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Continuer la lectureBanquiers, avocats… la task force de Rodolphe Saadé pour s’imposer dans les médias
En plus des alliés historiques de son groupe, le patron de CMA CGM s’entoure de nouvelles têtes pour lancer « La Tribune Dimanche ».
Ce week-end, les kiosques accueilleront un tout nouveau titre : La Tribune Dimanche. Un journal généraliste lancé en un temps record - moins de trois mois -, imposé par le propriétaire du journal : Rodolphe Saadé. Nouveau venu dans les médias, le PDG de CMA CGM depuis 2017, aime aller vite : en un an...
Pour se déployer dans les médias, Saadé s’est constitué une solide task force, mêlant anciens et nouveaux visages. L’homme est un fidèle en affaires. « Il n’oublie pas ceux qui ont aidé le groupe en 2009 quand CMA CGM a failli mettre la clé sous la porte », observe un consultant qui travaille depuis des années à ses côtés. À commencer par Jean-Marie Messier, l’ancien président de l’ex-empire Vivendi Universal. C’est lui qui a mené cette année les discussions avec le propriétaire d’Atalian et Jean-Christophe Tortora pour reprendre leurs parts au capital de La Tribune. À la tête de sa propre banque d’affaires depuis 2003 (Messier & Associés, adossée à l’italienne Mediobanca), il conseille l’armateur depuis qu’il a renégocié sa dette en 2009 et obtenu les soutiens de l’industriel turc Yildirim et du FSI (aujourd’hui Bpifrance) qui l’ont sorti de la nasse. J2M a ensuite travaillé sur toutes les acquisitions du groupe une fois revenu à meilleure fortune, comme le rachat en 2016 du singapourien Neptune Orient Lines (NOL), leader du transport maritime en Asie du Sud-Est. Sur le dossier de La Tribune, le banquier d’affaires a travaillé selon nos informations avec Alexis Pollet, associé de Messier & Associés, passé par Lazard et BNP Paribas. La banque de Jean-Laurent Bonnafé est d’ailleurs impliquée dans chacun des deals.
On retrouve la même fidélité pour la partie juridique. CMA CGM ne manque jamais de faire appel à Daniel Hurstel, l’associé senior à Paris chez Willkie Farr & Gallagher. Ce spécialiste des fusions-acquisitions et des IPO est encore intervenu, avec Gabriel Flandin, également associé du cabinet, dans le rachat des activités logistiques de Bolloré (pour 5 milliards d’euros) mais aussi dans la longue bataille engagée avec Xavier Niel (actionnaire à titre individuel de l’Informé) pour prendre le contrôle du quotidien marseillais La Provence. Le Marseillais mobilise aussi régulièrement Antoine Gosset-Grainville, associé fondateur du cabinet BDGS, spécialiste des questions de compliance ou d’antitrust. Mais pour le rachat de La Tribune, comme l’a appris l’Informé, cet ancien directeur adjoint du cabinet de François Fillon à Matignon a, pour la première fois, été choisi comme principal conseil juridique.
Dans les métiers de l’audit et de la comptabilité en revanche, Saadé profite de son incursion dans les médias pour tester de nouveaux profils. Il a ainsi confié un premier marché à Eight Advisory : Christian Berling, associé du cabinet, a supervisé le contrôle financier des actifs de La Tribune lors de la transaction. Traditionnellement, l’homme d’affaires s’appuie plutôt sur Charles Abbey, associé chez KPMG. Ce spécialiste des opérations internationales réalise la plupart des due diligence financières des transactions opérées par l’ex-Compagnie maritime d’affrètement.
La transformation stratégique de CMA CGM, d’un groupe 100 % concentré sur le fret maritime à un groupe également présent dans la logistique et le fret aérien, a été en grande partie pensée par le Boston Consulting Group (BCG), même si Sia Conseils et Mc Kinsey ont aussi leurs entrées. Chez BCG, Camille Egloff, directrice associée senior à Paris et responsable du secteur Transports et Logistique au niveau mondial, a ainsi été à l’initiative du rachat de Bolloré Logistics (pour 4,65 milliards d’euros). Avec l’associé François-Régis Turc, elle est aujourd’hui à la manœuvre pour intégrer la nouvelle acquisition dans CMA CGM. « Il y a beaucoup à faire car, si les deux groupes sont familiaux, leurs organisations sont complètement différentes, indique un proche du dossier. Bolloré Logistics avait un fonctionnement très décentralisé, tandis que tout remonte directement au siège marseillais de CMA CGM, notamment le reporting financier. »
Côté communication, c’est Havas qui a été choisi pour lancer La Tribune Dimanche. La campagne de publicité qui doit faire de La Tribune une marque d’information générale et politique a été conçue par Yffic Nouvellon, vice-président de l’agence. Elle se déclinera en sur internet, en affichage et à la radio. Les équipes de Stéphane Fouks travaillent d’ailleurs depuis quelques années sur l’image et la publicité du groupe – comme sa nouvelle signature de marque, « Better ways » – mais Image 7 reste le conseil privilégié du patron, depuis la période de basses eaux en 2008-2009. Au sein de l’agence d’Anne Méaux, c’est l’associée Anne-France Malrieu qui accompagne les équipes du groupe en charge de la communication et des relations extérieures, dirigées par Tanya Saadé, la sœur de Rodolphe.
