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Grande conso

Affaire Bio c’ Bon : les accusés se retournent contre les petits épargnants

Les repreneurs de l’immobilier de Bio c’ Bon et Marne et Finance, sociétés soupçonnées d’avoir fait perdre 320 millions d’euros à des centaines de particuliers, s’attaquent à leur association de défense et leur avocat.

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PHILIPPE TURPIN / Photononstop via AFP

Le 27 février dernier au petit matin, l’ancienne présidente de l’association Cpabon, qui regroupe quelque 1 600 investisseurs qui s’estiment escroqués dans l’affaire Bio c’ Bon a eu la surprise de voir débarquer un commissaire de justice pour une perquisition à son domicile grenoblois. À l’origine de cette agitation : Pierres Investissement, la structure juridique où sont désormais logés les actifs immobiliers restants de la chaîne Bio c’ Bon (son exploitation a été reprise par Carrefour en 2020) et sa société sœur Marne et Finance. Comme nous l’avions raconté en janvier, ces deux entités se sont financées entre 2010 et 2022 auprès de petits investisseurs en leur promettant placements garantis et revenus récurrents - avant de sombrer. Les deux dirigeants de ces structures, Thierry Brissaud et Thierry Chouraqui, soupçonnés d’avoir subtilisé quelque 320 millions d’euros à des petits porteurs, seront jugés en mai prochain pour pratiques commerciales trompeuses au tribunal judiciaire de Paris. Dans un retournement de situation inattendu, c’est Pierres Investissement, désormais détenue par le fonds dubaïote Perpetua, qui a décidé d’attaquer ceux que la justice considère comme victimes potentielles, puisque l’association et environ 500 plaignants sont parties civiles dans ce procès.

Dans sa requête consultée par l’Informé, Pierres Investissement estime faire l’objet d’ « une campagne de dénigrement conduite par divers investisseurs et un Monsieur Dimitri Pincent », l’avocat de l’association, « sous le paravent de Cpabon ». La foncière reproche à l’association de contrevenir aux protocoles d’accord signés avec 65 plaignants au travers des publications de son site Internet. Ces protocoles ont permis le remboursement de 3 millions d’euros des contrats immobiliers (ICBS) aux épargnants. Mais selon Pierres Investissement, ces contractants seraient toujours actifs au sein de l’association pour créer « un effet de masse », avec l’implication de Maître Pincent…

En réaction, les parties attaquées ont demandé en référé au tribunal de Grenoble de faire annuler la perquisition. Lors d’une audience jeudi 12 mars au tribunal de Grenoble, ils ont ainsi contesté la légalité des saisies effectuées en février : des milliers de mails ont été saisis, même si une quinzaine semble pertinents. Maître George Jourde, avocat de Maître Pincent, a notamment rappelé que ce dernier était aussi attaqué par la foncière pour des faits similaires dans un autre procès en cours à Orléans, et que les communications entre un avocat et son client sont couvertes par le secret professionnel. La partie adverse, contactée par l’Informé, n’a pas souhaité répondre. Elle estime au contraire que les sujets sont différents.

« C’était le monde à l’envers ! réagit Michel Juste, actuel président de l’association Cpabon. On nous présente comme des maîtres chanteurs face à une société de gestion d’actifs qui exerce illégalement, mais qui serait la victime. ».

Ce nouvel épisode s’inscrit dans une phase délicate pour Pierres Investissement : le liquidateur judiciaire de Marne et Finance a déposé au tribunal de commerce de Paris une demande d’extension de faillite afin que les créanciers mettent la main sur les actifs transférés à la foncière. Et plusieurs investisseurs ICBS défendus par Maître Pincent, mettent en cause devant le même Tribunal la responsabilité du dirigeant actuel de Pierres Investissement, Patrick Schiltz, par ailleurs juge consulaire au tribunal de commerce de Bobigny, pour « gestion illégale de fonds d’investissement alternatifs ». Ce spécialiste des comptes des entreprises a aussi officié, chez Visiomed, où il a occupé le poste de PDG, alors que l’entreprise est détenue par le même fonds d’investissement.