s’analyser comme un licenciement injustifié », se réjouit son avocate, maître Camille Janson. Surtout, la cour de cassation vient de confirmer que les heures d’astreintes « constituent un élément de salaire » et doivent être intégrées dans le calcul des indemnités. « Au-delà de son cas personnel, cette décision va faire jurisprudence sur les modalités de calcul de l’indemnité de licenciement dues aux journalistes », estime-t-elle.
Contacté, Mathieu Charrier se félicite que son combat puisse servir à d’autres personnes à l’avenir. De son côté, Europe 1 n’a pas souhaité faire de commentaire.