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Grande conso

Cosmétiques bio : Léa Nature ne digère pas l’interdiction du slogan « sans parabènes »

Pour avoir dû retirer de ses produits cette allégation prohibée, le fabricant bio Léa Nature, propriétaire des cosmétiques So bio étic, réclame deux millions d’euros à l’État.

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Site de Léa Nature

Une crème hydratante, un produit anti-âge ou un shampoing ne contenant aucun parabène peuvent-ils le revendiquer ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est non. Même véridique, l’allégation « sans parabènes » n’est plus tolérée par les autorités depuis plusieurs années maintenant. La raison ?...

La position, on s’en doute, n’est pas du goût de tous… Notamment des industriels bio, très friands de ce type de slogans rassurants. Selon nos informations, l’un d’eux a assigné l’État devant le tribunal administratif le 20 juillet dernier. Il s’agit de Léa Nature, producteur bio basé en Charente-Maritime, propriétaire notamment de So bio étic, l’une des marques leader des cosmétiques bio en grandes surfaces avec 30 % de part de marché. Également fabricant de produits alimentaires ou d’entretien, le groupe réalise près de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

L’affaire couve depuis début 2020 : à l’époque, Léa Nature fait l’objet d’un contrôle par les services de la répression des fraudes. Ceux-ci exigent la suppression de la mention « sans parabènes » de l’étiquetage de tous ses produits. L’entreprise s’exécute. Mais aujourd’hui, devant la justice, elle entend obtenir « réparation des préjudices subis », et réclame deux millions d’euros à l’État. Contactée par L’Informé, elle n’a pas souhaité détailler le mode de calcul de l’indemnisation demandée, ni commenter la procédure.

En toile de fond de ces poursuites, un vif débat sur les allégations acceptables pour les cosmétiques. Il divise la profession en deux camps inégaux. D’un côté, les principaux acteurs du secteur et leur fédération, la Febea (Fédération des entreprises de la beauté), convaincus que les allégations portant sur l’absence d’ingrédients (dites allégations « sans ») n’ont pas leur place sur les packagings.

De l’autre Cosmebio, l’association professionnelle de cosmétique écologique et biologique. Pour elle, ces allégations jouent un rôle purement informatif : « Elles permettent d’identifier les ingrédients controversés absents des cosmétiques bio », explique à L’Informé Nicolas Bertrand, son directeur du développement, bien embêté de voir les entreprises du secteur de la cosmétique bio privées de ce levier marketing.

Las… Les autorités – direction de la répression des fraudes (DGCCRF) et Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) - se sont rangées du côté de l’interdiction, ne tolérant que quelques rares allégations « sans ». Selon un texte précisant leur doctrine, elles récusent totalement les allégations vantant l’absence complète d’une « famille chimique de substances dont certaines sont interdites et d’autres autorisées, afin de ne pas créer de crainte non fondée ou de confusion ». Elles citent comme exemples : « sans phtalates », « sans nanomatériaux » et donc « sans parabènes ».

Le « droit de savoir » en question

En 2019, alors que l’interdiction de ces allégations se profilait, Léa Nature avait bien tenté de prendre à témoin l’opinion et les consommateurs. « Vous avez le droit de savoir » : écrivait la marque dans une campagne publicitaire, à côté d’une étiquette « 0 % silicones, parabènes, phénoxyethanol ».

La campagne lui avait valu une passe d’armes avec la Febea. Celle-ci avait saisi le Jury de déontologie publicitaire qui avait rappelé à l’ordre Léa Nature, jugeant la publicité en partie contraire à la déontologie publicitaire.