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Grande conso

Le rosé de José Garcia ne fait pas du tout rire Addictions France

L’association de prévention contre les addictions dénonce le partenariat entre l’acteur et Les Niçois, une enseigne de restaurants et de produits apéritifs.

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Reynaud Julien - APS-Medias / Abaca

À l’avant de la bouteille, on voit l’acteur, tout sourire. Au dos, on y lit un court paragraphe qui présente le projet : « José Garcia a sélectionné ce rosé pour enchanter votre palais et ruiner les oreilles de vos voisins ». C’est le Rosé Garcia, né de l’association entre l’acteur et Les Niçois, entreprise fondée par Olivier Chini et Luc Sananes qui a développé des restaurants à Paris et une épicerie en ligne. Lancé à l’été 2021, le concept prête à sourire et fait directement parler de lui. Qualifiée de « riante » par le site spécialisé Vitisphère, la cuvée Rosé Garcia affiche en sus un prix raisonnable de 7,50 euros la bouteille.

Reste que l’initiative n’a absolument pas fait rire Addictions France, une association fondée en 1872 et qui lutte contre toutes les formes d’addictions. « Ce type de publicité qui associe l’alcool à la fête et à l’humour a un impact psychologique », soutient Franck Lecas, son directeur juridique. En février 2023, l’association a envoyé une mise en demeure à l’agent de l’acteur. Addictions France a ensuite fait constater par un huissier plusieurs pages internet qui promouvaient ou vendaient le Rosé Garcia. Enfin, une citation directe devant le tribunal correctionnel a été récemment déposée.

Elle vise, bien sûr, l’acteur ainsi que la société Et Alors, propriétaire des Niçois, et son cofondateur, Luc Sananes. L’existence même du produit est illicite pour Addictions France, car « la présence du nom de M. José Garcia ainsi que la reproduction de son visage sur la bouteille crée une association entre cette boisson alcoolique et l’image d’une personnalité célèbre », ce qui serait contraire aux dispositions du code de la santé publique selon l’organisation. C’est ensuite la publicité du produit qui est visée. Toujours en s’appuyant sur les textes de loi, Addictions France estime qu’« une célébrité ne peut pas prêter son nom et son image pour faire la promotion d’une boisson alcoolique en lui conférant ainsi, comme dans le cas d’espèce, une image de convivialité, d’humour et de bonne humeur attachée à la personne même » de José Garcia, actuellement à l’affiche du nouveau film de Florent Bernard Nous, les Leroy.

Autre argument de l’association : « les célébrités propriétaires de domaines viticoles ne font apparaître ni leur visage ni leur nom sur les bouteilles qu’elles commercialisent. » Et de citer en exemple Brad Pitt et les vins du château Miraval, Gérard Depardieu et les vins du Château de Tigné ou encore Luc Besson et les vins des domaines d’Alquier et de Senaux. Interrogé par l’Informé, Sananes confie avoir été « surpris » de la procédure et regrette qu’à partir « d’un projet sympathique, jovial et solaire, on crée une chose négative ». Et ajoute que, si la collaboration continue bien tous les ans autour d’une nouvelle cuvée, « nous ne communiquons plus du tout dessus : on fait extrêmement attention ».

Les deux associés à l’origine du flacon ne sont pas les seuls visés par l’offensive d’Addictions France. Le média vidéo neo et son responsable Stéphane Simon sont également cités dans la procédure. En cause ? Un reportage de sept minutes, publié sur le site à l’époque du lancement du projet. On y suit José Garcia qui se balade dans Paris au volant d’un triporteur chargé de rosé. Hilare, l’acteur déclare avoir « un gros programme, c’est foutre le bordel. On s’est dit que rouler bourrés c’était beaucoup plus sympa à vélo ». Accompagnés d’une bande de mariachis, il fait la genèse de son projet, un « rosé des copains à prix d’ami ». « On voulait que ce soit convivial, sympathique et surtout qu’on partage. » Et d’ajouter, en référence à son alcoolémie : « Ça sent la cel’ de dégrisement. »

Aujourd’hui introuvable en ligne, la vidéo était toujours disponible sur le site de neo jusqu’au 28 mars, date de notre entretien avec le directeur opérationnel du site. La faute à un « archivage qui ne s’est pas bien fait », explique ce dernier à l’Informé, tout en précisant avoir déjà supprimé tous les autres extraits de la vidéo disponibles en ligne et notamment sur les réseaux sociaux du média. Il précise faire dorénavant « beaucoup plus attention » à ce type de sujet, et « soutenir sans la moindre équivoque la prévention contre l’alcoolisme et la lutte en général contre les addictions ». D’autres vidéos, cette fois-ci pour promouvoir la cuvée 2022, sont pour leur part encore disponibles en ligne. Comme cette dernière, postée sur le profil LinkedIn d’Olivier Chini, où l’on voit notamment le célèbre médecin urgentiste Patrick Pelloux faire l’éloge du vin de son ami. Ou encore celle-ci (voir ci-dessous), publiée sur le compte Instagram des Niçois.

En sus, deux distributeurs du rosé, Vinalia et La Nouvelle Cave, sont visés par la procédure. On leur reproche, comme aux Niçois et à neo, de faire de la publicité illicite en faveur de boissons alcoolisées. Prochaine étape de l’affaire, une audience de fixation de la consignation qui aura lieu en septembre prochain.

Ce n’est pas la première fois qu’Addiction France agit en justice dans ce genre de dossier. Ces dernières années, l’association s’est fait une spécialité de rappeler à l’ordre les publicités pour l’alcool qui lui semblaient illicites. Dernière victoire en date : en mars dernier, le tribunal correctionnel de Paris a sanctionné des publications de promotions de l’alcool qui impliquaient la chanteuse Lady Gaga, le rappeur SCH ou encore l’influenceuse Anna RVR. En février, l’association avait également obligé Meta à lui fournir des données sur l’identité d’un compte Instagram qui faisait la promotion du Ricard.

Contacté, l’agent de José Garcia n’a pas souhaité commenter l’affaire. Vinalia et La Nouvelle Cave n’avaient pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.