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Transports - Auto

CMA CGM change (encore) de directrice juridique

Six mois après avoir été recrutée par l’armateur, Béatrice Bihr prend le large. Le groupe a déjà recruté sa successeure, qui devrait arriver en septembre en provenance de Vivendi.

Béatrice Bihr
Béatrice Bihr Linkedin

Encore une fois, la greffe n’a pas pris à Marseille. Après le passage éclair de Franck-Philippe Georgin à la direction juridique de CMA CGM fin 2022, c’est, cette fois, sa successeur Béatrice Bihr qui quitte le poste au sein du troisième armateur mondial. Recrutée en janvier, ainsi que L’Informé l’avait révélé, la directrice juridique a démissionné du groupe de Rodolphe Saadé fin juin. En quelques mois, elle aura toutefois eu le temps de boucler trois acquisitions majeures : Bolloré Logistics (pour 5 milliards d’euros), la compagnie maritime méditerranéenne La Méridionale et le site économique La Tribune. Selon nos informations, elle devrait être remplacée à la rentrée de septembre par Caroline Le Masne de Chermont, directrice juridique, compliance et RSE de Vivendi. Cette avocate, passée par le cabinet Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, était entrée dans le groupe de média en 2007, prenant la tête de la direction juridique neuf ans plus tard et intégrant le comité exécutif en juin 2022.

Plusieurs dossiers juridiques brûlants l’attendent chez l’armateur. Il y a tout d’abord la défense du droit au tonnage, un avantage fiscal dont l’assiette est établie sur la capacité de transport du groupe et non sur les bénéfices. Il s’agit pour CMA CGM de conserver ce régime fiscal très favorable qui se substitue à l’impôt sur les sociétés et lui permet de jouer avec les mêmes armes que ses concurrents sur le commerce international. Cette niche fiscale pour les opérateurs de fret maritime a été très attaquée quand le groupe a annoncé des profits records en 2021 (17 milliards de dollars) et en 2022 (près de 25 milliards de dollars).

Autre sujet de taille, le groupe cherche à obtenir les conditions juridiques favorables à une prise de contrôle de M6. L’automne dernier, CMA CGM avait fait une offre conjointe avec le producteur Stéphane Courbit pour acquérir la part de contrôle auprès de Bertelsmann. Mais le groupe allemand avait finalement abandonné son projet de cession, du fait de contraintes réglementaires et temporelles. Rodolphe Saadé, déjà propriétaire de La Provence et bientôt du site économique La Tribune, n’a, lui, pas remisé ses ambitions de développement dans les médias : il est monté au capital de M6, d’abord à hauteur de 5 % en décembre 2022 puis de 10 % en avril dernier. Il a aussi été coopté au conseil de surveillance de la chaîne en février. Là où le bât blesse, c’est que l’Arcom - le gendarme de l’audiovisuel - a renouvelé l’autorisation de diffusion de M6 en avril dernier et la loi interdit tout changement de contrôle dans les cinq ans qui suivent une pareille décision. Une proposition de loi déposée par le sénateur (Union centriste) du Val-de-Marne Laurent Lafon avait opportunément réduit le délai de cinq à deux ans. La disposition a été votée en première lecture par le Sénat le 13 juin.

Au cours des débats, les sénateurs ont même ajouté un amendement : l’opération peut être autorisée sans délai si l’Arcom « estime que cette modification de contrôle ne porte pas atteinte à l’impératif fondamental de pluralisme et à l’intérêt du public et qu’elle n’a pas un objectif manifestement spéculatif ». Une modification législative qui, si elle était adoptée à l’avenir par l’Assemblée nationale, ferait certainement les affaires de CMA CGM. Pour l’instant, l’exécutif y est opposé.