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Continuer la lectureImpression 3D : Vistory remporte aussi le marché de la direction générale de l’armement
Cette technologie permet de fabriquer rapidement des pièces détachées sur le front, s’affranchissant partiellement des délais des fournisseurs. Des machines devraient être livrées à l’Ukraine.
Créée il y a une dizaine d’années, la société berrichonne Vistory s’impose désormais comme le prestataire incontournable du ministère des armées en matière d’impression 3D. En 2022, elle décrochait un premier contrat avec l’armée de Terre. Et coup sur coup, elle vient de réaliser un joli doublé. Selon nos informations, elle a remporté un nouveau marché significatif auprès de la Direction générale de l’armement (DGA) qui supervise les grands programmes d’équipements de l’armée française. Montant : 11,5 millions d’euros sur une durée de quatre ans.
Vistory n’est pas un fabricant d’imprimantes 3D mais propose des services de « fabrication distribuée ». Il offre une interface sécurisée (MainChain) via la blockchain pour commander des pièces détachées imprimables en 3D, dispose d’un bureau d’études (FastRepro) pour leur conception et fournit des « micro-usines » (Cybertron et Mobile Clinics), c’est-à-dire des containers embarquant les imprimantes 3D nécessaires à l’usinage des pièces détachées pour une production à flux tendus. Fondée par Alexandre Pedemonte et Jérôme Sellam-Mardfeld, la société a bénéficié du financement du programme Première Usine France 2030 pour son centre de production principal à Bourges.
Forte impression
Au travers de ce partenariat avec la start-up, l’armée française veut pouvoir déployer des micro-usines équipées d’imprimantes 3D au plus près des forces – bases militaires, navires, et même en opérations extérieures – capables de livrer des pièces détachées quelques heures après les avoir commandées via l’interface MainChain. Dans le cadre du soutien français à Kiev, des micro-usines Vistory doivent aussi être livrées à Kiev. La fabrication distribuée a toutefois ses limites : s’il est aujourd’hui possible d’imprimer en 3D la plupart des éléments d’un drone, construire le moteur nécessite toujours une véritable usine.
Ce deal avec la Direction générale de l’armement s’ajoute à celui déjà annoncé ce jeudi 15 mai pour un montant de 7,5 millions d’euros sur trois ans, avec la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé), responsable du maintien en condition opérationnelle (MCO) des aéronefs des trois armées : Air et Espace, Terre, Marine nationale.
« Ces deux marchés, remportés auprès de la DGA et de la DMAé, propulsent Vistory dans son rôle d’Amazon de l’impression 3D pour les environnements critiques, déclare Alexandre Pedemonte, PDG de Vistory, auprès de l’Informé. Ils valident pleinement notre vision : transformer les chaînes de soutien - qu’elles soient de défense, médicales, énergétiques ou industrielles - vers un modèle circulaire, bas carbone et frugal, sans jamais compromettre les exigences de performance. »
Pour le marché de la DMAé, qui insistait sur la souveraineté et le made in France, Vistory s’est alliée à deux fabricants hexagonaux : l’essonnien Cosmyx, qui se rêve en leader européen de l’impression 3D industrielle, et le bordelais Namma, positionné notamment sur le segment de la fabrication additive composite, combinant plusieurs matériaux différents. Toutefois, le processus s’est avéré pour le moins mouvementé.
« L’accord-cadre porte sur la réalisation de prestations de services opérationnels, la fourniture et le soutien de moyens d’impression 3D de type professionnel et d’accessoires, indiquent les demandes d’information, consultées par l’Informé. Les prestations de service opérationnelles sont (…) : mise à disposition de blockchains, mise à disposition de conteneurs adaptés ou micro-usines ; tests d’imprimantes. »
Selon nos informations, une autre société d’Angoulême, Iconic, avait initialement les faveurs de la DMAé, au point que Vistory a d’abord essuyé un refus. Mais cette dernière a contre-attaqué auprès du commanditaire, en accusant son concurrent d’avoir menti. La DMAé souhaitait en effet que les offres soumises soient notamment compatibles avec la technologie d’Ultimaker, un des leaders mondiaux de l’impression 3D – ce dont Iconic avait attesté.
Or, toujours selon nos sources, Ultimaker refuse en réalité qu’Iconic distribue sa technologie, notamment en raison de factures impayées atteignant près de 100 000 euros. Après avoir réexaminé les offres et effectué quelques vérifications, la DMAé a donc revu sa copie.
Contacté par l’Informé, Iconic n’a pas souhaité commenter nos informations.