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Industrie

Carlyle teste à nouveau l’appétit du marché pour le verrier Saverglass

Il y a deux ans, le fonds américain avait tenté de céder ce fabricant tricolore de bouteilles en verre (2 500 salariés en France) à un investisseur texan, sans y parvenir.

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PHILIPPE HUGUEN / AFP

Presque dix-huit mois après l’avoir refermé, Carlyle rouvre le dossier Saverglass. Début 2022, à l’issue de longs pourparlers, le fonds américain avait renoncé à revendre sa participation majoritaire dans le fabricant de bouteilles de verre, fournisseur des marques de spiritueux et de champagne les plus prestigieuses (Veuve Clicquot, Roederer, Chivas, Courvoisier, Rémy Martin…). Il s’était alors contenté d’en refinancer la dette en levant 500 millions d’euros - profitant de l’opération pour se remonter 100 millions de cash. Mais selon plusieurs sources, le financier serait prêt à relancer un processus de cession, et sonde à nouveau l’appétit du marché. Pour ce faire, il aurait choisi de s’appuyer sur Rothschild & Co - la banque d’affaires déjà retenue lors des premières discussions - et son associé-star Laurent Baril. Contacté par l’Informé, Carlyle ne fait aucun commentaire, se contentant de rappeler qu’il n’a « aucune pression à céder (sa) participation ». Un actif acquis en 2016 des mains d’un autre fonds, le français Astorg Partners, pour une valeur d’entreprise d’un peu plus de 650 millions d’euros.

La firme d’investissement de Washington estime avoir une bonne fenêtre de tir pour trouver un acheteur à cet ensemble de près de 4 000 salariés et de six sites industriels dans le monde dont trois en France, à Feuquières (Oise), Arques (Pas-de-Calais) et au Havre. « Il y a actuellement un fort déséquilibre entre la demande de bouteilles premium et ce que peuvent produire les verriers, Saverglass en tire largement parti », observe un bon connaisseur du marché. Protégé par son positionnement haut de gamme, l’industriel n’a pas trop fait les frais de la hausse des coûts induite par la guerre en Ukraine, « globalement répercutée dans ses prix ».

De fait, en 2022, son chiffre d’affaires s’est élevé à 784 millions d’euros, contre 613 millions un an plus tôt. Son Ebitda aurait quant à lui atteint près de 140 millions d’euros. Mieux encore, ce déséquilibre offre-demande incite des industriels du secteur à augmenter leurs capacités de production… De quoi renforcer encore l’attractivité de Saverglass puisque le groupe picard a récemment achevé la construction d’un deuxième four dans son usine mexicaine. Cette extension, qui a nécessité 110 millions d’euros d’investissements, pourrait d’ailleurs générer à elle seule un surplus d’Ebitda de 25 millions d’euros et porter le résultat à 170 millions d’euros en 2023.

Une cession de l’entreprise à un autre industriel ne serait plus un tabou, là où ce scénario s’est longtemps heurté à la réticence de Loïc de Gromard, le patron historique de Saverglass. Celui-ci a transmis en 2018 les rênes à Jean-Marc Arrambourg, un ancien dirigeant du géant américain des emballages en verre O-I (Owens-Illinois). « Les jeux sont assez ouverts pour Saverglass, estime un banquier d’affaires qui suit le dossier. Les industriels auront toutefois à cœur de ne pas surpayer l’actif : beaucoup s’interrogent sur l’hypothèse d’un prochain ralentissement d’un marché des spiritueux chez les consommateurs. » Les fonds de private equity sont, eux, en général prudents à l’idée de miser sur des entreprises dont l’appareil productif demande des financements réguliers, les fameux « capex ». Attendus au tournant sur le plan environnemental, les verriers investissent pour limiter les rejets d’oxydes d’azote ou encore pour convertir les fours du gaz à l’électrique. En 2021, Carlyle avait longuement discuté avec un investisseur à l’aise avec ce genre de situation, le fonds texan Lone Star Capital. Sans succès.