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Continuer la lectureLe pari raté de Stéphane Courbit dans les boulangeries Liberté
Le producteur télé a retiré ses billes de la petite chaîne premium dans laquelle il avait investi en 2022. Le réseau est aujourd’hui dans le pétrin.
Avec son comptoir en béton, son sol en pierre de lave et ses mosaïques, la pâtisserie Liberté de la rue de Turbigo, plantée au cœur de la capitale, a été récompensée fin 2023 par le prix Paris Shop & Design pour son aménagement hors du commun. Mais à peine un an plus tard, l’établissement se retrouve, comme 6 autres boutiques du réseau, en redressement judiciaire, a appris l’Informé. Une sacrée déconvenue, qui tranche avec les ambitions de cette petite chaîne fondée en 2013 par Mickaël Bénichou, et dont l’entrepreneur Stéphane Courbit était devenu associé en 2022.
Le producteur télé (TPMP, Koh Lanta… ), également présent dans les paris en ligne (Betclic) et propriétaire de nombreux hôtels de luxe, s’intéresse depuis plusieurs années maintenant au secteur de l’alimentation et de la restauration haut de gamme : acquisition de l’hôtel du château d’Estoublon aux Baux de Provence avec son vignoble et sa production d’huile d’olive (2020), rachat à la famille Holder de Ladurée, le célèbre salon de thé et fabricant de macarons (2021), investissement dans les pâtisseries Liberté, le chocolatier Fouquet et les glaces Pedone (2022)… Son appétit paraît sans limite : l’an dernier, il a encore jeté son dévolu sur le grand réseau de boulangeries Ange, comme dévoilé par l’Informé.
Mais l’aventure Liberté a semble-t-il tourné court puisque, selon nos informations, l’homme d’affaires n’est aujourd’hui plus actionnaire de Meyerson Capital, la holding propriétaire du réseau. Il y avait investi un premier ticket de 2,75 millions d’euros il y a deux ans, lors de son entrée au capital à hauteur de 20 %. L’enseigne comptait alors 6 boutiques sur Paris, et quelques établissements à Tokyo. Son credo ? Viser de belles adresses et travailler en collaboration avec des architectes renommés pour faire de chaque boutique un lieu unique. Ambitieux, le réseau a doublé en moins de deux ans, et compte aujourd’hui 12 établissements dans la capitale. Mais leur sort n’est pas très enviable.
En février, nos confrères de la Lettre alertaient sur les premières difficultés de la holding, placée en redressement judiciaire. À l’époque, la dégradation de ses résultats ne touchait pas encore les boulangeries elles-mêmes. Devant les juges du tribunal de commerce, la structure de tête avait notamment justifié son état de cessation des paiements « du fait d’un arrêt brutal de soutien financier ». Mais, depuis, le mal s’est propagé aux points de vente. Cet été, l’entreprise a dû céder deux fonds de commerce pour retrouver des liquidités, et 7 boulangeries sur 12 se retrouvent donc aujourd’hui en redressement.
Quatre d’entre elles cherchent un repreneur, avec un compte d’exploitation dans le rouge (la perte d’exploitation va de 88 000 à 507 000 euros et leur résultat net s’échelonne de -126 000 à -543 000 euros, pour un chiffre d’affaires de 500 à 600 000 euros par établissement). Le beau n’est malheureusement pas synonyme de réussite commerciale. Avec des lieux rénovés à grands frais, une mise en scène assez épurée présentant peu de produits et des ventes qui n’ont pas toujours suivi, les affaires sont devenues compliquées. « Les boutiques ne sont pas tenues, souffle le propriétaire d’un établissement rival. Il arrive que la boulangerie Liberté située non loin de la mienne soit fermée certains jours, sans raison… Peut-être que les employés ne se réveillent pas. »
Certains choix opérés par la chaîne laissent, aussi, les concurrents dubitatifs. Ainsi un commerçant intéressé par les locaux de l’enseigne au 119 rue Mouffetard (5e arrondissement) explique dans son dossier de reprise que venir ouvrir une boulangerie à 20 mètres des siennes, situées au 113 et 123 de la même rue, « était pour le moins audacieux ». Surtout à un niveau de loyer bien plus élevé que le sien. Dans le secteur, on avance que Stéphane Courbit, après avoir injecté beaucoup d’argent, ne se retrouvait pas du tout dans cette stratégie. Ce qui l’aurait incité à se concentrer sur ses autres activités…