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Continuer la lectureLes grands magasins Printemps dans le dur
Alors que les yeux sont rivés vers New York où l’enseigne inaugure une nouvelle adresse, le groupe s’apprête à boucler son exercice sur de lourdes pertes.
Depuis quelques jours, il est difficile d’échapper aux articles de presse évoquant l’inauguration d’un immense magasin Printemps à New York. Au 1 Wall Street, dans le Financial District, l’enseigne s’installera sur plus de 4 000 m2 dans un immeuble art déco, offrant 14 mètres de hauteur sous plafond et des fenêtres cathédrale. Cette belle aventure américaine, qui débutera avec l’ouverture des lieux le jeudi 6 mars, met certainement du baume au cœur des dirigeants du groupe. Car de notre côté de l’Atlantique, les perspectives sont beaucoup moins réjouissantes. Selon nos informations, le groupe Printemps, doté d’une vingtaine de magasins du même nom en France, d’un flagship de 40 000 m2 à Doha et de 9 boutiques lifestyle Citadium, se prépare à encaisser de lourdes pertes : l’exercice fiscal 2025 (clos le 31 mars) devrait se terminer sur un déficit de 41,9 millions d’euros. Contre 38 millions, déjà, l’année précédente. Sur le premier semestre de l’exercice, entre avril et septembre, les ventes ont ainsi fléchi de 7,7 % sur un an, pour passer sous les 500 millions : cette perte de chiffre d’affaires de 36 millions d’euros enregistrée sur la période serait notamment due à l’impact négatif des Jeux Olympiques d’été sur le magasin du boulevard Haussmann. Alors que les prévisions tablaient sur des touristes prêts à dépenser dans la capitale, la réalité aura été bien différente.
Détenu depuis 2013 par des investisseurs liés à la famille royale du Qatar, le groupe Printemps doit composer avec un environnement peu favorable. En 2020, la pandémie avait stoppé net le flux de touristes et de visiteurs, essentiel pour les grands magasins comme Le Printemps ou son concurrent et voisin des Galeries Lafayette. Deux ans plus tard, le déclenchement de la guerre en Ukraine, synonyme d’inflation, avait détourné en partie les clients de ces achats plaisir. Résultat, il faut maintenant repartir à la conquête de la clientèle étrangère mais aussi locale, longtemps délaissée. En 2022, Jean-Marc Bellaïche, le président du groupe Printemps espérait atteindre le chiffre d’affaires de 1,7 milliard en 2025, c’est-à-dire tout simplement retrouver le niveau d’activité de 2018, comme l’indiquait le Monde. Il visait aussi un retour à la rentabilité dès 2023, sans toutefois donner de chiffres précis, une habitude dans ce groupe très discret.
De vains espoirs. Fin 2023, le groupe a dû recourir à une augmentation de capital de 75 millions d’euros de la part de son actionnaire pour effacer les pertes accumulées et anticiper celles de l’exercice 2024. La situation est telle que le groupe a même demandé l’indulgence du fisc. Condamné à verser 2,5 millions à Bercy dans un dossier de fraude à la TVA (impliquant l’entreprise et un important apporteur d’affaires sur la période 2014-2018), le Printemps a récemment réclamé l’annulation de la sanction, sans succès. Le groupe est cependant revenu à la charge le mois dernier, cette fois en requérant une suspension du recouvrement des rappels de TVA et des majorations correspondantes. Selon les arguments transmis au juge des référés, la société a fait part de ses difficultés financières et assuré que le recouvrement des sommes en cause « risquerait de compromettre sa capacité à poursuivre ses activités dans des conditions normales, la forcerait à des arbitrages pouvant affecter son fonctionnement opérationnel, fragiliserait ses relations avec ses partenaires commerciaux et complexifierait ses perspectives de développement, notamment en matière d’accès au financement ».
Dans une note financière transmise à la justice et consultée par l’Informé, le Printemps a ainsi précisé qu’au 30 septembre 2024, l’actif réalisable et disponible s’élevait à 202 770 euros, le passif exigible s’élevait à 434 050 euros, et la situation nette de la trésorerie de la société était déficitaire de 49 644 euros. Un tableau certes sombre, qui n’a toutefois pas convaincu les magistrats de mettre le paiement des 2,5 millions sur pause. Ces derniers ont déterminé que si les différents éléments transmis pouvaient effectivement témoigner d’une dégradation de la situation économique et financière du Printemps, ils ne donnaient aucune indication sur l’ensemble de son patrimoine et de ses ressources. Contacté, le groupe Printemps n’a pas souhaité faire de commentaires.