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Luxe

Plan de départs, comptes en berne… Le Printemps dans le flou

La chaîne de grands magasins propriété de la famille régnante qatarie Al Thani prépare un nouveau PSE. Deux dirigeants clés vont quitter la maison.

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PHILIPPE TURPIN / Photononstop via AFP

Les grands magasins du Printemps naviguent toujours à vue. En septembre dernier, le PDG du groupe, Jean-Marc Bellaiche, annonçait son départ surprise. Et début avril, la direction dévoilait la suppression de 229 postes sur près de 3 000, ainsi que la fermeture de son magasin de Rennes. Dans ce climat...

Ces deux dirigeants occupent des postes très stratégiques au sein de la société rachetée en 2013 par des investisseurs qataris dont l’ancien émir Hamad ben Khalifa al-Thani. Le premier est directeur des partenariats commerciaux, une fonction essentielle destinée à attirer la clientèle, surtout américaine, moyen-orientale ou asiatique. Son rôle est de gérer des deals, par exemple avec Visa, ou les agences de voyages, pour faire en sorte que ces clients qualifiés – et aisés — passent par le Printemps lors de leur voyage à Paris. David Herrenschmidt, lui, est directeur général des opérations du groupe depuis 2024, après des passages au BHV Marais, chez le concurrent Galeries Lafayette et plus récemment dans le groupe Etam. Ce dirigeant possède « 20 ans d’expérience dans les secteurs du retail et des grands magasins dans des fonctions de direction supply chain et systèmes d’information » indique son portrait sur le site du groupe Printemps. Contactés, ces deux membres du Comex n’ont pas répondu à nos sollicitations. Joint par l’Informé, le groupe nous a de son côté précisé le 28 avril qu’« il n’y a à date aucun mouvement au sein du Comex ».

Le départ annoncé de ces dirigeants expérimentés suit d’autres vagues et ne va pas aider à trouver de la stabilité. « Le problème du Printemps, c’est que sur le papier il y a de grandes ambitions, nous explique un connaisseur des arcanes du groupe. Dès que quelqu’un veut lancer un projet intéressant, c’est un feu vert. Mais quand il faut ensuite décrocher un budget, du recrutement, des consultants, cela devient compliqué ». « Beaucoup de départs sur des postes très spécifiques n’ont pas été remplacés. Ce qui se passe aujourd’hui ressemble à une réorganisation de commodité avec une optique budgétaire » souffle un ancien cadre.

De fait, le groupe n’a pas prévu de remplacer Sophie Bocquet, membre du Comex et directrice générale du réseau Printemps (c’est-à-dire les magasins Printemps hors celui du boulevard Haussmann) et de la chaîne Citadium qui va bientôt partir à la retraite. Ses attributions doivent être reprises par Laetitia Henry, directrice du Printemps Haussmann, le navire amiral du groupe, qui représente environ la moitié de l’activité en France. D’autres réallocations de périmètre, notamment sur la partie CRM et data, sont prévues.

Le successeur du PDG se fait toujours attendre

Plus de 7 mois après son départ, même le PDG n’a toujours pas été remplacé ! Un patron intérimaire a bien été nommé en la personne de Gilles de Boissieu. Mais ce pro de l’immobilier qui connaît bien la maison n’a pas un profil de spécialiste du commerce, alors que le Printemps a justement besoin d’être remis en selle. Des magasins grandioses ont été ouverts ces dernières années au Qatar, et plus récemment à New York, mais en France les résultats ne sont pas au rendez-vous. Assez avare de chiffres, le Printemps annonçait très officiellement en 2022 viser un retour à l’équilibre dès l’année suivante. La prophétie ne s’est toujours pas réalisée. L’exercice 2023 (clos en mars) s’était en réalité soldé par de nouvelles pertes massives. Malgré un nouveau coup d’éponge passé par l’actionnaire, les grands magasins sont restés dans le rouge, avec des pertes annuelles de l’ordre de 38 millions d’euros en 2024, puis 42 millions en 2025.

« Aujourd’hui, le Printemps est très mal engagé, c’est une des raisons du départ de Jean-Michel Bellaiche » commente un spécialiste du secteur du luxe, pour qui le groupe est de plus pris en étau par de puissants rivaux. « D’un côté, les marques du groupe LVMH (propriétaire de la Samaritaine) font le choix de privilégier leur enseigne. De l’autre, les Galeries Lafayette Haussmann parviennent à convaincre de nombreuses griffes d’être en exclusivité chez elles grâce à un meilleur trafic et un meilleur chiffre d’affaires au mètre carré.