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Continuer la lectureComment le constructeur de maisons Babeau Seguin a convaincu Ardian de remettre au pot
La conjoncture difficile avait amené le numéro 2 français des maisons individuelles à ouvrir une procédure de conciliation auprès du tribunal de commerce de Paris.
Babeau Seguin peut souffler. Numéro 2 tricolore de la construction de maisons individuelles avec 274 millions de chiffre d’affaires 2023, l’entreprise pâtit comme tout son secteur d’une conjoncture difficile, entre la hausse de ses coûts et la chute des commandes. Mais elle avait annoncé fin juin au Journal des Entreprises pouvoir se relancer grâce à un « tour de financement » de 15 millions d’euros auprès de ses actionnaires Ardian (52 % du capital) et Siparex (17 %)... Selon nos informations, il a fallu que Babeau Seguin obtienne cette rallonge par le biais d’une procédure de conciliation ouverte fin janvier auprès du tribunal de commerce de Paris. Ce cadre amiable et confidentiel permet à toute société de trouver une solution avec ses créanciers pour réaménager son passif et éviter une impasse de liquidité. L’accord de conciliation qui a été homologué par jugement le 18 juin, résulte de négociations suivies de près par le Ciri, la cellule de Bercy intervenant sur les sujets délicats de restructuration. « Tout le monde a fait un geste, les actionnaires comme les créanciers, commente une partie prenante aux discussions. La société a présenté un business plan suffisamment solide pour susciter du soutien chez les uns et les autres. »
Les créanciers de Babeau Seguin - des banques (CIC, Société Générale, LCL, Crédit Agricole) et des fonds (Artemid, CIC Private Debt) - ont accepté de reporter de deux à trois ans les principales échéances de la dette, sans aucun abandon de créances. L’endettement financier de la holding de tête du groupe inclut 17,8 millions de PGE, dont 10 millions de prêts « résilience » réservés aux entreprises fragilisées par la guerre en Ukraine. Le passif comprend aussi la dette qu’Ardian avait mise en place en 2017 pour financer son LBO sur le groupe, mais aussi des lignes obtenues depuis pour des acquisitions : le montant actuel de cet ensemble n’est pas connu, sachant que le total initial s’élevait à 87 millions, avec une petite partie remboursée depuis.
En parallèle, les 15 millions d’euros de cash dont bénéficie l’entreprise lui sont versés sous la forme d’obligations simples. Ardian et Siparex fournissent effectivement la majorité de l’enveloppe, à hauteur de 9 millions d’euros, dont 6,7 millions pour le premier. Le reste provient de deux des créanciers historiques de Babeau Seguin, Artemid et CIC Private Debt. Détail important : le coût de ces obligations sera loin d’être neutre, puisque celles-ci sont assorties d’une « rémunération capitalisée » de 20 % par an. En clair, ces intérêts s’ajouteront au montant de cette ligne obligataire, et ne seront dûs qu’à son remboursement.
Les tensions sur la trésorerie de Babeau Seguin ont commencé avec le Covid. Chantiers retardés, hausse du prix des matières premières, difficultés d’approvisionnement... La sortie de la crise sanitaire a été marquée par une augmentation des coûts impossible à répercuter sur des contrats déjà conclus. La vague inflationniste due à la guerre en Ukraine et la baisse des commandes engendrée par la hausse des taux d’emprunts immobiliers ont encore compliqué la donne. Ce contexte « a entraîné une érosion des marges sur l’exercice 2023 et un impact défavorable sur le besoin en fonds de roulement », explique le jugement d’homologation de l’accord de conciliation. Fin 2023, début 2024, Babeau Seguin a augmenté ses prix de vente d’environ 25 % sur ses nouveaux contrats. « Toutefois, le retour des chantiers plus rentables est aujourd’hui contrarié par le niveau des taux d’intérêts et la restriction des prêts qui en découlent, impliquant une diminution de près de 40 % des volumes de commandes pour le secteur (-35 % pour Babeau Seguin) », poursuit le jugement.