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Continuer la lectureLes actionnaires de Baccarat préparent le terrain à leur départ
Les banques d’affaires Messier & Associés et BDA Partners aident les actionnaires du mythique cristallier lorrain à céder leur participation.
Baccarat sera-t-il encore contrôlé par des capitaux asiatiques dans quelques mois ? Fleuron du luxe à la française, la cristallerie évolue depuis fin 2020 dans les mains de deux fonds hongkongais, Tor Investment Management et Sammasan Capital, secondés par trois autres investisseurs étrangers (Dolphin Capital, CEOF Holdings et Corbin Opportunity). Mais cela ne va peut-être pas durer. Selon nos informations, deux banques d’affaires, Messier & Associés et BDA Partners, aident discrètement les actionnaires à préparer le terrain à une revente de l’ancien joyau de l’empire Taittinger. La structure de conseil pilotée par Jean-Marie Messier et son homologue américano-singapourienne les avaient déjà assistés pour sortir Baccarat de la Bourse en 2021. Contacté, le cristallier lorrain se refuse à commenter ces préparatifs.
Les réflexions s’engagent à un moment où le rythme est plutôt intense chez l’industriel. Son carnet de commandes est plein et Baccarat investit massivement dans son usine implantée dans la ville de Meurthe-et-Moselle qui lui a donné son nom et où il a vu le jour en 1754. Pour 52 millions d’euros, la société a prévu de rénover les fours existants mais aussi d’en construire un nouveau, d’une capacité de fabrication quotidienne de 18 tonnes. La modernisation de l’appareil industriel doit aussi permettre à Baccarat de se convertir à la production de cristal sans oxyde de plomb, conformément à la future réglementation européenne. L’enjeu numéro un est de protéger les salariés de l’inhalation de cette substance nocive, mais aussi d’éviter des rejets dans l’environnement et la diffusion du plomb par contact alimentaire.
Baccarat a connu une année 2022 mitigée. Selon nos informations, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires record de 210 millions d’euros, en légère progression par rapport à 2021 (202 millions). L’activité est aussi beaucoup plus élevée qu’en 2020 (144 millions) - exercice profondément perturbé par le Covid avec la fermeture des boutiques, malgré une très forte progression des ventes en ligne. Mais l’Ebitda de Baccarat aurait sensiblement diminué l’an passé pour s’établir à 22 millions, contre 38 millions pour les douze mois précédents. La baisse de la rentabilité n’est pas sans lien avec les recrutements effectués pendant l’exercice. Pas moins de 132 nouveaux salariés ont rejoint le site de Baccarat, dont 88 en production, portant l’effectif total à 670 employés. L’effort est réel, vu la difficulté de la filière à embaucher. Il s’explique en partie par la nécessité de compenser de nombreux départs en retraite : pas moins de 40 % de la main-d’œuvre qualifiée de l’usine lorraine aurait été renouvelée ces cinq dernières années.
Le timing choisi pour lancer les réflexions sur l’avenir de Baccarat peut surprendre. « Il n’est pas forcément évident de maximiser le prix de vente de l’entreprise après une année où la rentabilité a diminué, commente un proche de l’entreprise. Quoi qu’il en soit, les actionnaires feraient tout de même une excellente opération par rapport à leur mise de départ ». Tor Investment Management et les quatre autres investisseurs chercheraient à tirer leur révérence sur une valorisation équivalente à au moins 10 fois l’Ebitda de Baccarat (ce qui correspond donc à un seuil de 220 millions d’euros, sur la base de la rentabilité de 2022). Mais les actionnaires avaient déjà montré qu’ils étaient prêts à prendre leur temps. En 2021, selon Les Échos, le milliardaire américain Ellis Goodman, qui a fait fortune dans les spiritueux, s’était montré vivement intéressé et s’était allié à deux autres hommes d’affaires pour tenter de racheter le cristallier. Sa proposition avait été poliment refusée.
Les actionnaires actuels n’étaient pas vraiment destinés à être au capital un jour. À l’origine, en 2017, Tor Investment et ses pairs avaient apporté de la dette pour soutenir le rachat de Baccarat par Fortune Fountain Capital (FFC), un family office chinois dont la représentante, Coco Chu, avait largement communiqué dans les médias sur son amour du célèbre cristal français. Sauf que l’investisseur chinois s’est rapidement avéré incapable d’honorer ses engagements auprès de ses créanciers. De même, à son arrivée, FFC disait vouloir investir 50 millions d’euros dans Baccarat… Mais l’entreprise n’a jamais vu cet argent. Et la disparition brutale de Coco Chu n’aura pas calmé le jeu. Baccarat avait dû être placé sous administration provisoire en 2020 par le tribunal de commerce de Nancy, le temps de trouver une solution : la prise de contrôle par ses créanciers. Ces derniers ont joué la relance industrielle du cristallier. Et leur action est plutôt appréciée en interne. « Mais leur présence n’est qu’une solution intermédiaire. Ce qu’il faut à Baccarat est un actionnaire industriel stable », juge un connaisseur du secteur.