Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Le pari risqué de Pernod Ricard dans la livraison ultra rapide

Le géant français a investi près de 30 millions d’euros dans Glovo et se retrouve désormais actionnaire de Delivery Hero. Il a aussi misé sur Everli, Dunzo ou encore Gorillas. Audacieux alors que le secteur du quick commerce patine.

Glovo courier rides a bike in Krakow, Poland on July 18, 2022. (Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto) (Photo by Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Glovo courier rides a bike in Krakow, Poland on July 18, 2022. (Photo by Jakub Porzycki/NurPhoto) (Photo by Jakub Porzycki / NurPhoto / NurPhoto via AFP) JAKUB PORZYCKI / NurPhoto via AFP

L’opération financière est passée complètement inaperçue en France cet été. Le poids lourd des spiritueux Pernod Ricard est devenu actionnaire de l’Allemand Delivery Hero. Basée à Berlin, cette start-up est l’un des plus gros acteurs européens du quick commerce, le nouveau service de livraisons ultra rapides de produits de consommation courante. Fin 2021, elle a racheté sa concurrente espagnole Glovo et c’est ainsi que Pernod s’est retrouvé à son capital : l’industriel français avait investi dans la société ibérique en 2018 et a choisi d’échanger ses titres contre des actions Delivery Hero.

« C’est une participation qui s’est faite de façon mécanique et qui reste relativement faible », a tenu à nous préciser un porte-parole de Pernod Ricard. Tout est une question de point de vue ! Selon nos informations, l’industriel a misé près de 30 millions d’euros tout de même au départ. Via sa société de capital-risque Convivialité Ventures, le géant du CAC a investi 12 millions d’euros dans Glovo en 2018, puis à nouveau 15,7 millions en 2021. Le Français détenait au total 1,9 % du capital au moment du rachat par Delivery Hero, d’après le journal espagnol La Informacion.

En théorie, Pernod Ricard aurait pu faire le choix de vendre sa participation. Mais le contexte boursier ne lui était pas favorable. Si Delivery Hero est un colosse sur son secteur - il est présent dans 70 pays en Europe, en Afrique, en Amérique latine, mais surtout en Asie, où l’entreprise réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires avec des marques comme Foodpanda -, son business reste fragile : après avoir annoncé des performances moins bonnes que prévu en début d’année, son cours à la Bourse de Francfort a dévissé. Alors que son action s’élevait encore à 98 euros au mois de décembre 2021, elle est tombée à 41 euros en février et peine depuis à remonter malgré des résultats financiers encourageants au troisième trimestre.

Multiplier les ventes grâce au quick commerce

Sans espoir de bénéfices à court terme, quel est donc l’intérêt de Pernod Ricard de continuer à investir dans ce type de sociétés de quick commerce ? Discret sur la question, le groupe a glissé seulement quelques éléments de réponse dans son rapport annuel paru fin 2020. S’agissant de Glovo, le partenariat stipulait que les produits du géant tricolore arriveraient en tête de la catégorie vins et spiritueux sur la plate-forme. Les objectifs étaient très clairs : multiplier les ventes, accroître les parts de marché et accélérer de manière globale dans l’e-commerce. La pandémie ayant favorisé la croissance du quick commerce, l’acteur des spiritueux a probablement maintenu ses investissements pour ne pas passer à côté d’une tendance touchant un public plutôt jeune et urbain.

Glovo n’est d’ailleurs pas le seul acteur du marché dans lequel Pernod Ricard a mis des billes. Le portfolio de Convivialité Ventures mentionne des investissements dans l’Italien Everli, qui vient de cesser ses activités en France, le spécialiste français de l’épicerie asiatique Waysia, l’Indien Dunzo et l’Américain ChowNow. Mais surtout, on trouve également Gorillas dans la liste, encore un géant allemand du secteur. Il a racheté Frichti en début d’année et s’arroge 61 % des parts de marché en France, d’après les derniers chiffres de la société d’analyse IRI. Seulement, le Turc Getir a jeté son dévolu dessus et Pernod Ricard va se retrouver devant le même choix à faire que lors du rachat de Glovo par Delivery Hero. Sauf que cette fois, l’échange d’actions ne suffirait pas, les actionnaires seraient obligés de remettre au pot, d’après le Financial Times.

Ces investissements ne sont pas sans danger. « C’est risqué et compliqué pour un industriel en ce moment d’investir sur ce secteur en pleine restructuration, fait observer Frank Rosenthal, expert en marketing du commerce. C’est un peu la loterie, on ne sait pas qui va disparaître. » Selon le pro, la phase de conquête pour acquérir rapidement un parc d’entrepôts et fidéliser des clients est terminée. Mais les livraisons rapides ne sont toujours pas rentables à cause de leurs tarifs extrêmement bas. Cela oblige les start-up à lever toujours plus d’argent sans espoir de réduire leurs pertes dans l’immédiat…