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Continuer la lectureCauseur, Transitions & Énergies et Conflits secourus par l’ex-propriétaire de Minute et Charles Gave
Les trois magazines sont contrôlés par la holding Cantio. Elle a réalisé une augmentation de capital de plusieurs millions d’euros en 2023 grâce à des figures proches de l’extrême droite.
Avec ses grandes interviews d’Éric Zemmour et ses éditos d’Élisabeth Lévy, le magazine Causeur a réussi à se faire une place bien à lui - bien à droite - dans le paysage médiatique français. Mais la formule peine à faire recette. Selon nos informations, la holding Cantio, propriétaire du titre, égale...
Dans le détail, Louis-Vincent Gave, cofondateur de la holding avec Gil Mihaely, a acquis l’an dernier pour 515 000 euros d’actions Cantio. L’homme ne manque pas de moyens : ancien propriétaire du club de rugby Biarritz Olympique, il gère via sa société Gavekal à Hong Kong des fonds institutionnels et privés avec plusieurs milliards de dollars d’actifs sous gestion. Son père, Charles Gave, star des réseaux sociaux, un temps soutien d’Éric Zemmour à la présidentielle, a quant à lui apporté 300 000 euros. La plus grosse participation, soit 1,28 million d’euros, provient de la société luxembourgeoise Initial Concept, dirigée par Gérald Penciolelli, ancien repreneur du journal Minute et figure de l’extrême droite.
Avec Causeur, leur projet est plus politique qu’économique, c’est assumé. « Nous savons qu’avec un magazine comme Causeur et son positionnement idéologique, nous ne gagnerons jamais d’argent », reconnaît Louis-Vincent Gave. Avec Transitions & Énergies, c’est un peu différent. « On vise un public d’ingénieurs avec des compétences dans le nucléaire, explique le financier. Pour moi, c’est un laboratoire d’idées pour mes activités d’investisseur dans ce domaine. » Les prises de position n’en restent pas moins affirmées. « Nous sommes évidemment pro nucléaires, la France peut encore redresser la barre dans son domaine de compétences, reprend-il. À l’inverse, la Chine a déjà 10 ans d’avance sur nous dans l’éolien et le photovoltaïque alors pourquoi soutenir ces filières ? » À la question de savoir si le trio d’actionnaires est climatosceptique, Louis-Vincent Gave livre une réponse sans équivoque, en interrogeant l’origine humaine de la crise climatique. « Le climat évolue tout le temps alors à quoi bon dépenser des centaines de milliards d’euros pour éviter un changement inévitable. Il vaut mieux s’y préparer et s’y adapter, peu importe si l’on pense que les hommes en sont responsables ou non. » Dans une vidéo de Transitions & Énergies, son père prend aussi la parole pour condamner sans pincettes ce qu’il considère comme les échecs de l’Union européenne - sur la politique énergétique et l’industrie- sans hésiter à citer Charles Maurras, théoricien du nationalisme intégral, par ailleurs xénophobe et antisémite.
Parmi les mantras du trimestriel, on retrouve un soutien inconditionnel à la voiture thermique, et le dénigrement assez systématique des énergies renouvelables et des véhicules électriques. Au fil des articles et vidéos, on apprend ainsi que les dos d’ânes sont illégaux, que la limite de 80 km/h imposée dans certains départements n’a pas d’utilité, que la charge d’une voiture électrique « coûte vraiment cher »…. « Un discours clairement anti-transition !, se désole Eva Morel, secrétaire générale de l’association QuotaClimat militant pour une meilleure visibilité des questions écologiques dans les médias. Il s’agit de « décrédibiliser les normes établies en termes d’efficacité, de contraintes générées et en utilisant l’argument social. » Ces prochains mois, le magazine devrait s’en donner à cœur joie : alors que la réglementation européenne prévoit l’interruption des ventes de voitures thermiques en 2035, le lobby automobile soutenu par la droite tente d’assouplir l’échéance. Le sujet risque de s’imposer à l’agenda de la nouvelle Commission européenne au moment où le soutien aux véhicules électriques chute pour des motifs budgétaires sur le Vieux Continent.