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Continuer la lectureTeddy Riner en était l’ambassadeur, Les Agences de Papa en pleine déroute
Promue par le judoka qui y avait même investi de l’argent, l’agence immobilière 100 % en ligne promettait de casser les codes de la profession. Elle a surtout coûté cher à ses fournisseurs et à ses actionnaires.
Souvenez-vous ! En 2021, l’icône du judo français, Teddy Riner, prêtait son image pour vanter les mérites d’une start-up immobilière dans une pub télé : Les Agences de Papa. Créée par deux entrepreneurs niçois - Nicolas Frateli et Frédéric Ibanez -, cette agence 100 % digitale clamait haut et fort vouloir dépoussiérer le métier, en proposant des commissions plafonnées à 2 000 euros. Un coup de com’ couronné de succès. Les médias déroulaient le tapis rouge à la jeune entreprise qui attirait alors les investisseurs privés (Teddy Riner, mais aussi Philippe Journo de la Compagnie de Phalsbourg ou encore Anny Courtade présidente de l’AS Cannes) et entrait même en Bourse - sur Euronext access - dès la fin de l’année 2021.
Trois ans plus tard, les deux fondateurs ont disparu de la scène médiatique. « Plus personne n’entend parler de l’entreprise, ni de ses créateurs dans le milieu de l’immobilier », confie un homme d’affaires très bien implanté sur le secteur. Courant 2022, les as de la promo avaient pourtant, une nouvelle fois, essayé de casser les codes en annonçant un grand projet dans le métavers : un gigantesque réseau social immobilier sur lequel les professionnels (agences, promoteurs….) devaient proposer de nouveaux services aux acheteurs, vendeurs, investisseurs... Mais plus aucune communication ne filtre sur ce qui devait être le nouveau gagne-pain de la jeune pousse.
Ce silence cache une véritable déroute. Les derniers comptes non consolidés - et non certifiés - font état d’un chiffre d’affaires d’à peine 466 795 euros pour l’exercice 2023, en chute de 85 % sur un an… ainsi que d’une perte nette de 5,2 millions d’euros.
En deux ans, les Agences de Papa, rebaptisées Versity, ont aussi sabré dans ses effectifs, passant d’une centaine de salariés à une quinzaine aujourd’hui. La société, qui devait par ailleurs prochainement emménager au sein de l’immeuble Iconic à Nice - un bail de 2 millions d’euros annuel pour 6 000 mètres carrés -, n’y mettra jamais les pieds, nous confie un spécialiste de l’immobilier local. Plusieurs administrateurs ont, eux aussi, tour à tour quitté le navire ces derniers mois : après le départ de Bruno Strigini l’an passé, Anny Courtade et Pierre Ippolito (DG du groupe Ippolito) viennent de démissionner en avril. Nous les avons tous contactés, aucun n’a accepté de nous répondre.
Une dette de 12 millions d’euros et une trésorerie à sec
Sur le plan financier, tous les voyants sont au rouge. Depuis septembre 2023, le cours a été suspendu à la demande de l’entreprise. Selon nos informations, Versity ne devrait pas être autorisée par Euronext à coter à nouveau tant qu’elle n’a pas fait valider ses comptes.
Il faut dire que l’entreprise est particulièrement endettée. Fin 2023, elle affichait une ardoise de plus de 12 millions d’euros, dont 2,8 millions de dettes sociales et fiscales (c’est-à-dire des échéances non honorées auprès du fisc et de l’Urssaf). Une facture d’autant plus difficile à éponger que l’entreprise disposait d’une trésorerie nette d’à peine… 42 000 euros à la fin de son dernier exercice.
Empêtrée dans ces difficultés financières, la société semble avoir maille à partir avec certains de ses clients et fournisseurs. L’informé a ainsi pris connaissance d’une récente décision du Tribunal de commerce de Paris, condamnant Versity, à régler 76 039 euros d’impayés à son ancienne agence de communication financière Actifin (absorbée depuis par la société Seitosi). Une autre décision, du Tribunal de commerce de Nice cette fois, vient de débouter la société de sa demande d’échéancier pour payer son prestataire informatique Kambios.
Teddy Riner lui-même ne serait pas épargné. Le bilan détaillé des comptes 2023 révèle une dette de 1,3 million envers le sportif ! Dette qui s’élevait à 360 000 euros un an plus tôt. Contacté par nos soins, ce dernier ne nous avait pas répondu au moment où nous avons bouclé cet article.
Plombée par la crise qui frappe l’ensemble du secteur de l’immobilier, l’activité historique des Agences de Papa a été définitivement arrêtée l’an passé. Mais le développement dans le métavers a également du plomb dans l’aile. Certes, l’entreprise a réussi à collecter un peu plus d’1,6 million d’euros auprès d’investisseurs privés via une levée de fonds permettant d’émettre des jetons - tokens - utilisables sur la future plateforme. Il n’empêche, le projet doit faire face à des vents contraires : « On a beaucoup parlé du métavers lorsque Facebook a voulu se lancer avec son projet Meta. Aujourd’hui, l’excitation est retombée, explique Stanislas Barthélémi, manager crypto et Web3 chez KPMG. Aucun business n’est mature pour le grand public. Les seules applications qui fonctionnent sont des plateformes de jeux, comme Roblox ou Fortnite, rassemblant des millions d’utilisateurs dans le monde. ». Dans l’immobilier, les rares projets de métavers existants - comme Sandbox ou Decentraland - ont déjà plus de 5 ans et peinent encore à rassembler plus de 30 000 à 40 000 utilisateurs par mois, selon les experts… « Sans compter que le droit de propriété n’y est pas réglementé. Une transaction réalisée sur une plateforme de ce type n’est pas encore reconnue dans le monde réel », tranche Stanislas Barthélémi. Pas de quoi rassurer chez Versity…
Contactés par l’Informé pour en savoir davantage sur l’actualité de l’entreprise, les deux fondateurs n’ont jamais répondu à nos maintes sollicitations. Pas plus que leur avocat.
Encore de jolies rémunérations pour les deux fondateurs
Malgré la crise qu’ils traversent, les deux fondateurs de Versity continuent à toucher de confortables revenus. D’après le dernier rapport d’activité de la société, Frédéric Ibanez, président-directeur général, a bénéficié d’une rémunération fixe et variable de 249 784 euros l’an passé, contre 179 298 euros pour Nicolas Fratini, directeur général.