Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Le belge Colruyt cherche à céder sa centaine de supermarchés français

L’accumulation des pertes dans l’Hexagone incite la maison mère à chercher une solution. 2 500 emplois sont concernés dans le nord-est de la France.

Photo
Morgan Leclerc

Avec son enseigne orange et son accroche « Prix Qualité », la chaîne Colruyt est plutôt familière dans les départements du Nord-Est. Arrivée dans l’Hexagone en 1997, cette filiale du groupe belge du même nom y compte désormais 102 supermarchés, avec un penchant prononcé pour le discount. Mais selon n...

Cette quête d’un acquéreur en France s’opère alors que Colruyt n’a pas réussi pas à devenir rentable dans le pays. Sa filiale y accumule des pertes chroniques, dans un climat très concurrentiel. Pour l’exercice 2023-2024 (clos en mars 2024), le déficit d’exploitation de Colruyt France s’est creusé, atteignant 32 millions d’euros (contre 18 millions en 2023), pour un chiffre d’affaires de 716 millions d’euros, en hausse de 9,6 % (avec carburant).

Le cap de la centaine de magasins, tout juste franchi (pour plus de 2 500 employés), ne semble pas suffisant pour atteindre une taille critique, surtout dans un marché qui a été confronté « à une inflation alimentaire élevée et à des volumes sous pression », comme l’indiquait le groupe dans son dernier rapport annuel. Le document évoque également des pertes de valeur dans ses comptes, qui s’expliquent en partie par « un nombre limité d’actifs de détail structurellement déficitaires en France ».

Des contacts ont été noués auprès de potentiels acquéreurs, mais le dossier n’est pas simple, pour des raisons techniques, ou de timing. « L’un des problèmes de Colruyt, c’est que leur concept semble figé dans le temps, il n’a pas évolué depuis très longtemps » commente un observateur avisé du secteur. Autre obstacle : avec une surface moyenne de 1 000 m2 par magasin, Colruyt ne correspond pas, par exemple au standard d’E.Leclerc, plutôt porté sur les hypermarchés. Intermarché et Auchan sont eux en pleine digestion du rachat des magasins Casino, alors que Carrefour en fait de même avec les enseignes Cora et Match. Pas sûr qu’il leur reste de l’appétit - ou les fonds nécessaires - pour croquer tout de suite ce réseau et investir afin de lui redonner de l’allant. Chez Système U, difficile d’imaginer une reprise complète du parc, qui ne correspond pas à la philosophie du groupement.

Le positionnement et la typologie des points de vente Colruyt se rapprochent plutôt des discounters comme Aldi et Lidl. Mais là aussi, les deux discounters d’origine allemande ont déjà leurs propres problèmes à gérer. Ils n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu ces dernières années malgré un climat d’inflation qui leur semblait propice, et leurs résultats 2024 ne s’annoncent pas fameux. Les deux distributeurs sont d’ailleurs en plein chamboulement de leurs organigrammes : Aldi France a remanié sa direction générale, alors que Michel Biero, emblématique patron de Lidl France, a été poussé vers la sortie il y a peu. Reste le scénario d’une vente à la découpe, dans lequel le Belge céderait ses magasins par blocs à des repreneurs différents.

Colruyt France, dont le siège est à Rochefort-sur-Nenon (Jura), n’a pas lésiné sur les investissements, avec l’ouverture d’une troisième base logistique en 2023 à Choisey (Jura) pour désengorger les sites existants. Dans ce dossier, une incertitude subsiste quant à la possible cession ou non, façon package, de la branche Codifrance. Cette autre filiale française du groupe belge exerce une activité de grossiste. Elle approvisionne 2 200 commerçants indépendants et revendeurs, ainsi que 800 supérettes sous enseigne Panier Sympa, Coccinelle, Coccimarket, Épi Service ou Vivéco, qui peuvent ainsi accéder à Belle France, la marque de distributeur maison. En 2023, Colruyt avait racheté Degrenne, une entreprise normande de commerce de gros, puis l’avait intégrée à Codifrance afin de compléter sa couverture géographique et peser un peu plus dans ce segment dynamique sur lequel il ne cache pas ses ambitions. De fait, à la différence des supermarchés tricolores qui perdent de l’argent, Codifrance a généré 4,2 millions d’euros de bénéfices l’an dernier pour 180 millions de chiffre d’affaires. Contacté au sujet de la recherche de repreneurs, le distributeur coté à Bruxelles, nous a indiqué « ne pas commenter les rumeurs », précisant être « convaincu de la valeur ajoutée de nos activités en France, et ce aussi bien pour les activités de commerce de détail, incluant les magasins intégrés de Colruyt Prix Qualité, que pour le commerce de gros Codifrance, étendu l’année dernière avec l’acquisition de Degrenne Distribution ».