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Grande conso

Grand Frais : Ardian tente une nouvelle fois de céder ses parts de l’enseigne

Le fonds a une fenêtre de tir pour céder ses parts dans Prosol, le plus gros opérateur de l’enseigne. Alors que le dossier attire de nombreux fonds, rien n’est encore joué.

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DENIS CHARLET / AFP

La deuxième tentative sera-t-elle la bonne ? Après un premier essai en 2021, Ardian cherche une nouvelle fois à signer son départ des magasins Grand Frais. Le fonds a réactivé la vente de sa participation majoritaire dans Prosol Gestion, l’entreprise qui anime les rayons frais de cette enseigne, et en est le principal opérateur. Selon nos informations, le contact aurait été établi avec de grands fonds : Advent International, Hellman & Friedman, KKR, TowerBrook, BC Partners, Clayton Dubilier & Rice. La plupart avaient déjà été impliqués dans le processus de vente de 2021.

Au milieu des prétendants,  PAI Partners serait bien positionné : ce matin, le magazine Challenges annonçait même l’opération quasiment réglée sur la base d’une valorisation de Prosol Gestion « d’environ 3 milliards d’euros », mais selon plusieurs sources, l’affaire ne serait en réalité toujours pas tranchée et le gérant continuerait de recevoir des marques d’intérêts de fonds. Une cession à une autre enseigne de distribution ne semble en revanche pas à l’ordre du jour, contrairement à il y a deux ans, où Carrefour avait montré son intérêt… Avant de refermer le dossier en raison du prix exigé (à l’époque près de 4 milliards d’euros). Dans les discussions, Ardian est conseillé par deux banques d’affaires, Morgan Stanley et Amala Partners.

PAI Partners cultive une particularité par rapport aux autres prétendants : il connaît bien Grand Frais. Pour rappel, l’enseigne est un groupe d’intérêt économique (GIE) : trois sociétés indépendantes se partagent la gestion des points de vente. Prosol (créé par Denis Dumont) pilote les rayons fruits et légumes, crémerie et poissonnerie, Despi (famille Despinasse) s’occupe de la partie boucherie, Euro Ethnic Foods (famille Bahadourian) est en charge de l’épicerie. Or, PAI a pris le contrôle de ce dernier intervenant en  2020, aux côtés de ses fondateurs, Léo et Patrick Bahadourian. Mais cette implication du fonds n’en fait pas forcément un avantage dans le dossier Prosol. « Il n’est pas l’acheteur naturel, juge un banquier d’affaires. Le fondateur de Prosol, Denis Dumont, qui est toujours un actionnaire important, estime que le succès de Grand Frais lui est dû en grande partie puisque les rayons frais génèrent une grande majorité des ventes. Pour lui, voir Prosol passer sous le contrôle de PAI, ce serait un peu laisser Grand Frais aux mains de ses rayons épiceries… Un scénario difficilement acceptable. »

Le dossier de la vente avance selon un timing millimétré. Le moment n’est pas forcément idéal pour lancer une telle opération : dans un environnement économique inflationniste, Prosol sort d’un exercice 2022 compliqué comme l’a déjà relevé l’Informé, même si ses résultats se seraient redressés depuis, laissent entendre des sources. Mais Ardian jouit d’une fenêtre de tir opportune : il a trois mois pour céder sa participation à un autre investisseur sans que celui-ci n’ait besoin de lever une dette d’acquisition - un véritable argument compte tenu du marché actuel du LBO.

Après avoir renoncé à revendre Prosol en 2021, pour 3,2 milliards d’euros, Ardian avait en effet contracté de nouveaux financements pour rembourser par anticipation la dette sur laquelle il s’était appuyé pour entrer au capital quatre ans plus tôt - et permettre une remontée de cash exceptionnelle aux actionnaires. En vertu d’une clause dite de « portabilité », ce financement peut être transféré à un autre acheteur, dans les deux ans suivant sa mise en place. Comme ce délai arrive à échéance, Ardian a décidé de s’activer. « Mais une autre condition - et de taille - doit cependant être réunie pour permettre le transfert des financements : le montant de la dette ne doit pas représenter plus de 5,3 fois l’Ebitda de Prosol sur les douze derniers mois, glisse un connaisseur du dossier. L’Ebitda pris en compte pour le calcul intègre néanmoins des ajustements importants : il ne tient pas compte des pertes d’activité récemment lancées et qui ont besoin encore de temps, à l’instar de la plateforme de ventes en ligne Mon-Marché.fr et les magasins de proximité Fresh. »