Pour orchestrer le retour du quotidien La Tribune dans les kiosques après plus de onze ans d’absence, le président du groupe éponyme Jean-Christophe Tortora a été laissé aux manettes, mais placé sous la supervision de Laurent Guimier, chef de la branche médias de l’armateur. L’ancien directeur de l’information de France Télévisions joue gros. Le lancement du titre est l’occasion pour lui de faire ses preuves en tant que capitaine de Whynot Media, nouveau nom du pôle média depuis septembre, alors qu’un copilote s’apprête à le rejoindre : selon les informations de La Lettre A que l’Informé est en mesure de confirmer, CMA CGM recherche un deuxième dirigeant pour Whynot Media. L’objectif ? Recruter un « gestionnaire », capable de regarder les comptes, discuter avec les banquiers d’affaires ou encore donner de nouvelles idées d’investissements… Denis Olivennes, le président de la holding du quotidien Libération et des magazines de Daniel Kretinsky (CMI France), correspond au profil. Il avait bien donné un coup de main lors de la longue bataille avec Xavier Niel pour prendre le contrôle de La Provence. Mais l’ex dirigeant de Canal+ n’a pas poursuivi la collaboration, préférant se concentrer sur ses prochaines activités dans le secteur de l’édition, où il prendra la présidence d’Editis si Bruxelles valide son rachat par Daniel Kretinsky.
Le lancement de La Tribune Dimanche n’attendra sûrement pas cette future arrivée. La rédaction du titre, quant à elle, est désormais complète, même si le recrutement d’un ou deux profils supplémentaires par la suite est d’ores et déjà envisagé. Dernières recrues en date, Jules Pecnard et Charlotte Langrand. Ces anciens de Marianne et du JDD seront respectivement chargés de la politique pour l’un, de la gastronomie et du cinéma pour l’autre. Ils rejoignent Nicolas Prissette, Fanny Guinochet ou encore Pauline Delassus, dont nous avions annoncé les arrivées. Deux autres plumes rejoindront également sous peu le journal : l’ex-rédactrice en chef économique du JDD Marie-Pierre Gröndahl ainsi que Philippe Vandel, présentateur de Culture médias sur Europe 1, débarqué au profit de Thomas Isle en juin dernier. Il y tiendra une chronique hebdomadaire intitulée « La semaine média ».
Pour ce qui de la conception du titre, une collaboration avec le designer concepteur de presse Jean Bayle avait été envisagée dans un premier temps. Mais la date souhaitée de parution, le 8 octobre prochain, était beaucoup trop précipitée au goût du professionnel. Comme nous l’indiquions début septembre, c’est finalement la société de Jérôme Doncieux ETX Studio (ex-Relaxnews) qui a remporté la mise, engageant le directeur artistique Jean-François Labour pour concevoir le projet.
La marque La Tribune Dimanche détenue (en réalité) par Le Progrès
Un couac menace-t-il le lancement presse de l’année ? Contre toute attente, la marque La Tribune Dimanche n’est pas détenue par La Tribune et son nouvel actionnaire CMA CGM. Elle est en réalité possédée par… le quotidien lyonnais Le Progrès, propriété du Crédit Mutuel via sa holding Ebra. Elle était utilisée pour l’édition dominicale de l’ancien quotidien stéphanois La Tribune, fusionnée dans Le Progrès pour devenir une simple édition locale.
Comme a pu le constater l’Informé, le nom a été déposé en 1990 à l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi), avant d’être régulièrement renouvelé jusqu’à très récemment en août 2020. “Juridiquement, le sujet ne se pose pas en l’état, répond le président du journal Jean-Christophe Tortora. L’Inpi, que nous avons consulté, nous a adressé une réponse très claire : nous sommes en droit de l’utiliser car la marque détenue par Ebra est déchue par manque d’utilisation.” Pour l’heure, Ebra n’a pas entamé d’action en justice mais rien ne dit qu’il ne le fera pas. Contacté, le groupe de presse régional n’a pas répondu à nos sollicitations.